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La folie des tourbillons

En 2004, tous les tourbillons sont de sortie



La folie des tourbillons

On a oublié la catastrophique année 2003. Les diables de l’économie s’étaient mélangés aux esprits mauvais qui avaient soufflé le SARS à la Chine et à Hong Kong. 2003? Près de 38% de baisse des exposants et visiteurs professionnels à Baselworld. Une année après, Baselworld s’enflamme. 2004 apparaît comme une renaissance. C’est dans cet enthousiasme retrouvé que tous les tourbillons se lancent dans une folle danse...

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B

aselworld 2004
Le grand bal des tourbillons

«Debout devant sa vitrine de l’ACHI, Thomas Präscher présentait un coffret qui a fait sensation. On y découvrait trois tourbillons. Dans l’ordre: un tourbillon «normal» à un axe, un tourbillon à deux axes et un tourbillon à trois axes! Une petite foule s’amassait régulièrement devant cette modeste vitrine que vinrent lécher tous les grands pontes de l’horlogerie officielle. Thomas Präscher était aux anges et on susurrait qu’il avait déjà reçu dix commandes pour son coffret unique en son genre. De quoi voir venir. Tout à côté de lui, on pouvait découvrir un autre tourbillon à deux axes, d’une toute autre conception, magnifiquement réalisé par le talentueux duo Greubel Forsey. Ces deux tourbillons, tout comme le superbe tourbillon deux axes présenté quelques mois plus tôt par Jaeger-LeCoultre au SIHH, d’une conception radicalement différente, dominaient de haut la folie tourbillonesque qui s’est emparée de nos horlogers.

Tourbillon par ci, tourbillon par là, en veux-tu, en voilà.

Tourbillons à toutes les sauces: prestigieux, chez Harry Winston avec l’Opus IV de Christophe Claret, combinant tourbillon, répétition minute, et grande phase de lune avec heure et minute sur son autre face, le tout enrobé de diamants; ultra-fantaisiste, chez TechnoMarine, avec un tourbillon coincé entre les jambes de Spiderman – tous vendus; superfétatoire, chez Hysek, avec deux tourbillons l’un au-dessus de l’autre pour créer une…dual-time; discret, chez Bulgari, plus discret que le BULGARI gravé sur la lunette; en arabesque, chez Gérald Charles, pour qui Antoine Preziuso a dessiné un pont reprenant la forme de la moustache de Monsieur Gérald Genta; accessible, chez IWC avec un tourbillon mystérieux sur Portugaise; combiné, chez Blancpain, avec en sus une Grande Date; squeletté ou logé dans un lit de diamants chez Piaget; excentré chez Zenith; rapide, chez Parmigiani, avec 8 jours de réserve de marche et à révolution en 30 secondes (au lieu de l’habituelle 1 minute) ; caché, au dos de la Jaquet Droz comme au dos de la Museum de Movado… sans compter tous ceux dont nous avions déjà parlé dans notre précédente édition.

L’horlogerie est oublieuse de sa propre histoire

Ce n’est pas la première fois qu’un vent de folie tourbillonesque s’empare de l’horlogerie. Souvenez-vous, il y a quelques années. On avait alors accusé Nouvelle Lemania, qui n’appartenait pas encore au Swatch Group, de déprécier le tourbillon en le vendant à «n’importe qui». La folie s’était rapidement épuisée mais avait laissé des traces collatérales. En permettant à des marques n’ayant aucune légitimité mécanique d’accéder au «nirvana» du tourbillon, on discréditait, d’une certaine façon, le travail très complexe - même si potentiellement «inutile» en termes de précision dans une montre-bracelet – des quelques maîtres horlogers réellement capables de créer et de façonner un tourbillon. Mais, pour être la gardienne du temps, l’horlogerie n’en est pas moins oublieuse de sa propre histoire.»

Plus de dix ans après, l’horlogerie suisse produit plusieurs milliers de tourbillons par an. Au risque d’en avoir perdu le sens.