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«On a trop peu parlé du patrimoine de Baume & Mercier»

ENTRETIEN

octobre 2018


«On a trop peu parlé du patrimoine de Baume & Mercier»

La marque accessible du groupe Richemont a un nouveau directeur en la personne de Geoffroy Lefebvre. Et il suffit de regarder son compte Instagram pour comprendre que l’histoire de Baume & Mercier va être remise sous peu à l’honneur, en cette période de «vintagemania». Rencontre.

L

ors du dernier SIHH, Baume & Mercier a impressionné nombre d’observateurs avec sa nouvelle ligne Clifton Baumatic. Son cadran à effet porcelaine, d’une grande élégance, frappait tout autant le regard que ce qui se trouvait dans le boîtier, le premier mouvement mécanique «maison». Ce calibre BM12-1975A à échappement en silicium a été développé avec le soutien de ValFleurier, qui se profile toujours davantage comme «manufacture» de tout le groupe, après avoir notamment participé cette année à la naissance du calibre équipant la Fifysix de Vacheron Constantin.

Il s’agit en réalité d’une rupture dans l’histoire de Baume & Mercier, qui n’avait «jamais été motoriste mais toujours parmi les meilleurs dans l’habillage», comme l’explique son nouveau patron Geoffroy Lefebvre, un Champenois diplômé en ingénierie et féru d’histoire. Mais cette rupture a un sens, celle de proposer un modèle haut de gamme pour la marque, dès 2’650 CHF, sans abandonner ses propositions plus abordables mues par des calibres d’ETA ou Sellita. C’est tout simplement un nouveau terrain de jeu qui s’ouvre pour Baume & Mercier.

«Aujourd’hui, je poste quasiment uniquement des modèles vintage de Baume & Mercier sur mon compte Instagram. Remettre ce patrimoine sur le devant de la scène fait clairement partie de la stratégie.»

Derrière la mécanique, il y a aussi la volonté de revenir à l’histoire. Paradoxalement, cette maison fondée en 1830 ne s’est en effet guère profilée sur le créneau vintage. Au contraire, par exemple, d’un concurrent comme Longines qui, outre ses modèles classiques à succès, a réalisé un bel exercice depuis deux ans autour de rééditions. Là aussi, le terrain de jeu est vaste et promet des surprises. Nous avons rencontré Geoffroy Lefebvre après sa prise de fonctions.

Geoffroy Lefebvre est le nouveau CEO de Baume & Mercier
Geoffroy Lefebvre est le nouveau CEO de Baume & Mercier

Chez Richemont, vous avez dirigé le pôle manufacturing puis êtes passé par deux maisons de Haute Horlogerie, Vacheron Constantin et Jaeger-LeCoultre. Votre arrivée chez Baume & Mercier coïncide aussi avec une forme de montée en gamme, via le premier calibre maison... Une simple coïncidence?

Oui, car nous n’allons absolument pas sortir de notre cœur de gamme, qui va de 1’000 à 4’500 francs. Tout le sens de la Baumatic est justement d’offrir la meilleure qualité possible, une valeur forte pour un prix modéré. Et pour cela, le passage par un mouvement réalisé spécifiquement pour nous était nécessaire. Celui-ci permet de gagner en performance, en précision et ouvre de belles perspectives pour les petites complications. Vous découvrirez d’ailleurs une belle surprise dès le prochain SIHH. C’est le nouveau pilier de notre offre automatique maison, une plateforme pour le futur.

«Le passage par un mouvement réalisé spécifiquement pour nous était nécessaire. Il y a dix ans, nous n’avions pas la solution pour faire un calibre maison.»

Un développement qui n’aurait sans doute pas été possible sans ValFleurier, qui semble gagner en puissance au sein du groupe...

Il est clair qu’il y a dix ans, nous n’avions pas la solution pour faire un mouvement maison. Je connais bien ValFleurier car j’ai supervisé cette entité lorsque je dirigeais le pôle manufacturing du groupe. Avec leurs sous-ensembles mécaniques performants, notre marque est parvenue à réaliser un calibre particulièrement innovant. Celui-ci assure une réserve de marche de cinq jours et une précision de l’ordre de -4 à +6 secondes par jour, La montre requiert un service tous les cinq à sept ans seulement, car son mécanisme est équipé de nouvelles huiles particulièrement performantes contre la friction. Mais l’innovation la plus extraordinaire concerne certainement l’échappement en composite de silicium, avec une géométrie optimisée, qui permet d’augmenter l’autonomie de 30% et offre une belle résistance au magnétisme.

La nouvelle ligne Clifton Baumatic de Baume & Mercier
La nouvelle ligne Clifton Baumatic de Baume & Mercier

Comptez-vous doter également d’autres collections de ce calibre maison?

Pour l’heure non, car nous souhaitons parallèlement conserver des propositions plus abordables, qu’il s’agisse de la Classima dès 990 francs en version quartz ou de la Clifton Club dès 1’900 francs lorsqu’elle est équipée d’un mouvement automatique «standard». Ainsi, notre pyramide de produits se clarifie: aujourd’hui la marque a besoin de cohérence et son cœur va de la Classima à la Baumatic.

Le comptoir horloger des Bois dans le Jura, lieu de naissance de la marque en 1830
Le comptoir horloger des Bois dans le Jura, lieu de naissance de la marque en 1830

On n’échappe pas au phénomène de rééditions vintage dans l’industrie. Baume & Mercier a plutôt choisi d’établir des partenariats avec des pionniers de la vitesse sur route, comme la Cobra de Shelby ou la Indian Motor. Allez-vous continuer dans cette veine?

Nous n’avons pour l’heure pas de nouveaux projets autour de ces partenariats, que nous avons déjà bien exploités. Je crois qu’on a trop peu parlé de l’histoire de Baume & Mercier elle-même. Cet héritage est peut-être plus évident dans d’autres Maisons, mais Baume & Mercier n’a absolument pas à rougir. La première chose que j’ai faite en arrivant a été de m’enfermer avec 200 pièces du patrimoine aux Brenets! C’était la meilleure manière d’«entrer» dans la marque...

Qu’avez-vous découvert?

On voit très tôt des montres au design incroyable, comme les chronos complets des années 1950, la Shogun ou la Riviera. Baume & Mercier n’a jamais été fabricant de moteur mais a toujours figuré parmi ceux qui ont le mieux «habillé» les moteurs. Son histoire est d’abord celle de la rencontre entre un technicien jurassien, William Baume, et un dandy genevois, Paul Mercier, qui a très tôt compris l’importance du design dans la montre-bracelet. Aujourd’hui, je poste quasiment uniquement des modèles vintage de Baume & Mercier sur mon compte Instagram. Remettre ce patrimoine sur le devant de la scène fait clairement partie de la stratégie.

Un modèle des années 1950 de Baume & Mercier, publié sur Instagram par Geoffroy Lefebvre
Un modèle des années 1950 de Baume & Mercier, publié sur Instagram par Geoffroy Lefebvre

Est-ce qu’une présence plus affirmée en Chine, où Baume & Mercier semble manquer de notoriété par rapport à quelques-uns de ses grands concurrents, fait également partie de cette stratégie?

Il est vrai que nos marchés traditionnels se trouvent en Europe et en Amérique du Nord. Mais nous ne nous y sommes pas cantonnés: nous avons toujours été une marque internationale. En ce sens, la Chine est clairement un marché stratégique. Et avec 1’500 points de vente dans le monde, Baume & Mercier a vocation à continuer à travailler main dans la main avec ses partenaires au service de ses clients finaux.