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GPS, satellite, radio, connexion

MONTRES DE VOYAGE

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février 2018


GPS, satellite, radio, connexion

Outre la Tissot T-Touch traitée dans ce dossier, ce sont les horlogers japonais qui se sont le plus distingués par l’intégration de technologies nouvelles sur la montre, notamment pour se repérer efficacement dans l’espace ou avoir en tout temps l’heure juste à son poignet, même en voyage... Mais c’était avant l’arrivée des smartwatches.

C

asio, Seiko et Citizen n’ont pas pour seule caractéristique commune d’être Japonais. Toutes ces marques ont aussi misé très tôt sur l’intégration de technologies multiples, dans la foulée de la révolution du quartz il y a près de 50 ans, pour faire de la montre un vrai... couteau suisse, paradoxalement!

C’est d’abord leur exploration de l’écran digital ou LCD qui leur a permis de représenter sur un même écran une multitude de données, allant de l’altimètre au baromètre en passant par la température ou l’orientation. Le pilotage radio et satellite, voire atomique, des montres leur a permis d’o-rir le temps juste presque pour l’éternité – à condition qu’aucune guerre interstellaire ne s’enclenche... Une durée de vie longue et à toute épreuve qu’ils ont en-n tenté de rendre autonome de la batterie traditionnelle obsolète grâce à l’utilisation de l’énergie solaire.

GPS, satellite, radio, connexion

Ces trois percées technologiques, souvent réalisées grâce à l’intégration de technologies issues d’autres industries – l’écran digital, le contrôle de l’heure à distance, la puissance du soleil – constituent les bases de l’horlogerie japonaise, ultra-performante, et lui ont permis de multiplier les fonctionnalités.

Pour le voyageur ou le sportif, c’est fort pratique! Celui-ci peut compter sur sa montre résistante pour calculer la distance parcourue et son altitude, se repérer dans l’espace grâce au GPS, voire prendre des photos des merveilles qu’il découvre en chemin...

S’adapter à la nouvelle révolution

Près de cinquante ans après la révolution du quartz, une nouvelle révolution, digitale celle-là, secoue le monde horloger. Le symbole en est sans conteste l’Apple Watch qui se veut à la fois sportive et design, tout-terrain donc. Etanche et réalisée entre autres en partenariat avec Nike et Hermès, la dernière ligne, la Series 3, a été présentée dans l’univers aquatique, celui du rêve, du voyage, de l’aventure, sous l’injonction «Sortez et n’emportez que votre montre»...

Cette nouvelle mouture «détache» en e-et la montre du téléphone pour la rendre autonome grâce aux seules données cellulaires, alors que beaucoup d’observateurs déçus la considéraient jusqu’alors comme un simple doublon du téléphone que l’on avait en poche, via le Bluetooth. Les fonctions sont particulièrement axées autour de la mobilité de l’usager, qui peut téléphoner ou envoyer des messages avec sa montre, écouter de la musique, demander son itinéraire à Siri, recevoir des e-mail, a-cher la distance et l’altitude grâce au GPS et à l’altimètre intégrés, mesurer ses objectifs de -tness ou son rythme cardiaque... Bref, faire se sa montre son nouveau coach, voire son nouveau tyran selon la maîtrise que l’on a de l’appareil!

Cette multiplication des fonctionnalités interroge évidemment les horlogers japonais, qui étaient jusqu’alors les maîtres de la technologie intégrée à la montre. D’autant qu’Apple n’est pas seule à entrer dans le jeu: outre la Samsung récemment dessinée par le maître-horloger suisse Yvan Arpa, un acteur comme le spécialiste du GPS Garmin équipe déjà des millions de poignets de sportifs et d’amateurs d’aventures et de sensations fortes à travers le monde. Sans oublier que le géant horloger américain Fossil a déjà pris le pari de la connexion en décidant que la quasi- intégralité de sa production devra s’y mettre à terme. L’autre géant américain, Movado, s’y est aussi déployé très sérieusement. La montre connectée semble donc d’abord être le royaume des Américains, si l’on considère toutes les marques citées. Bien entendu, les Japonais conservent un avantage en terme de durée de vie de leur montre et de réserve de marche...

Une Apple Watch ne tiendra guère plus longtemps que le smartphone dont elle est la cousine proche. Pour l’heure, les horlogers japonais se sont donc concentrés sur l’ajout d’une connexion Bluetooth sur leurs modèles analogiques. Mais leur recours à l’énergie solaire les «enferme» aussi dans un nombre de fonctionnalités limitées par rapport à la montre connectée. Ils proposent donc pour l’instant des solutions hybrides dont la principale caractéristique est la connexion Bluetooth qui permet au voyageur un réglage instantané du fuseau horaire sur sa montre grâce au lien établi entre sa montre et son téléphone.

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Une question d’énergie

Aujourd’hui à la tête de l’Horological Institute Japan, Etsuro Nakajima a travaillé durant 40 ans chez Casio. Il a tout vu: la conception de mouvements quartz digitaux, la première montre de course à intervalles, la première Pro Trek à altimètre, la première montre radio-contrôlée... et en-n l’arrivée du Bluetooth. «En 2007, nous avons commencé à discuter avec Nokia d’un projet de montre connectée grâce au Bluetooth Low Energy LE, le Wibree, se remémore-t-il. Mais le projet a pris du temps car le dé- est celui de la consommation d’énergie et de la recharge. En 2012, la G-Shock GB5600 a été notre première montre Bluetooth.»

La question de l’énergie reste centrale. Pour Etsuro Nakajima les marques japonaises sont trop concentrées sur la technologie solaire. «Ces montres n’ont pas assez d’énergie pour soutenir des applications complexes. C’est pour cela que les Japonais se concentrent sur certaines fonctions comme l’ajustement du fuseau horaire, par rapport aux dizaines d’applications disponibles sur des montres connectées.» Pour les marques japonaises, la montre connectée pose donc un grand dilemme: comment garder une identité proprement horlogère et leurs caractéristiques historiques – notamment le recours à l’énergie solaire – tout en intégrant la révolution numérique? D’autant qu’elles sont sans doute réticentes à mettre une partie de leur avenir dans les mains de géants comme Apple ou Google, les deux maîtres de la connexion, elles qui se sont développées de manière organique sur le terreau fertile de la technologie japonaise.

Le cas de la Casio Pro Trek

Au-delà des hybridations en cours qui voient l’adjonction de la connexion Bluetooth à leurs modèles analogiques, certains ont tout de même décidé de lancer parallèlement des montres totalement connectées avec écran LCD. C’est le cas de Casio et de sa nouvelle Smart Outdoor Watch, la Pro Trek WSD-F20, en réalité une réédition «full digital» d’un modèle GPS historique de la marque, qui fonctionne sur Android Wear.

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Ce modèle au diamètre imposant, (56.4 mm) d’une étanchéité de 50 mètres, intègre notamment des applications pour le trekking, la pêche, le cyclisme, les sports de glisse ou la natation; des fonctions comme le compas, le baromètre, l’altimètre, l’heure du lever et du coucher du soleil, ou encore des marées; et bien sûr, l’orientation dans l’espace grâce au GPS, sa fonction première qui peut également être utilisée en mode hors ligne, loin des sentiers battus...

Cette tentative sur le marché de la montre connectée doit servir de test à Casio, pour déterminer d’un développement futur plus ambitieux sur ce créneau. A n’en pas douter, les conclusions de cette stratégie seront observées également avec intérêt par Seiko et Citizen, même si la ligne générale de l’année 2017 pour l’horlogerie japonaise résidait davantage dans la montée en gamme, via l’intégration de métiers d’art et de nouveaux matériaux dans la montre, plutôt que dans le développement de la montre connectée. L’horlogerie japonaise passera-t-elle à l’offensive, en proposant dans le sillage de la Pro Trek, outre des montres analogiques à énergie solaire et à fonction Bluetooth, des modèles connectés par données cellulaires et à recharge quotidienne? Les nouveautés de Baselworld donneront de premières indications.