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La centrale de renseignements de l’horlogerie suisse

PORTRAIT

août 2020


La centrale de renseignements de l'horlogerie suisse

Au 21ème siècle plus que jamais auparavant, la fiabilité de l’information est la clé du succès industriel. Dès les années 1960, l’horlogerie suisse a mis en place une structure chargée de la veille technologique et commerciale. Depuis lors, la coopérative Centredoc a ajouté à sa palette de renseignements le suivi des montres connectées, de l’intelligence artificielle ou encore de l’impression 3D. Son directeur, Harald Jenny, a répondu à nos questions.

C

entredoc est une coopérative unique dans le paysage horloger contemporain. Fondée en 1964 en tant que «centre d’information technique de l’industrie horlogère», la structure compte toujours parmi ses sociétaires les plus grands groupes et marques horlogères, comme Swatch Group, Richemont, Rolex ou Patek Philippe. Un «non-horloger» de poids figure aussi parmi les sociétaires: Nestlé.

Au fil de près de 60 ans d’existence, la coopérative s’est ouverte à d’autres industries – qui comptent à présent pour la moitié de son chiffre d’affaires – mais l’horlogerie reste le noyau dur de Centredoc, qui compte 18 employés et est hébergée au CSEM à Neuchâtel.

Une source vive de renseignements pour une industrie suisse qui se doit de constamment innover, tout en tentant de préserver sa prééminence mondiale.

D’abord spécialisée dans le suivi des publications de brevets touchant l’industrie horlogère, la coopérative a élargi ses activités au fil des décennies pour toucher d’autres domaines, de l’information commerciale jusqu’aux veilles dédiées à l’impression 3D ou à la montre connectée aujourd’hui. C’est une source vive de renseignements pour une industrie suisse qui se doit de constamment innover, tout en tentant de préserver sa prééminence mondiale.

Ancien d’Alusuisse, Harald Jenny est à la tête de Centredoc depuis un peu plus de cinq ans. Sous sa conduite, la coopérative a notamment entrepris la numérisation de ses services. Rencontre.

Harald Jenny dirige Centredoc, une coopérative établie en 1964.
Harald Jenny dirige Centredoc, une coopérative établie en 1964.

Europa Star: Quelles sont les activités principales de Centredoc pour l’industrie horlogère?

Harald Jenny: Nous menons des veilles technologiques, commerciales et économiques. Une de nos bases de données répertorie tous les brevets en lien avec le secteur déposés depuis plus de 150 ans dans le monde entier. Une autre est dédiée aux données sur les matériaux utilisés par l’horlogerie ou la micromécanique. Il existe également des sujets plus récents: ainsi, nous avons mis en place une veille exhaustive sur l’impression 3D, un thème qui gagne en importance. Une autre veille concerne exclusivement les montres connectées. Nous suivons également l’intelligence artificielle, la Blockchain ou encore l’industrie 4.0.

Et en ce qui concerne les aspects économiques?

Nous publions notamment une revue de presse hebdomadaire, ainsi qu’une compilation mensuelle des nouvelles en lien avec le secteur, diffusée de manière électronique et sur papier.

«Nous avons observé une explosion du nombre de brevets chinois: par conséquent nous avons mis en place une veille spécifique à cette catégorie.»

Justement, la transition numérique a dû fortement impacter votre activité…

Oui. Pendant longtemps le papier est demeuré le support privilégié mais depuis quelques années, nous mettons fortement l’accent sur le digital, qui permet notamment d’effectuer facilement des recherches transversales sur plusieurs bases de données.

Comment sourcez-vous les données que vous recueillez pour établir vos différentes veilles?

D’une part, nous sommes nous-mêmes abonnés à certaines bases de données payantes, par exemple en ce qui concerne la propriété intellectuelle. Nous sommes également abonnés à des revues spécifiques. D’autre part, nous avons conçu un algorithme propriétaire pour les recherches en ligne.

Cette cartographie est un exemple de veille technologique réalisée par Centredoc, en l'occurrence sur les brevets déposés par la compagnie coréenne LG dans le domaine des lunettes connectées.
Cette cartographie est un exemple de veille technologique réalisée par Centredoc, en l’occurrence sur les brevets déposés par la compagnie coréenne LG dans le domaine des lunettes connectées.

Quelle plateforme utilisez-vous pour traiter toutes ces données?

Nous avons mis au point en interne un logiciel baptisé «Rapid», hébergé chez nous, qui permet de structurer mais aussi présenter l’information recueillie. Par exemple, nos newsletters hebdomadaires sont des PDF extraits de ce logiciel. C’est cette combinaison de recherche et de restitution, assez rare dans le monde, qui nous distingue.

Au-delà des bases génériques, menez-vous aussi des recherches spécifiques pour certains clients?

Oui, surtout pour les plus grandes marques: certaines disposent d’une plateforme dédiée avec un accès qui leur est réservé. Si une marque souhaite utiliser le logiciel Rapid non seulement pour consulter mais aussi pour trier, annoter et utiliser toutes les fonctionnalités, elle peut acquérir une licence de notre plateforme.

«C’est la combinaison de recherche et de restitution des données, assez rare dans le monde, qui nous distingue.»

Avez-vous des clients au-delà de l’horlogerie?

Il y a 30 ans, Centredoc a commencé à s’ouvrir à des non-horlogers. Aujourd’hui, nous réalisons la moitié de notre chiffre d’affaires hors du secteur. Tant que ce ne sont pas des concurrents directs de l’horlogerie suisse, il n’y a pas de problème.

Les clients et partenaires de Centredoc sont à la fois institutionnels et privés.
Les clients et partenaires de Centredoc sont à la fois institutionnels et privés.

Pas de clients dans l’horlogerie japonaise ou allemande, donc?

Non, dans le domaine horloger, la plateforme reste réservée en priorité aux marques suisses.

Combien coûte l’accès aux veilles de Centredoc?

Les sociétaires ont des rabais. Pour eux, la veille brevets mondiale coûte 4’600 francs par an, la veille matériaux 1’900 francs et la veille médias 1’200 francs. Nous réalisons également des mandats uniques, par exemple pour un inventeur qui souhaite savoir s’il est possible de breveter sa trouvaille. Nous travaillons étroitement avec des cabinets d’avocats.

Quelle veille a connu la plus forte croissance ces dernières années?

Nous avons observé une explosion du nombre de brevets chinois: par conséquent nous avons mis en place une veille spécifique à cette catégorie. Le nombre de brevets déposés dans le reste du monde est d’un volume élevé mais stable.

Vous administrez également la Société Suisse de Chronométrie: d’où vient cette proximité?

Ce rapprochement a été décidé dans les années 1980. Le lien était naturel du fait du rôle de la Société Suisse de Chronométrie au service de la technique dans l’industrie horlogère.

«Il y a 30 ans, Centredoc a commencé à s’ouvrir à des non-horlogers. Aujourd’hui, nous réalisons la moitié de notre chiffre d’affaires hors du secteur.»

RAPID4 est la nouvelle version du logiciel de traitement de données mis au point par Centredoc.
RAPID4 est la nouvelle version du logiciel de traitement de données mis au point par Centredoc.

CHRONOLOGIE

1964 Création de la coopérative CENTREDOC et lancement de la veille horlogère RIH.

1986 Lancement de la veille INFOMAT sur les matériaux.

1989 Création du Spin-off ARCANTEL SA pour le développement informatique.

1993 Lancement de la veille Watch Industry sur l’actualité horlogère.

1995 Déménagement de la société sur son site actuel, au 5e étage du CSEM.

2000 Lancement de la première version de RAPID, en collaboration avec Nestlé.

2003 Lancement de RAPID 2, une version exploitant les web services de l’Office européen des brevets.

2008 Lancement de RAPID 3, une version permettant le traitement d’information brevets et non-brevets au sein d’une même plateforme.

2012 Lancement de la veille Designs Horlogers sur les dessins et modèles.

2013 Lancement de la veille RIH Asie sur les brevets horlogers asiatiques.

2014 Création de la conférence Stratégie Propriété intellectuelle et Innovation.

2015 Lancement d’une offre de formation en Propriété intellectuelle en partenariat avec l’’Institut Européen Entreprise et Propriété Intellectuelle.

2016 Lancement des publications 3Dpat sur les technologies d’impression 3D et Smart Watch Monitoring sur les objets connectés portés au poignet.

2017 Lancement de RAPID 4.0, refonte complète du portail de veille technologique.

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