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Du mouvement dans la blockchain

ENTRETIEN

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mai 2021


Du mouvement dans la blockchain

Les annonces se succèdent sur les alliances entre marques autour de solutions blockchain communes. L’un des acteurs les plus importants sur cette scène en ébullition est le consortium français Arianee, qui équipe notamment Breitling et Vacheron Constantin. Nous avons rencontré son CEO et co-fondateur Pierre-Nicolas Hurstel.

A

vec leur cycle de vie particulièrement long et l’importance de la traçabilité dans l’industrie horlogère, les montres ne se contenteront certainement plus de simples papiers d’origine à l’avenir. Les solutions de «double numérique» ou de «passeport digital» permettant de suivre un modèle grâce à un jeton unique inscrit dans une blockchain se multiplient.

Une thématique qui va bien au-delà de la seule authentification des montres, puisque ce double numérique émis par le fabricant permet aussi une interaction avec les «utilisateurs», donc les clients. Certains grands noms de l’horlogerie, comme Breitling, ont déjà annoncé que toute leur production serait désormais munie d’un passeport numérique suivant le cycle de vie de leurs montres.

Pour que le langage soit commun, des standards se mettent en place, sous la forme de consortiums réunissant plusieurs groupes et marques de luxe. L’un des plus importants est Arianee, une organisation indépendante et participative dont la mission est de «concevoir une norme mondiale pour la certification numérique des objets de valeur en promouvant et en soutenant l’adoption de son protocole».

Depuis octobre 2020, toutes les montres produites par Breitling sont proposées avec un passeport numérique encrypté dans la blockchain supportée par la technologie Arianee.
Depuis octobre 2020, toutes les montres produites par Breitling sont proposées avec un passeport numérique encrypté dans la blockchain supportée par la technologie Arianee.

Fonctionnant sur le principe de l’open source, grâce à la technologie cryptographique et à la gouvernance distribuée, le protocole d’Arianee a été adopté par plusieurs marques horlogères. Aux côtés d’un autre grand consortium récemment annoncé et baptisé Aura, il se profile comme l’une des solutions privilégiées des manufactures. Son CEO et co-fondateur Pierre-Nicolas Hurstel a répondu à nos questions, à l’aube d’une nouvelle ère pour les relations entre les marques et leurs clients.

Pierre-Nicolas Hurstel, CEO et co-fondateur d'Arianee
Pierre-Nicolas Hurstel, CEO et co-fondateur d’Arianee

Vacheron

Europa Star: Quel peut être le rôle de la blockchain pour l’horlogerie? On entend parler d’authentification, de relation clients, de traçabilité...

Pierre-Nicolas Hurstel: A vrai dire, dans le cas d’Arianee, nous sommes vraiment partis de l’idée de connecter les créateurs des montres avec leurs clients, dans une logique de circularité. La vérification de l’authenticité d’un modèle n’est qu’une des applications possible, car il est impossible de falsifier un passeport digital. Ce qui nous passionne c’est de créer le lien entre la marque et l’utilisateur. Notre rêve est celui d’un monde dans lequel tous les objets de valeur disposeront d’un double digital!

Pourquoi avoir choisi de commencer l’application de votre technologie avec l’horlogerie?

C’était d’autant plus intéressant que l’objet lui-même n’a pas vocation à être connecté. Les papiers d’authenticité existaient déjà mais nous pouvons amener une expérience plus forte, en créant une identité numérique de chaque modèle.

«Notre rêve est celui d’un monde dans lequel tous les objets de valeur disposeront d’un double digital!»

D'abord réservée à ses montres vintage issues de la collection Les Collectionneurs, la certification digitale d'authenticité avec la technologie blockchain va s'étendre à l'ensemble des garde-temps Vacheron Constantin dès fin 2021.
D’abord réservée à ses montres vintage issues de la collection Les Collectionneurs, la certification digitale d’authenticité avec la technologie blockchain va s’étendre à l’ensemble des garde-temps Vacheron Constantin dès fin 2021.

Qui sont vos partenaires horlogers?

Notre première collaboration a été celle initiée avec Vacheron Constantin et le partenariat qui est le plus poussé à ce jour est celui avec Breitling, puisque toute leur production est désormais associée à un passeport digital. Certaines marques participent également au consortium, comme Audemars Piguet, sans encore en appliquer les solutions mais afin de suivre les développements technologiques.

Comment se structure votre gouvernance?

Notre consortium a pour statut juridique celui d’une association selon la loi de 1901 en France - c’est-à-dire qu’elle appartient à ses membres et ne vise pas à générer du profit. Tout le protocole que nous avons développé en open source est abrité dans cette association. A côté, nous avons mis en place une offre commerciale pour la mise en place des solutions pour les les marques en mode logiciel en tant que service (SaaS). Notre protocole en open source se base sur la blockchain (écosystème Ethereum) et permet de produire des passeports digitaux. C’est la couche la plus «basse», l’équivalent de l’IMAP ou du SMTP pour un email. Ensuite nous l’implémentons spécifiquement pour nos partenaires.

«Tout le protocole que nous avons développé en open source est abrité dans une association à but non lucratif.»

Du mouvement dans la blockchain

Combien de membres compte le consortium?

A ce jour, plus de 35 qui se répartissent entre marques et intégrateurs. L’Union des Fabricants (Unifab), qui est l’association française de lutte anti-contrefaçon, fait aussi partie du consortium.

Pouvez-vous partager quelques retours d’expérience à ce stade?

Comme pour tout sujet très innovant, nous devons faire oeuvre de pédagogie afin de convaincre des bienfaits de notre solution. Surtout, il s’agit de bien choisir à partir de quand et comment la déployer - par exemple nous pouvons proposer d’équiper d’un passeport digital les montres qui reviennent en SAV, pour les clients qui le souhaiteraient.

The Hour Club, le site exclusif aux clients de Vacheron Constantin, permettra également à ceux-ci de bénéficier de services liés à l'authentification digitale de leur montre.
The Hour Club, le site exclusif aux clients de Vacheron Constantin, permettra également à ceux-ci de bénéficier de services liés à l’authentification digitale de leur montre.

Comment liez-vous la montre à son double numérique?

Essentiellement en scannant la carte de garantie. Mais il n’est pas impossible que la technologie évolue. Par exemple certaines marques pourraient vouloir graver leurs modèles, voire les lier de manière biométrique en prenant des photos très détaillées à la production. A l’heure actuelle, ces développement se heurtent cependant tous au même problème: il faut des conditions très spécifiques, en termes de luminosité et de résolution du smartphone, pour que la reconnaissance marche. Cela nécessite aussi une application dédiée: la caméra du téléphone ne reconnaîtra pas «d’elle même» un objet. De notre côté, notre spécialité reste la conception du double digital - ensuite les marques le relient à l’objet selon la technologie qu’elles privilégient. Nous sommes «agnostiques» sur ce point...

Plusieurs consortiums se développent en parallèle dans le luxe autour d’applications blockchain. Quelle est votre ambition pour Arianee?

Notre ambition est de contribuer à ces développements en proposant un standard mais pas forcément de couvrir toute l’industrie. Plusieurs solutions et plusieurs acteurs peuvent être compatibles sur un même marché.

«Notre spécialité reste la conception du double digital - ensuite les marques le relient à l’objet selon la technologie qu’elles privilégient. Nous sommes «agnostiques» sur ce point.»

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