Collectionneurs


«Si vous saviez le temps que je consacre à l’horlogerie»

PORTRAIT DE COLLECTIONNEUSE

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avril 2021


«Si vous saviez le temps que je consacre à l'horlogerie»

Avocate travaillant à New York, Jane nous partage son parcours initiatique vers l’horlogerie. Dès le début, la jeune femme a adopté une approche sélective de la collection, se concentrant sur quelques marques et modèles restreints. Un cheminement qui a commencé par une Patek Philippe Calatrava qu’elle a achetée elle-même après ses études. Rencontre.

C’

est lors de ses études universitaires en droit que Jane commence à s’intéresser aux montres mécaniques. «J’aime l’idée qu’il ne s’agisse pas de biens jetables comme la plupart des objets que nous possédons aujourd’hui, explique-t-elle. Imaginez , je possède des modèles des années 1940 et 1950 qui sont en bien meilleur état que je ne le serai moi-même quand j’aurai leur âge!» La notion de «transmission», la durabilité d’un objet qui traverse plusieurs époques séduisent la jeune femme.

«Comme d’autres collectionneurs, je leur trouve une personnalité, une âme, même si ce sont des objets, poursuit-elle. Ils relèvent de mon environnement quotidien et je leur donne du sens.» Pendant la quarantaine stricte qu’elle passe l’an dernier à New York, une ville particulièrement affectée par le coronavirus, la jeune femme explique d’ailleurs que sa collection de montres lui a apporté un certain réconfort: «A mes yeux, elles signifient quelque chose d’aussi fort, voire davantage, que ce que peut évoquer une photographie. J’ai passé trois mois chez moi sans porter aucun bijou, mais j’avais une montre vintage au poignet presque chaque jour.»

Simplicité, complexité, simplicité

Sa première montre n’est pas un modèle d’entrée de gamme ni un garde-temps qui lui est transmis mais une Patek Philippe Calatrava ref. 5123R-001 en or rose qu’elle achète elle-même chez Betteridge Jewelers dans le Connecticut en 2015. «Je sais que je suis bizarre dans la mesure où j’ai commencé par une Patek Philippe, plutôt que de gravir les échelons petit à petit.» Dès le début, Jane se découvre une affection particulière pour la maison genevoise. Son acquisition suivante est une réf. 7130R World Time, illustrant sa prédilection, parmi les complications, pour les chronographes et les heures du monde. Ses goûts la portent également vers les calibres à remontage manuel plutôt qu’automatique.

Jane, collectionneuse de New York
Jane, collectionneuse de New York
Photo: Atom Moore

Ayant commencé son parcours horloger par des modèles classiques à indication de l’heure «simple», puis enchaîné sur des modèles à complications, Jane remarque qu’elle revient à présent, dans ses choix, vers l’épure de ses débuts. «Je suis passée de la simplicité à la complexité pour mieux revenir à la simplicité. C’est un processus...»

La montre «sociale»

Surtout, la jeune femme découvre rapidement le côté social de ce loisir qui lui prend toujours plus de temps, ce besoin de partager avec d’autres collectionneurs. Bref, le sentiment d’appartenir à une communauté au sein de laquelle la passion est commune mais les goûts diffèrent. Elle appartient ainsi depuis plusieurs années à un club de passionnés d’horlogerie, The Watch Club Society. «A côté de mes collègues de travail, ce sont les personnes dont je me sens le plus proche en ville», souligne-t-elle. Elle est également membre de la Horological Society of New York.

«La plupart des membres de mon club ont un champ d’action large et collectionnent un grand nombre de modèles de types différents. En ce qui me concerne, je m’investis plutôt dans un domaine restreint pour l’approfondir du mieux que je peux. Il n’y a vraiment que cinq ou six marques horlogères que je suis. Mais je les poursuis intensément et assidûment.»

«Il n’y a vraiment que cinq ou six marques horlogères que je suis. Mais je les poursuis intensément et assidûment.»

«Je devrais détester ce modèle... et pourtant!»

Au sommet de sa pyramide horlogère personnelle trône Patek Philippe bien sûr, devant Rolex (notamment suite à l’acquisition d’une Oysterquartz 19018 de 1984), Vacheron Constantin (dont un modèle Les Historiques Chronograph ref. 47101 qui appartient à l’un de ses amis), A. Lange & Söhne (la Cabaret et d’autres) et Cartier, une marque qu’elle se refusait à suivre jusqu’à un jour de décembre il y a deux ans, lorsqu’elle tombe sur une Tank à Guichet non polie de 1997. «À partir de là, cela a été un chemin dangereux!» Son Graal absolu reste sa Patek Philippe Calatrava réf. 2526J.

Outre ces grands classiques, Jane a commencé à s’intéresser plus récemment à la scène horlogère indépendante, notamment à la marque autrichienne Habring2. Elle a aussi acquis un modèle de plongée SUB 300 en carbone de la marque suisse Doxa, qui vient de signer son grand retour aux Etats-Unis.

«Cela a choqué certains de mes amis collectionneurs car ils ne s’attendaient pas du tout à me voir m’investir dans la montre de plongée, un segment qui ne m’intéressait pas particulièrement. En fait, je ne sais pas pourquoi j’aime ce modèle, en toute logique je devrais plutôt le détester... et pourtant!» De même, si elle ne se trouve guère d’atomes crochus avec les montres de pilotes, un modèle du genre lui a fait tourner la tête: la Breitling Navitimer ref. 806. Preuve s’il en fallait que le champ d’action de la collectionneuse n’est pas si restreint!

Un dilemme avec la Nautilus

Lorsqu’il s’agit d’évoquer le temps qu’elle consacre à sa passion pour l’horlogerie, la jeune femme répond simplement: «Un temps fou! Cela en devient presque embarrassant. Je passe littéralement mon temps libre à la maison, quand je ne travaille pas, à fouiner sur Internet, à vérifier les sites marchands d’objets anciens ou simplement à discuter avec les autres membres de mon club.»

Ce qui dérange la jeune femme aujourd’hui est le côté hyper spéculatif qui s’est emparé de certains modèles: «Ce n’est pas très aimable de ma part de le dire ainsi mais tant pis: je rencontre beaucoup de personnes qui n’ont que certains modèles à la mode en tête. Bien sûr, la perspective qu’une montre puisse perdre de la valeur m’a déjà empêchée d’en acheter. Mais ce n’est pas la considération ultime.»

Possédant elle-même une Nautilus réf. 5711, elle avoue ainsi ne plus la porter que rarement car avec la spéculation en cours autour de ce modèle, cela «attire le mauvais type d’attention» et en devient presque «risqué».

Pour nourrir cette passion pour l’horlogerie authentique, The Watch Club Society avait envisagé de faire un tour des manufactures en Suisse en janvier. Un projet reporté à l’an prochain. Ce qui a au moins l’avantage de lui laisser le temps de se documenter encore un peu plus...