02. time-business


Europa Star Europa Star Europa Star

Rado: la marque futuriste explore son passé

SWATCH GROUP

octobre 2018


Rado: la marque futuriste explore son passé

Depuis son arrivée en 2011, le directeur de la marque du Swatch Group Matthias Breschan a mis l’accent sur de nouveaux formats et des calibres mécaniques pour gagner en poids en Asie. A présent, il entend redonner du lustre au riche patrimoine de Rado, entre innovations et formes audacieuses.

Cette année, Rado introduit de nouvelles couleurs dans sa spécialité, la montre à boîtier en céramique. Baptisée True Thinline Nature, cette série réalisée en partenariat avec l’association Grandi Giardini Italiani reflète la richesse des couleurs des plus beaux jardins transalpins, évoquant la terre, l’eau et la végétation. Des coloris possibles grâce aux poudres de base de la céramique qui influent sa teinte finale et qui sont chauffées à une température très précise, un processus nommé «frittage».

Autre innovation récente: l’introduction depuis 2016 du nitrure de silicium dans le modèle HyperChrome Ultra Light (56 grammes), qui diffère de la poudre d’oxyde de zirconium utilisée pour la céramique traditionnelle. Ce nouveau composant, qui est traité à quelque 1’700 degrés, vient quant à lui de l’industrie lourde, où il est déjà utilisé dans le dentaire, les couteaux ou encore les freins de voitures. Sa caractéristique principale est la légèreté. Tout concourt à cette caractéristique sur le modèle, entre le boîtier en nitrure de silicium, le cadran en céramique ou les ponts et la platine en aluminium.

La compagnie fondée en 1917 a un riche patrimoine dont la valorisation «a pris un certain retard» par rapport à d’autres poids lourds du Swatch Group comme Omega ou Longines, reconnaît le CEO Matthias Breschan.

Ces innovations, réalisées en collaboration avec le pôle d’excellence en traitement de la céramique au sein du Swatch Group, l’entreprise Comadur basée au Locle, dessinent bien le profil de Rado, une marque qui a fait de la recherche en matériaux un véritable leitmotiv. Mais la compagnie fondée en 1917 a aussi un riche patrimoine dont la valorisation «a pris un certain retard» par rapport à d’autres poids lourds du Swatch Group comme Omega ou Longines, reconnaît le CEO Matthias Breschan. L’objectif est maintenant l’exploitation systématique des archives et de l’héritage de Rado. Entretien.

Matthias Breschan dirige Rado depuis 2011
Matthias Breschan dirige Rado depuis 2011

La marque à fêté son centenaire l’an passé. L’occasion d’étudier en profondeur votre patrimoine?

Rado a toujours plutôt été la marque «futuriste» du Swatch Group, avec un lot d’innovations comme l’introduction pionnière de la glace saphir ou l’utilisation de la céramique dès les années 1980, qui nous ont valu notre titre de «maître des matériaux». Mais nous sommes en train de constituer une somme d’informations sur l’histoire de la marque. D’ici à deux ans, notre utilisation des archives devrait devenir vraiment très intéressante.

Vous introduisez déjà certaines rééditions cette année...

Nous rééditons en effet la montre Manhattan de 1965, inspirée de la skyline de Manhattan et qui reprend la tradition des montres de forme comme la Ceramica. Nous avons lancé 1’965 pièces avec un mouvement ETA C07. Nous avons aussi introduit récemment une autre réédition, datant quant à elle de 1962: la HyperChrome Captain Cook, un modèle en acier inoxydable à lunette tournante qui exprime des codes très sixties.

Quels sont vos principaux marchés aujourd’hui?

Ils se trouvent en Asie, Chine en tête. La Suisse est aussi un marché très important. La touche que j’ai apportée chez Rado depuis mon arrivée en 2011 a été d’introduire des modèles plus mainstream, via des formats ronds et des modèles automatiques, afin d’élargir notre clientèle notamment en Asie. En Chine, nous étions pénalisés par deux éléments. D’une part, en nous concentrant sur l’habillage de modèles à quartz, nous avions négligé le fait que les hommes achètent en priorité des montres mécaniques. D’autre part, les anciennes techniques de traitement de la céramique offraient peu de flexibilité, d’où la prédominance de formats carrés, moins conventionnels et caractéristiques d’une certaine génération. Tout cela a changé.

«En Chine, nous étions pénalisés par deux éléments: pas assez de mouvements mécaniques et la prédominance de formats carrés, car les anciennes techniques de traitement de la céramique offraient peu de flexibilité.»

Une stratégie qui vise à dépasser in fine le milliard de francs de chiffre d’affaires, comme c’est déjà le cas d’Omega, Longines et Tissot au sein du Swatch Group?

C’est clairement un objectif. La Chine offre encore un potentiel gigantesque. La recherche sur notre patrimoine va d’ailleurs contribuer à notre développement: nous avons par exemple retrouvé une publicité Rado parue dans un journal officiel de la République populaire de la fin des années 1970. A l’époque il y avait également un spot à la télévision chinoise intitulé Rado Quiz. D’autres grands marchés sont encore à creuser, comme l’Inde, où nous avons aussi été historiquement pionniers et restons aujourd’hui leaders dans les ventes de montres suisses. Dès les années 1960, Rado y a contourné le problème des fortes taxes à l’importation via la création de centres de service locaux.

Avec la vogue actuelle de la «vintagemania», les montres dites «de forme», caractéristiques de Rado, peuvent-elles revenir en grâce, alors que les deux dernières décennies ont été dominées par la montre ronde plus classique?

Je le crois. Malgré le temps qui passe, la Rado Original demeure d’ailleurs l’une de nos collections best-seller, depuis les années 1970. Le regard sur les montres a changé ces dernières années, avec un attrait fort du public pour le passé: se rattacher à une forme de patrimoine est rassurant pour nos clients. Partout, on voit un retour à des valeurs plus simples, à la nature, à la durabilité. Aujourd’hui, Rado peut travailler sur les designs forts de son histoire, tout en continuant à introduire des matériaux innovants. Pour nous, c’est la bonne formule.

En parlant d’innovations, quels sont les champs d’exploration les plus intéressants du moment?

La DiaMaster Ceramos est l’une des montres les plus importantes de l’année, avec son boîtier monobloc Ceramos™, un alliage à 90% de céramique et à 10% de métal. Ce qui est nouveau, c’est que nous sommes désormais capables de réaliser des injections monobloc. Les constructions monoblocs en céramique sont déjà employées en automobile et en aérospatiale. Cela nous ouvre la possibilité de concevoir des montres rondes, légères et ultra-plates. La céramique est devenu un matériau «noble», plébiscité par l’horlogerie haut de gamme. Aujourd’hui, nous traçons notre veine, celle le l’intégration de nouveaux matériaux associés à une certaine élégance.