n dit que l’échappement de Breguet, développé vers 1798, est «naturel» parce que son balancier, à deux ou quatre roues, est libre et donne une double impulsion directe à chaque oscillation complète – comme un coeur – et qu’il ne nécessite pas ou peu de lubrification. Certains disent même que c’est l’échappement le plus «biologique» qui soit.
Mais il présente certaines difficultés: il semble «naturellement» simple et évident mais est complexe sur le plan mécanique et exige une grande précision d’assemblage avec des tolérances plus strictes que la normale. Autant d’atouts et de défis qui ne pouvaient que séduire Kari Voutilainen, à la fois fasciné par la grande horlogerie classique et avide de proposer à son tour des solutions et des pistes innovantes.
La pierre angulaire
En 2002, Kari Voutilainen quitta le Wostep où il enseignait désormais l’art et la technique des montres compliquées, prit son indépendance et lança sa propre marque, à son nom. Il présentera sa première montre trois ans plus tard, en 2005, dans le stand de l’AHCI à Bâle, et y fera sensation avec une répétition minutes unique en son genre: elle sonne les heures, les minutes et non pas les quarts, comme il est de coutume, mais... les dizaines. «C’est bien plus simple et intuitif à l’oreille, plus naturel, nous avait-il expliqué alors, car nous sommes comme physiologiquement habitués au système décimal».
Mais il voit plus loin, il veut construire sa propre maison totalement indépendante, maîtriser l’ensemble de ses mouvements de leur conception à leur fabrication et à leur assemblage. Être «libre», comme l’est l’échappement naturel...
Genèse du Calibre Vingt-8
Il va donc s’atteler à la réalisation de son propre calibre dès 2008, va le baptiser Vingt-8, et ne le présentera publiquement que trois ans plus tard, en 2011. Ce calibre Vingt-8 va être la pierre angulaire sur laquelle il va construire sa marque dans la durée. Le «principe» même qui libérera sa créativité et lui permettra de créer un vaste ensemble de montres, toutes différentes en toute cohérence.
Avec le Vingt-8, Kari veut disposer d’un calibre qui soit robuste, durable, précis, tout en étant versatile et flexible, polyvalent, apte à accueillir et à intégrer nombre de complications. Et, point essentiel, un calibre qui puisse être intégralement produit et manufacturé in house.
Tout découle de ces exigences de départ. Avec ses 159 composants, le calibre Vingt-8 est relativement épais (6,2 mm pour un diamètre de 30 mm), mais il s’agit là d’un choix délibéré pour garantir sa robustesse. Durable il l’est à plusieurs titres, notamment parce que son échappement opère avec un minimum de lubrification (et les variations de viscosité de l’huile sont sans effet sur sa stabilité de marche), mais aussi parce que le choix du maillechort (German silver) un alliage de cuivre, nickel et zinc, offre une grande résistance à la corrosion et une robustesse supérieure au laiton, tout en conservant durablement ses valeurs esthétiques. Le train de rouage n’est pas traité (non-galvanisé) et toutes les roues visibles sont en or.
Avec son échappement naturel, qui, comparativement au mouvement à ancre suisse, développe environ 30% de plus d’énergie, il offre une réserve de marche d’environ 65 heures avec un seul barillet.
Par ailleurs, pour son balancier-spiral, il opte pour une géométrie du spiral innovante, avec courbe extérieure Phillips traditionnelle et courbe intérieure Grossmann, moins connue, une disposition particulière qui améliore sensiblement la précision de l’ensemble.
L’échappement naturel
Quant à l’échappement lui-même, «Breguet était en avance sur son temps, nous explique-t-il. Mais à son époque il n’existait pas de possibilité d’usinage de grande précision ni de moyens de mesure adaptés. Or tout échappement se doit d’être précis. Ce manque de moyens explique le fait que Breguet n’a produit que très peu de son échappement naturel, si simple et génial soit-il. Au début, j’ai rencontré les mêmes problèmes que ceux de Breguet et mon tout premier prototype, identique à la construction de Breguet, fonctionnait moyennement, car le jeu était trop grand. Pour parvenir à trouver le jeu minimum tout en utilisant un train de rouages identique, j’ai dû chercher des pistes un peu différentes et modifier la construction elle-même de manière à ce qu’en cas de choc l’ancre ne perturbe pas la marche.»
La fastueuse famille des Vingt-8
Sur les ailes de ce calibre Vingt-8 solide, efficace, précis, d’une architecture intemporelle et magnifiquement terminé, Kari Voutilainen s’est envolé, pourrait-on dire. Ces solides fondements mécaniques lui ont offert sa grande liberté et lui ont permis de déployer pleinement sa créativité.
Depuis 2008, ce ne sont pas moins de 25 modèles différents équipés du calibre Vingt-8, de variations, d’innovations d’affichage, de complications, qui se sont succédés. Sans parler des expressions inédites et des collaborations artistiques, de la beauté des cadrans, des prouesses de guillochage, voire des provocations permises par son calibre Vingt-8.
Pour le long terme
Travaillant à son calibre avec une vision à long terme, Kari Voutilainen mène en parallèle une réflexion sur l’habillage de la montre, son assemblage, son montage et sa polyvalence. Cherchant à diminuer le nombre de références, il développe et brevette un système de fixation du cadran en remplaçant les pieds traditionnels par des tubes fixés dans le cadran de façon mécanique, à l’intérieur desquels se logent les vis. Une structure particulière qui lui permet de chasser les aiguilles sans risque de déformation aucune.
Enfin, et point important, il conçoit son calibre de base de façon à pouvoir directement implémenter ses complications et affichages différents, sans utiliser de modules additionnels. Si le train de rouages reste toujours identique, chaque nouvelle itération possède sa propre platine distincte fabriquée pour l’occasion. D’où une valeur exclusive supplémentaire apportée à chaque modèle.
La Voutilainen 28SD10 Diamond et la 28SB8 Sapphire
Dernières nées de la longue lignée des 28, les Voutilainen 28SD10 Diamond et 28SB8 Sapphire sont l’une des expressions les plus raffinées de l’horlogerie de Kari Voutilainen. Elles associent le Calibre Vingt-8, aux finitions exceptionnelles que l’on peut admirer au dos des montres, à un sertissage de haut vol qui met en lumière le raffinement des jeux de guillochage manuel du cadran – guillochage dont Voutilainen est un des grands experts. Ces effets de lumière et de texture, de profondeur et d’éclat, rehaussés par des index en diamants ou en saphir taille baguette, sont encore sublimés par des exceptionnelles lunettes serties de 36 diamants ou saphirs taille baguette.
La rare technique du sertissage clos permet de créer un cercle de lumière qui semble ininterrompu. Les corps des boîtiers et les cornes sont respectivement parés de 63 et 36 diamants ou saphirs, sertis selon une technique sophistiquée de sertissage invisible qui met en valeur leur éclat naturel. Un diamant ou saphir unique est serti dans la couronne, tandis que les boucles en or blanc sont quant à elles serties de 48 diamants ou saphirs taille baguette.


