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Feu la «montre du prolétaire»

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I

l y a 50 ans, en 1967, Europa Star (numéro 3/1967), publiait un article en collaboration avec la «Roskopf Association», qui entendait célébrer le 100ème anniversaire de l’invention de Georg Friedrich Roskopf.

Né en 1813 dans la très horlogère Forêt Noire d’Allemagne, G. F. Roskopf, devenu lui-même horloger, s’était installé à La Chaux-de-Fonds puis à Genève. C’est dans cette ville que lui vint l’idée de créer «une montre pour les classes ouvrières, une montre que tout un chacun pourrait s’offrir.» Cette noble idée lui prit plus de dix ans et en 1867 il lança enfin ce qu’il appela lui-même, «la montre du prolétaire», vendue alors au prix de 20.- CHF.

Pour y parvenir, il chercha à simplifier à l’extrême le mouvement en réduisant le nombre de composants à 57 au lieu des 160 nécessaires au minimum. Il créa un échappement à ancre à goupilles, supprima la roue de centre et, dans un premier temps, le mécanisme de mise à l’heure (qui pouvait s’effectuer au doigt), opta pour un remontage sans clé, utilisa des métaux non précieux et conçut sa montre de façon à ce qu’elle puisse facilement être réalisée en usine.

Le succès est immédiat mais ses concurrents horlogers helvétiques le prennent mal. Tous refusent de collaborer avec celui qu’ils dépeignent comme un «destructeur» de leur travail artisanal. Roskopf est obligé de faire appel à des ouvriers du Jura français et du canton de Berne. Présentée à l’Exposition Universelle de Paris, la «Prolétaire» est remarquée par Louis Breguet qui en fait l’éloge. Les marchés internationaux s’ouvrent. Si la Suisse la rejette massivement, la France, la Belgique, les Indes, le Brésil, l’Egypte entre autres l’adoptent rapidement. Dès 1868, Roskopf doit s’agrandir, investir pour répondre à la demande. Comme il n’a pas déposé de brevets, il sera aussi rapidement copié, plus ou moins bien. De «fausses» Roskopf, mal exécutées, entâchent sa réputation. Il va finir par déposer un brevet aux Etats-Unis et remettra son entreprise à son ami Charles Léon Schmidt et aux frères Will.

Ses successeurs se lancent dans une industrialisation à grande échelle et édifient deux fabriques «Roskopf Patent» à La Chaux-de-Fonds. Au XXème siècle, la Roskopf prend un essor considérable, inonde l’Empire britannique puis les USA, devient la montre la plus exportée de Suisse avec jusqu’à 35 millions de pièces par an au début des années 70… avant que l’arrivée du quartz lui porte un coup fatal.

Feu la «montre du prolétaire»
Europa Star n°3/1967

Tuée par le quartz

En 1967, l’heure du quartz n’est pas encore arrivée. La «Roskop Association» compte 67 marques et maisons horlogères, dont plus aucune ne subsiste, et 7 manufactures d’ébauches, dont seule subsiste aujourd’hui Ronda, entretemps passée au quartz et revenue à la montre mécanique seulement l’année dernière. En 1967, la Roskopf Association déclare encore dans les colonnes d’Europa Star: «Parmi les gens qui bénéficient de l’industrie de la montre Roskopf, on compte des jeunes gens qui ne peuvent pas encore se permettre d’acheter une montre de classe supérieure, les habitants des pays en voie de développement qui sont en train d’apprendre qu’il est nécessaire de connaître l’heure exacte, et les classes les plus pauvres de nos sociétés occidentales.» Quelques petites années plus tard, ce rêve sera définitivement balayé. Jusqu’à ce que la Swatch devienne la nouvelle «Prolétaire».