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Patek Philippe: Un Perpétuel intemporel

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avril 2021


Patek Philippe: Un Perpétuel intemporel

Comment s’y sont pris les horlogers de Patek Philippe pour créer un nouveau mouvement automatique qui permet d’afficher jour, date et mois en ligne dans l’unique guichet de leur dernier quantième perpétuel?

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oncevoir un Quantième Perpétuel est un des grands idéaux de l’horlogerie. Car, comme l’indique son nom de «perpétuel», il s’agit là de répliquer mécaniquement «la grande horloge céleste» qui régit imperturbablement le temps. Compter et afficher avec exactitude, sans relâche ni intervention, le temps horaire et celui du calendrier grâce à un jeu mécanique de rouages, quel plus bel accomplissement d’horloger! Le philosophe français Voltaire ne nommait-il pas Dieu lui-même le «Grand Horloger».

La plupart d’entre nous vivent aujourd’hui, et ce depuis 1582, sous les divisions de l’année instituées par le Calendrier dit «Grégorien», du nom du pape Grégoire XIII. Comme le disait l’astronome Kepler, il s’agissait alors de «se mettre en accord avec le soleil», car le précédent calendrier dit «Julien» avait pris 12,7 jours de retard sur l’horloge solaire (aujourd’hui, on en serait à 13 jours de différence). Cette année-là, le 4 octobre 1582 fut donc immédiatement suivi du 15 octobre 1582.

Depuis lors, notre calendrier s’est rapproché de l’exactitude solaire mais pour rester dans la course il faut toujours que ce calendrier Grégorien jongle avec les années bissextiles en ajoutant un jour à février tous les 4 ans, sans oublier de les sauter tous les débuts de siècles sauf tous les 400 ans... De quoi donner à l’horloger du grain à moudre sous forme de calculs astronomiques à transformer en jeux de forces mécaniques.

Cet art horloger emblématique, dont la maîtrise remonte à la fin du XVIIIème, Patek Philippe le possède depuis longtemps, comme en attestent nombre de montres de poche issues de la manufacture. Et la maison peut d’ailleurs s’enorgueillir d’avoir sorti en 1925 la première montre-bracelet à Quantième Perpétuel.

«Ce qui se pense bien se lit bien»

Une des qualités majeures d’un Quantième Perpétuel est la clarté et la lisibilité de ses indications horaires et calendaires, souvent complétées par celle des phases lunaires. Au cours des années, Patek Philippe a présenté une variété d’affichages: à aiguilles, sur des cadrans auxiliaires (modèles équipés du calibre 240 Q), ou à double guichet jour/ mois et cadran auxiliaire mêlant quantième à aiguille et guichet des phases de lune (modèles équipés du calibre 324 SQ). Voire encore à affichage de la date par aiguille rétrograde et du jour et du mois par guichets (modèles équipés du calibre 324 SQR).

Un autre système d’affichage existait mais exclusivement dans quelques montres de poche et n’avait encore jamais été mis en œuvre dans une montre-bracelet. Dit «à l’américaine», il affiche dans un seul guichet panoramique date - jour - mois alignés côte à côte, en ligne à 12h. Parmi celles-ci, une montre de poche de 1972, exposée au Patek Philippe Museum de Genève (N° P-1450), a particulièrement retenu l’attention des concepteurs de Patek Philippe.

Les trois indications ainsi disposées en ligne à 12h, surplombant une phase de lune en guichet autour de laquelle court une petite seconde, expriment géométriquement et graphiquement au mieux l’essence horlogère d’un Quantième Perpétuel: un affichage sobre, précis, complet, lisible d’un coup d’œil. Mais parvenir à transposer un tel type d’affichage dans une montre-bracelet a entraîné nombre de défis techniques.

Quatre disques en mode perpétuel

Comme nous l’avons dit, la lisibilité est le graal de la petite machine cosmologique qu’est un Quantième Perpétuel. Pour que celle-ci soit optimale malgré l’espace minimal en diamètre et en épaisseur offert par une montre-bracelet, les concepteurs ont développé un système novateur composé de quatre disques distincts, un pour le mois, un pour le jour mais deux pour la date, soit un pour les dizaines et l’autre pour les unités. Il s’agissait ainsi de donner aux chiffres et aux indications la plus grande taille possible, tout en assurant le maximum de fiabilité du système sur le long terme. Et ce conformément aux exigences du Poinçon Patek Philippe.

Pour limiter l’épaisseur totale du calibre, le mécanisme de quantième perpétuel prend la forme d’un module additionnel placé sur une platine conçue à cet effet. Le dispositif des quatre disques a exigé à lui seul l’ajout de 118 composants par rapport à un affichage classique. Et pour que toutes les indications apparaissent sur un seul et même plan, sans aucune superposition, les concepteurs et constructeurs de Patek Philippe ont mis au point un système d’affichage composé de deux minuscules «doubles roulements à billes coplanaires» pour lequel un brevet a été déposé.

Mais deux autres brevets essentiels ont également été déposés à cette occasion. L’un concerne un mécanisme de passage du 31 au 01 qui permet à l’unité (le 1) de rester en place lors du passage du 31 au 1er du mois suivant, grâce à une astucieuse étoile de 31 dents sur laquelle ont été enlevées deux dents. L’autre brevet concerne un mécanisme antichoc qui renforce la sécurité de l’affichage de la date, la parfaite synchronisation entre ses deux disques et empêche tout saut fortuit en cas de choc ou lors d’une correction. Un point loin d’être mineur car si l’unité se décalait de la dizaine, la seule solution serait de devoir rapporter la montre à l’horloger!

S’effectuant non par saut instantané mais de manière traînante, ces indications calendaires (dans l’ordre: Jour, Date, Mois) sont complétées par deux petits guichets ronds, l’un pour le cycle des années bissextiles (à 4h) et l’autre pour une indication jour/nuit (à 8h). Deux affichages très utiles notamment pour le réglage du calendrier qui s’effectue très simplement via trois correcteurs logés dans le flanc du boîtier. Un quatrième correcteur concerne l’indication des phases de lune qui s’affichent avec une extrême précision dans un guichet au centre de la petite seconde, placée à 6h.

Optimisation énergétique

Ce module est entraîné par le nouveau calibre 31-260 QL (pour Quantième Perpétuel en ligne), basé sur un calibre précédent (le 31 - 260 REG QA) lancé en 2011 dans le Régulateur à Quantième Annuel référence 5235. C’est un mouvement automatique d’une grande finesse, obtenue notamment grâce à son mini-rotor excentré.

Mais pour que ce mouvement parvienne à entraîner un quantième perpétuel qui, par nature, est énergivore, les concepteurs y ont intégré les dernières avancées techniques développées par la manufacture. Ils sont ainsi parvenus à augmenter le couple du barillet de 20% et à renforcer le pouvoir remontant du mini-rotor, en le réalisant en platine dont la masse est supérieure à celle de l’or 22ct utilisé auparavant. Cette optimisation énergétique est encore renforcée par l’empierrement des multiples rouages qui entraînent les disques du Quantième logés dans le module.

Par ailleurs, ce nouveau calibre 31- 260 QL, doté d’un spiral breveté Spiromax® en Silinvar®, est également équipé d’une roue de réduction qui limite l’usure en débrayant le remontage automatique lorsque l’on remonte la montre à la main (une innovation brevetée par Patek Philippe en 2019).

Enfin, l’esthétique de ce mouvement a été redessinée en y créant deux ponts distincts, pour l’échappement et la seconde. Une architecture qui complique la vie des horlogers mais qui offre à l’amateur une vue imprenable sur l’architecture et les finitions de ce beau mouvement, visible à travers le fond en saphir qui le protège.

Un Perpétuel qui se veut intemporel

À Quantième Perpétuel, esthétique intemporelle! C’est ce qu’expriment avec évidence le visage et le boîtier de la nouvelle référence 5236P-001. Une architecture épurée, un cadran dépouillé, un boîtier en platine d’une grande sobriété, aux dimensions parfaitement équilibrées (41,3 mm de diamètre), sont au service d’un garde-temps destiné à indiquer imperturbablement le calendrier années, décennies, siècles durant.

Encadré par une carrure décorée en satiné vertical surmontée d’une lunette en biseau aux finitions polies, le cadran laqué bleu joue finement de la lumière entre son très fin satinage vertical et son subtil dégradé de noir concentrique partant de la périphérie vers le centre de la montre. Les trois affichages perpétuels en ligne, bleu sur fond blanc, s’y détachent en toute évidence.

La grande minuterie «chemin de fer» et l’échelle de la petite seconde à 6h qui encercle la lune de précision apportent leur nécessaire touche de technicité, indiquée par des aiguilles type bâton en or gris qui pointent sur de fins index. Monté sur des attaches légèrement inclinées dans l’angle de la lunette biseautée, le confortable bracelet en alligator bleu marine s’adapte au gré de sa boucle déployante en platine. Paré pour prendre perpétuité.

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