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Chronext en quête de stature

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mai 2021


Chronext en quête de stature

La plateforme de vente accueille deux «pointures» de la technologie et de l’horlogerie dans son conseil d’administration. Elle entend affirmer son statut en combinant ventes en ligne et dans son réseau de boutiques physiques. Le point avec son directeur Philipp Man et Hamdi Chatti, ancien dirigeant de l’horlogerie Louis Vuitton qui a rejoint Chronext.

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a numérisation à marche forcée de la planète horlogère, du fait de la pandémie, semble conforter la dynamique des acteurs du marché secondaire, qui généraient déjà la majorité de leurs ventes en ligne. C’est le cas pour Chronext, une plateforme active principalement en Europe, qui a annoncé avoir franchi pour la première fois la barre des 100 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020.

En Allemagne, la société a connu une croissance de ses ventes de l’ordre de 25% l’an dernier en comparaison avec son année fiscale 2019, alors que les exportations de montres neuves suisses vers ce pays baissaient de 21% dans le même temps.

Chronext a été fondée en 2013 par Philipp Man et Ludwig Wurlitzer et emploie aujourd’hui 170 personnes. La société dispose d’un atelier de 350m² pour les tests de qualité et d’authenticité et propose environ 7’000 modèles en permanence à la vente. Outre son site internet, elle compte également un réseau de boutiques physiques en Allemagne et dans le monde.

«Ces dernières années, nous avons réussi à positionner Chronext comme une plateforme d’achat sûre proposant un grand choix de modèles disponibles sur un marché compétitif, souligne Philipp Man. Nos clients apprécient particulièrement de pouvoir essayer la montre de leur choix sans engagement. Nous essayons de combiner le meilleur du digital et du physique.»

Ancien directeur de l'horlogerie Louis Vuitton, Hamdi Chatti a rejoint le conseil d'administration de Chronext.
Ancien directeur de l’horlogerie Louis Vuitton, Hamdi Chatti a rejoint le conseil d’administration de Chronext.

Afin de renforcer sa légitimité et sa crédibilité - la «mère des batailles» pour tous les acteurs du marché secondaire - Chronext vient d’étendre son conseil d’administration en accueillant un nouveau président, Jacob Fonnesbech Aqraou, ancien dirigeant d’eBay très bien connecté dans la Silicon Valley, ainsi qu’Hamdi Chatti, vétéran de l’industrie horlogère qui a notamment occupé des postes à responsabilité chez Richemont et dirigé la division horlogère de Louis Vuitton. Il est également membre du conseil d’administration du détaillant Gübelin. Un double profil - technologique et horloger - qui correspond bien à Chronext. Nous avons interrogé Philipp Man et Hamdi Chatti sur les perspectives pour la société.

En Allemagne, Chronext a connu une croissance de ses ventes de 25% l’an dernier, alors que les exportations de montres neuves suisses vers ce pays baissaient de 21% dans le même temps.

Europa Star: Vous venez de dépasser les 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. Pour vous la crise pandémique a-t-elle été un accélérateur des affaires?

Philipp Man: A vrai dire, nous étions déjà en pleine croissance avant l’irruption du Covid. Cette période n’a constitué ni un coup d’accélérateur ni un ralentissement de notre activité, juste la poursuite de notre courbe de croissance. Le fait que l’industrie horlogère ait commencé à réaliser que la vente en ligne était essentielle est une bonne chose pour nous. Le commerce en ligne existait déjà en horlogerie comme dans d’autres secteurs, mais il a gagné en légitimité depuis l’an dernier.

Votre conseil d’administration a été remodelé. Hamdi Chatti, pourquoi avoir choisi de rejoindre Chronext?

Hamdi Chatti: Parce que c’est une nouvelle aventure très excitante! Nous avons eu une première réunion par téléphone l’an dernier puis avons passé une journée ensemble à Cologne. Je trouve qu’ils représentent le meilleur de deux mondes: à la fois une nouvelle manière de parler directement aux clients et un vrai atelier d’horlogerie. L’activité qui y règne m’a rappelé mes premiers pas dans le métier. C’est un mélange fantastique, avec une nouvelle génération qui fait preuve d’un grand intérêt et d’un grand respect pour l’artisanat et l’horlogerie de tradition. Ils sont jeunes et savent parler à d’autres jeunes mais se comportent aussi comme de vrais horlogers. Et puis, l’industrie se doit d’adopter enfin le marché de l’occasion, le statu quo n’est plus possible.

«L’industrie horlogère se doit d’adopter enfin le marché de l’occasion, le statu quo n’est plus possible.»

Vous avez fait toute votre carrière au sein de marques prestigieuses et siégez au conseil d’administration de Gübelin. Est-ce à dire que Chronext va établir des partenariats officiels avec des maisons ou détaillants établis, comme on le voit de plus en plus?

Hamdi Chatti: Nous devons d’abord répondre à une problématique essentielle: les marques horlogères continuent de produire et les détaillants à vendre, mais les montres ont une durée de vie longue. Comment les accompagner tout au long de leur cycle de vie et assurer que leur revente éventuelle se fasse dans les meilleures conditions, en termes d’authenticité, de prix et de service? C’est là que nous intervenons en premier lieu.

Philipp Man: Il y a encore beaucoup à faire pour internationaliser notre présence, qui s’est jusqu’à présent concentrée sur l’Europe. Nous allons continuer de nous développer de manière propre: il y a encore tant à faire, ce n’est que le début!

Philipp Man, co-fondateur et CEO de Chronext
Philipp Man, co-fondateur et CEO de Chronext

Comment vous différenciez-vous des nombreuses autres plateformes de vente de montres qui se renforcent également de leur côté?

Philipp Man: D’abord, nous menons une activité hybride: Chronext vend à la fois des modèles d’occasion et des montres neuves. Ensuite, nous vendons à la fois des produits que nous détenons en inventaire et d’autres pour le compte de revendeurs. Notre champ d’action est donc très large. Et surtout, contrairement à d’autres acteurs qui agissent comme des places de marché entre tiers, nous vérifions tous les modèles échangés via notre plateforme. Ce qui nous caractérise le mieux est sans doute le mot «hybride». Comme le disait Hamdi, nous essayons de combiner le meilleur de deux mondes! S’il fallait nous comparer à la manière dont opère une autre plateforme, je serais tenté de mentionner Farfetch.

Hamdi Chatti: Ce qui m’impressionne beaucoup, c’est l’étroite connexion que Chronext a établie avec de nouvelles générations d’acheteurs. Lorsque j’étais dans l’industrie, nous étions obsédés par la quête de ces nouvelles générations qui achètent en ligne. D’une certaine manière, des sociétés comme Chronext ont été construites par les clients que les horlogers suisses recherchaient depuis des années - par ces nouvelles générations justement.

«Des sociétés comme Chronext ont été construites par les clients que les horlogers suisses recherchaient depuis des années.»

D’où proviennent les montres neuves proposées à travers Chronext?

Philipp Man: Soit directement des marques, soit de leurs revendeurs.

Et comment menez-vous l’authentification des modèles?

Philipp Man: Nous disposons de plusieurs sites, dont un principal, où nos horlogers vérifient la qualité des montres, ce qui peut constituer jusqu’à 14 étapes différentes. Actuellement, la majorité des processus d’authentification se font à Cologne. Nous réalisons ces vérifications à l’interne et ne voudrions pas les confier à des tiers, comme d’autres plateformes choisissent de faire. Nous sommes aussi très vigilants sur les processus de paiement. Un service de dépôt fiduciaire (escrow) n’est pas suffisant selon nous. Vous devez contrôler l’ensemble de la transaction.

Hamdi Chatti: J’ai vraiment été impressionné lorsque j’ai visité les ateliers de Chronext à Cologne, car j’ai eu l’impression d’arriver dans une manufacture. Toutes les montres sont ouvertes pour valider la qualité du mouvement. Cela a été un facteur-clé dans ma décision de rejoindre la plateforme.

Bureau de Chronext à Cologne en Allemagne
Bureau de Chronext à Cologne en Allemagne

Mettez-vous en œuvre des solutions basées sur la blockchain? C’est une thématique qui fait l’objet de nombreux débats en ce moment, notamment pour l’authentification des montres.

Philipp Man: En effet il y a beaucoup de discussions et je suis personnellement un grand fan de cette technologie. J’y vois beaucoup de potentiel à plus long terme mais nous n’avons pas encore vu de percée dans le domaine commercial. Au bout du compte, il y a toujours quelqu’un qui doit vérifier l’objet physiquement. A l’heure actuelle, je ne suis pas encore convaincu, mais je ne l’exclus pas pour autant.

Hamdi Chatti: Cette technologie doit encore mûrir, notamment dans la manière de relier efficacement un objet à son double numérique.

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