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Swiss timing: fenêtre sur piste

CHRONOMÉTRAGE SPORTIF

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avril 2018


Swiss timing: fenêtre sur piste

Après avoir suivi les équipements de Seiko aux Championnats du monde d’athlétisme de Londres l’an passé, Europa Star a pu visiter un autre acteur de premier plan du chronométrage sportif, le leader mondial Swiss Timing. Cette société du Swatch Group a notamment été à pied d’oeuvre lors des récents Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang en Corée du Sud. Omega, Longines et Tissot sont ses principaux «clients».

230 tonnes d’équipement, 300 chronométreurs, aidés de 350 bénévoles. Les chiffres du déploiement d’Omega aux Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang en février, dont la marque suisse était le chronométreur officiel, ne laissent pas d’impressionner.

Derrière cette infrastructure, comme derrière les meetings d’athlétisme, les coupes du monde de ski, les compétitions automobiles Blancpain GT Series, le Tournoi des six nations de rugby, le Tour de France cycliste ou les matchs de NBA patronnés par Tissot ou encore les prestigieuses compétitions CIS d’équitation soutenues par Longines à travers le monde, on retrouve un seul et même acteur du Swatch Group: Swiss Timing, leader mondial du chronométrage sportif. Vous ne verrez quasiment jamais son nom sur le devant de la scène. Mais elle s’active très intensément en coulisses.

En février justement, Europa Star a pu visiter les locaux – calmes alors, car la majorité des employés se trouvaient en Corée du Sud – de l’organisation à Corgémont, dans le Jura bernois. Née en 1972 en vue de joindre les forces de Longines et Omega pour le chronométrage sportif, puis regroupée en 1988 sous un seul et même toit sous l’impulsion de Nicholas Hayek Sr., la société ne manque pas de travail, puisque l’équipement des Jeux olympiques lui est garantie jusqu’en... 2032!

Swiss timing: fenêtre sur piste

Des capteurs au plus près du corps

La société, qui compte plus de 400 employés sur trois sites en Suisse et en Europe, peut chronométrer pas moins de 135 disciplines sportives. Un vrai tournant dans son histoire a été l’apparition du transpondeur (émettant des signaux depuis des points géographiques précis), marquant le passage de la main de l’homme à la machine et permettant de fournir des données de plus en plus précises.

La mesure chronométrique continue de progresser chaque année. Plusieurs innovations ont ainsi marqué les récents Jeux olympiques, qu’Omega «couvrait» en Corée du Sud pour la 28ème fois de son histoire, depuis ceux de Los Angeles en 1932 (lors desquels trente chronomètres de la marque avaient été transportés aux Etats- Unis et fournis aux juges sur place). Mentionnons deux innovations en Corée du Sud, qui illustrent bien la force de frappe de Swiss Timing.

Swiss timing: fenêtre sur piste

Lors des épreuves de hockey sur glace, chaque joueur était équipé d’un capteur de mouvement fixé dans le dos, qui enregistrait des données et informations de jeu en temps réel, envoyées instantanément chez les téléspectateurs, ou utilisées a posteriori pour des analyses post-match. Même l’arbitre était équipé d’un système de détection de sifflet, qui lui permettait de communiquer via un micro avec le banc de chronométrage, afin d’arrêter la montre dès le coup de sifflet (gagnant au passage au moins une demi-minute par rapport à ce que les chronométreurs effectuent manuellement).

Pour les épreuves de saut à ski, des capteurs de mouvement étaient fixés sur les skis des athlètes, enregistrant en direct les vitesses pendant le run, le décollage, à 20 mètres et lors de l’atterrissage. Le système permettait aussi de mesurer de nombreuses techniques de saut, jusqu’aux angles formés par les skis des athlètes. Des données qui deviennent indispensables non seulement pour le spectacle via les temps et graphiques affichés à l’écran, mais aussi aux athlètes euxmêmes et à leurs entraîneurs afin d’améliorer leurs performances.

Swiss timing: fenêtre sur piste

A qui appartiennent les données sportives?

Une des grandes questions du moment porte justement sur la «propriété intellectuelle» des données recueillies par un chronométreur officiel. Pour l’heure, les règles – lorsqu’il y en a – ne sont pas uniformes. La vente de données fait néanmoins partie du business model de Swiss Timing. Par exemple, lors des compétitions automobiles Blancpain GT Series, l’organisateur de course SRO fournit les données recueillies par le chronométrage aux écuries et constructeurs.

Le tout faisant partie d’un service global inclus dans l’inscription des participants. Les coachs comme le public réclament de plus en plus de statistiques. Une inflation telle que dans le stade, de plus en plus de spectateurs semblent captivés par l’écran de leur smartphone plutôt que de regarder directement la compétition elle-même...

Swiss Timing vend aussi des équipements à des tiers, allant des caméras de photo-finish, des cellules photoélectriques, à des... piscines complètes.

Swiss timing: fenêtre sur piste

Les secrets de la photo-finish

La précision proposée par Swiss Timing atteint désormais le 10/1000ème de seconde mais les temps mesurés dépendent des règlements des fédérations partenaires: ainsi, si le cyclisme sur route se mesure à la seconde, celui sur piste l’est au 1/1000ème de seconde.

La fameuse «photo-finish» est sans doute l’un des services les plus connus proposés par la société, de ceux qui retiennent le souffle du spectateur. Des cellules photo-électriques placées sur la ligne d’arrivée donnent le résultat qui s’affichera instantanément sur les tableaux du stade et à la télévision. Mais seule l’image de la photo-finish donnera le temps officiel et seuls les juges sont habilités à établir le résultat final, ce qui peut entraîner de légères corrections par rapport au temps mesuré par les cellules.

En effet, le temps officiel est donné grâce à une caméra filmant une «ligne» de 3 mm sur l’emplacement précis de l’arrivée. De plus, une puce (généralement de la taille d’un timbre) fixée dans le dossard de chaque athlète donne sa position sur cette ligne d’arrivée, en guise de doublage de sécurité. Pourtant, dans certaines épreuves, il est arrivé que malgré une précision au 1/1000ème de seconde l’on ne puisse pas départager deux athlètes! Où placer, cependant, le curseur de la photo-finish sur le corps de l’athlète? Cela dépend de la discipline: le torse pour le 100 mètres, le bout de la chaussure du fondeur, la pointe de la lame de la chaussure du patineur de vitesse... A chaque fédération sa règle.

Premier ambassadeur de la Suisse?

Davantage encore que les montres que l’on peut voir aux poignets de stars, le chronométrage de compétitions suivies par des millions de spectateurs à travers le monde offre une visibilié énorme à l’horlogerie suisse.

Des règles strictes président cependant à l’affichage des logos: ainsi, aux Jeux olympiques, le CIO fixe par jour et par sport des quotas d’identification du logo qui sera retransmis à la télévision. La hauteur des logos Omega qui s’affichent sur les instruments ou les tableaux dans le stade ne doit non plus rien au hasard: pas plus de 1/10 de la hauteur totale de l’objet en question... et au maximum 10 centimètres.

Le seul élément qui n’a pas évolué depuis les premiers Jeux olympiques de l’ère moderne d’Athènes en 1896 est au final la cloche signalant le dernier tour de piste. Une cloche tout ce qu’il y a de plus suisse...