04. time-keeper


DOMINIQUE RENAUD

ATTAQUE FRONTALE AUX FONDAMENTAUX

janvier 2017


DOMINIQUE RENAUD

Attention: avec l’entrée en scène de la DR01 TWELVE FIRST, une révolution est en marche qui risque bien de bouleverser pas à pas tous les fondamentaux de l’horlogerie mécanique traditionnelle. Dominique Renaud est de retour…

D

ominique Renaud et Luiggino Torrigiani, bien que tous deux lestés d’une fort solide et longue expérience, sont enthousiastes, vifs, emportés par leur propre projet comme des étudiants qui lanceraient une prometteuse start-up.

Pas de hasard donc si on les trouve nichés au cœur d’un plateau technologique, pépinière de start-ups et d’ateliers pédagogiques aménagée dans les anciennes et gigantesques imprimeries IRL, à Renens, près de Lausanne.

Les deux hommes ont leur repère au bout d’un couloir. Poussée la porte de leur labo, on change de monde. On se retrouve soudain dans un vrai atelier d’horlogerie à l’ancienne. Mais ça n’a rien d’un décor. Il y a là toutes les machines et tous les outils conceptuels qui permettent à un horloger aussi doué que Dominique Renaud de tout faire d’une montre avec ses mains et avec sa tête. «Je vois en 3D depuis mon enfance» dit-il avec un sourire comme s’il s’en excusait. «C’est vrai, acquiesce Luigino Torrigiani, il plonge en pensée dans un mouvement, passe entre les rouages, va observer de plus près le frottement d’un axe.» On imagine sans peine qu’il a fallu à Dominique Renaud nombre de tels voyages mentaux en 3D pour parvenir à concevoir spatialement la DR01 TWELVE FIRST. «DR» pour Dominique Renaud, bien sûr, et «TWELVE FIRST» parce que c’est le premier étage d’une fusée à douze étages destinée à s’attaquer pour de bon aux fondamentaux de l’horlogerie mécanique. A commencer par son cœur, l’inamovible balancier-spiral, qui pourrait bien un jour se voir détrôné.

Un «résonateur à couteau à pivotement spatial»

«Je veux ouvrir de nouvelles voies à la mécanique horlogère et avec la DR01, je sais qu’il est désormais devenu possible de conjuguer précision accrue et réserve de marche exponentielle», explique-t-il. Mais pour mieux comprendre les forts enjeux de cette quête horlogère, plongeons un peu dans la mystérieuse DR01 aux allures de vaisseau surgi d’on ne sait où, et commençons par le début.

La loi mécanique dit que pour son efficience optimale, le balancier doit être le plus léger possible et son pivot le plus minuscule possible afin d’en perturber la marche le moins possible par ses frottements. Aujourd’hui, dans un oscillateur traditionnel, le pivot de balancier mesure environ un dixième de millimètre. Au-dessous de cette taille, il risquerait de se rompre. Le pivot de l’échappement de la DR01 mesure quant à lui dix fois moins, soit un centième de millimètre! Et il est incassable.

Echappements
Echappements
Haut: le traditionnel échappement avec balancier-spiral.
Bas: l’échappement à détente à coups perdus avec le résonateur à couteau à pivotement spatial.

Ce microscopique «pivot spatial» incassable peut recevoir un lourd «balancier» à très haute inertie mais dépourvu de spiral remplacé par un «résonateur à couteau à pivotement spatial». Deux, voire trois ou quatre lames très affûtées vibrent en harmonie sur des rubis sphériques entaillés, avec un frottement minimal et donc avec une déperdition d’énergie dérisoire. L’arbalète qui maintient les lames affûtées fait office de spiral.

Le balancier, vingt fois plus lourd qu’un balancier traditionnel, pivote librement, animé par un échappement de type détente libre à impulsion directe dit «à coups perdus». Ici en dix alternances, il donne une impulsion et neuf coups perdus. Ce qui signifie qu’on peut dès lors travailler à hautes voire très hautes fréquences. Mais encore fallait-il pallier un défaut récurrent de l’échappement à détente: sa sensibilité aux chocs qui lui font sauter une impulsion et le dérèglent. Dominique Renaud y a paré en montant un système de sécurisation avec une glissière. Dernière innovation de ce mouvement qui en comporte de nombreuses et radicales, la roue de seconde, placée verticalement, fait office de seconde morte traînante naturelle. Quant au reste, au train de rouages et au barillet, rien que du traditionnel. Mais Dominique Renaud prévient: il s’attaquera aussi à la source et à la chaîne de transmission de l’énergie. Mais ce sera plus tard, pour un autre étage de sa «fusée».

Construire une fusée

Les avancées proposées par cet ensemble micro-pivot incassable, résonateur à couteau à pivotement spatial et échappement à détente à coups perdus sont nombreuses et peuvent être véritablement qualifiées de révolutionnaires. Une nouvelle phase s’ouvre pour l’horlogerie mécanique. Avec une amplitude cumulée de 340 degrés entre chaque impulsion, avec une fréquence record «atteignant facilement» 12Hz (84’600 alternances/h), avec sa très faible consommation d’énergie et sa durée de marche «sans précédent» (on parle ici en semaines…), avec enfin ses performances chronométriques superlatives, la DR01 TWELVE FIRST ouvre un nouveau chapitre. Mais ce n’est que le premier chapitre d’un nouveau livre.

L’ambition conjuguée de Dominique Renaud et de Luiggino Torrigiani n’est pas de construire une marque supplémentaire mais de proposer au cours des années qui viennent douze différents prototypes de la DR qui s’attaqueront à tous les fondamentaux mécaniques jugés jusqu’à aujourd’hui intangibles et démontreront pas à pas les étonnantes potentialités de ce nouveau type de régulation. «A l’industrie de s’en saisir, nous délivrerons des licences», avance Luiggino Torrigiani. Car au bout de cette recherche de pointe, le but est bel et bien de parvenir à industrialiser cette nouvelle approche horlogère.

«Nous avons volontairement choisi de travailler notre premier prototype avec un très gros balancier afin de révéler visuellement la force du concept. Mais le deuxième prototype sera au contraire très plat, histoire de démontrer ses étonnantes potentialités.»

Dominique Renaud DR01 TWELVE FIRST SAPPHIRE GREEN
Dominique Renaud DR01 TWELVE FIRST SAPPHIRE GREEN

Une œuvre d’art

La DR01 TWELVE FIRST se présente telle une œuvre d’art, encapsulée dans un tube de saphir rotatif non pas classiquement emboîté mais maintenu dans une arche qui forme un C anguleux et futuriste. Avec le doigt, on peut faire tourner librement le tube de saphir et admirer sous toutes ses faces le corps et le cœur battant de la montre. Là aussi, c’est du jamais vu, comme une sorte de Reverso spatiale tournant à 360 degrés.

Le mode de production et de financement de cette aventure hors du commun est également inédit. Les deux hommes travaillent non pas avec des «sous-traitants» mais avec un ensemble de «co-traitants» qu’ils se plaisent à nommer et à mettre en avant. La même logique préside au financement: chacun des douze différents prototypes de la «fusée» est et sera préempté par un collectionneur qui, pour la somme de 1 million de francs suisses, pourra le personnaliser à sa guise. Une somme énorme, penserez-vous! Certes, mais justifiée non seulement par l’intense effort de R&D nécessité pour chacun des prototypes, mais aussi parce qu’il aura entre ses mains un exemple unique au monde d’une des étapes d’une véritable révolution en marche.

Dominique Renaud et Luiggino Torrigiani se sont rencontrés par hasard à cause d’une bouteille d’huile d’olive exceptionnelle. Petit-fils d’un horloger de la Vallée de Joux, fils d’un père et d’une mère tous deux horlogers, Dominique Renaud à l’horlogerie dans le sang. Et depuis toujours l’ambition de pousser ses recherches au plus loin. Il l’a amplement démontré en fondant Renaud & Papi (qui désormais appartient majoritairement à Audemars Piguet), véritable pépinière de toute la nouvelle horlogerie la plus créative. Désireux de prendre le large, Dominique Renaud se retire pendant vingt ans dans le sud de la France mais y poursuit en solitaire ses recherches. Il est prêt à revenir sur le devant de la scène avec son projet révolutionnaire quand il rencontre Luigi Torrigiani venu en vacances dans la région où il habite. Ingénieur, entrepreneur multi-casquetes (il a aussi occupé de hautes fonctions dans le domaine des organisations sportives internationales), Luigi Torrigiani na pas peur des challenges hors du commun: il a notamment joué un rôle clé dans le lancement de l’incroyable aventure de l’avion solaire Solar Impulse au poste de directeur du marketing et du sponsoring jusqu’en 2010. Parfaitement complémentaires, les deux hommes étaient faits pour se connaître: à peine deux ou trois semaines après leur rencontre, ils décidaient de travailler ensemble.