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PARAPHERNALIA: MARTIN FREI

LES OUTILS DE L’IMAGINAIRE

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mars 2017


PARAPHERNALIA: MARTIN FREI

PARAPHERNALIA: MARTIN FREI

M

artin Frei est co-fondateur et designer en chef d’Urwerk. Son travail est inséparable de celui de l’horloger Félix Baumgartner. A eux deux, dès 1997, en totale symbiose, ils ont ouvert de nouvelles voies mécaniques – qu’on pense seulement aux fameux satellites utilisés pour indiquer l’heure – et défriché de nombreuses pistes formelles inexplorées.

Leurs montres ne ressemblent véritablement à aucune autre, que ce soit fonctionnellement ou esthétiquement. On ne peut pas détacher le travail formel de Martin Frei des recherches mécaniques de Félix Baumgartner.
Mais d’où provient l’inspiration personnelle de Martin Frei? De quel imaginaire sont issues ces montres qu’on dirait sorties tout droit d’un étrange film de science-fiction? Pour en comprendre un peu plus, Martin Frei nous a ouvert son coffre à trésors. A priori, c’est un bric-à-brac de marché aux puces.

Mais en y regardant de plus près, on commence à mieux saisir les chemins créatifs qui ont abouti à ces montres hors du commun. Un chemin guidé par une curiosité insatiable, par un goût immodéré de « tous les outils qui permettent de voir le monde différemment », par une sensualité jamais absente, par un goût des rencontres insolites qui remonte à l’enfance, toujours présente.

Ou comme le disait Lautréamont le goût de ce qui est «beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie.»

Cristaux, coquillages, antennes de cell-phones: «Les cristaux sont ordonnés géométriquement, les coquillages ont des structures fractales, les antennes de cell-phones lavées par la mer deviennent comme des coraux. Des lois physiques ordonnent la nature.»

Courroie de transmission: «Cette magnifique courroie d’acier provient d’un lieu industriel abandonné de Zürich. On y fabriquait d’énormes machines. J’allais y ramasser toutes sortes de pièces. J’aime les matériaux bruts et cette lourde et souple courroie est un chef d’oeuvre industriel.»

Mesureur de distance: «Il y a une petite roulette au bout. En le poussant, on parcourt précisément une carte et l’outil nous indique la distance, selon l’échelle. Je recherche toutes les machines qui indiquent quelque chose. Elles ont toutes quelque chose de différent à nous apprendre. D’ailleurs, indiquer le temps différemment nous donne une compréhension du temps différente.»

Anche de duduk: «C’est un objet tout simple, les anciens le connaissaient déjà. C’est une anche de duduk, une sorte de hautbois. Un musicien gitan me l’a donné au détour d’une route en Arménie. Il l’a bricolée chez lui, mais elle est parfaite. Il y a même du scotch. Il en sort un timbre chaud et doux.»

Verre de contraste (contrast glass): «C’est un objet qui permet de voir les contrastes, utile à tout cinéaste. Le jour où je me le suis acheté, je me suis senti un «vrai» cinéaste. Et je réalise toujours des films, des vidéos ou des documentaires artistiques. Sortir de l’horlogerie m’est aussi indispensable que d’y être.»

Minox et jumelles: «J’ai toujours été fasciné par ce qui permet d’augmenter nos sens. Longues vues de pirates, télescopes ou microscopes. Voir plus loin ou plus près, ici les deux sont combiné. Le génial Minox, un chef d’œuvre de design, pensé jusqu’au moindre détail en 1936 par Walter Zapp, et dont je me suis beaucoup inspiré, je l’ai couplé à de vieilles jumelles Zeiss. Un outil bricolé d’espion vintage…»

Un cœur: «Je vivais à NY. J’ai rencontré une fille et nous sommes allés au marché aux puces. J’y ai vu ce cœur. Elle me l’a offert. Mais au-delà du souvenir sentimental, un cœur c’est une machine, c’est notre montre interne mais sans rouages. L’évolution a fait ça. Ça a l’air si simple à comprendre et pourtant ça fait un travail incroyable, inouï.»

Aquarelle: «C’est un petite boîte d’aquarelle de campagne. Je l’utilise encore beaucoup. J’aime sa simplicité absolue, avec son propre réservoir d’eau à bouchon, sa brosse fine comme un poil de chat. La liberté.»

Objet en bois: «C’est le premier objet que j’ai façonné aux Beaux-Arts, en bois dur, d’un toucher incroyablement délicat. Je me suis inspiré d’une pierre volcanique que j’ai reproduite et agrandie. On dirait une grosse cuillère maladroite.»

Miroir: «J’aime toutes les «machines» qui permettent de voir le monde différemment. Un miroir est aussi une machine. Depuis l’enfance, ils me fascinent, j’adore les déformations optiques. Qui n’a pas joué à regarder son visage déformé dans le dos d’une cuiller?»

Dans le désordre, et la liste pourrait continuer: des lunettes d’aviateur Made in USRR pour observer des explosions atomiques / un règle à échelles multiples / un disque de Duchamp / une toupie à six faces / 20’000 lieus sous les mers, de Jules Verne / un couteau / une cellule photographique mécanique / une lime à ongles de l’hôtel Okura de Tokyo / une sphère armillaire portable…

UR-T8 Reversible, la dernière de Urwerk
UR-T8 Reversible, la dernière de Urwerk