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DÉFI: GAGNER SES LETTRES DE NOBLESSE HORLOGÈRES

CARNET DE VOYAGE: ASIE

janvier 2018


DÉFI: GAGNER SES LETTRES DE NOBLESSE HORLOGÈRES

Face aux difficultés des maisons de luxe suisses et à leurs prix élevés, encouragées par le nouveau patriotisme chinois, certaines sociétés locales entendent regagner du terrain à domicile, en Chine continentale mais aussi à Hong Kong.

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n a beaucoup parlé en Suisse du rachat d’ Eterna et Corum opéré par le géant chinois Citychamp. Mais beaucoup moins des efforts réalisés sur place pour élever le niveau horloger chinois, en essayant de battre les Suisses au moins sur le prix si ce n’est sur la qualité. Exemples.

HONG KONG

Memorigin: démocratiser le tourbillon

William Shum est l’une des personnes qui incarne le mieux l’«esprit de Hong Kong»: natif de la cité, l’entrepreneur a étudié la finance à l’Université de Cornell aux Etats-Unis. Mais l’éruption de la crise financière rend les choses plus compliquées que prévu. A Hong Kong, son père possédait une usine de 900 personnes dédiées à la production de mouvements pour montres mécaniques. «J’ai consacré ma thèse à un cas d’étude. Et c’est là que j’ai découvert qu’elle produisait entre autres un mouvement à tourbillon! C’était donc une société assez mature du point de vue technique.» Cela donne l’idée à William Shum de profiter ce savoir-faire pour lancer sa propre marque, dont tous les modèles seront... des tourbillons. Memorigin est née. Le but: afficher un prix accessible, entre 4’000 et 6’000 dollars, sur des éditions limitées à 20 pièces. La recette semble fonctionner.

Memorigin Stellar
Memorigin Stellar

«Les horlogers suisses ont évidemment un avantage sur nous car ils sont bien reconnus, et l’on sait que le prix correspond à la valeur de marque! Nous ne pouvons pas attirer des gens qui seraient intéressés par une Jaeger-LeCoultre. En revanche nous essayons d’attirer les gens qui n’auraient pas forcément les moyens de s’acheter une montre à tourbillon. Nous démocratisons le tourbillon.»

Aujourd’hui présente dans 20 pays, la start-up garde pour principal marché Hong Kong. «Face à la baisse de la consommation chinoise, nous essayons de nous baser sur une clientèle locale. Et surtout d’attirer les jeunes vers l’horlogerie mécanique avec la démocratisation du tourbillon. Nous voulons éviter que tout le monde ne porte plus qu’une smartwatch à l’avenir! Ma plus grande crainte pour le futur serait en effet le scénario d’un désintérêt des jeunes pour l’horlogerie mécanique...»

CHINE

Rossini et Ebohr en force

Basée à Zhuhai à proximité immédiate de Hong Kong, Rossini a été fondée en 1987, où elle emploie environ 800 employés. «Nos prix moyens se situent entre 1’000 et 3’000 AMB et nous disposons d’environ un millier de références, organisées autour de deux séries principales, Sport et Business», explique Bruce Cho, responsable des ventes. Sa compagnie- sœur Ebohr est quant à elle positionnée un peu moins haut de gamme et est également propriété de Citiychamp.

Rossini Tourbillon 5459
Rossini Tourbillon 5459

«Notre production est principalement automatique et nous vendons nos montres en Chine, mais aussi au Royaume-Uni, à Singapour, au Cambodge ou encore en Thaïlande, poursuit Bruce Cho. Nous disposons de 10’000 points de vente dans toute la Chine! La croissance est au rendez-vous et nous ne cessons de grandir même si cette croissance a pu ralentir ces dernier temps. Nous nous concentrons à présent en particulier sur l’Asie du Sud et sur les nouvelles générations d’hommes et femmes d’affaires.»

Ebohr Complication Experience No 2
Ebohr Complication Experience No 2

Les avantages que la marque entend mettre en avant: un bon design et de la qualité à un prix accessible. Mais la marque compte aussi sur des modèles plus haut de gamme, dont un modèle tourbillon proposé à 15’000 RMB. Nous proposons un bon design, un prix accessible et de la qualité. «Pour l’instant, nos mouvements sont livrés par Citizen et Seiko. Mais nous prévoyons de lancer notre propre mouvement dans un futur proche!»