lors que l’industrie horlogère cherche de nouveaux récits pour séduire les collectionneurs, Bremont mise sur l’exploration spatiale. La marque britannique s’est associée à Astrolab, dont le rover FLIP doit être déployé près du pôle Sud de la Lune dans le cadre d’une prochaine mission lunaire qui devrait intervenir d’ici la fin de l’année. Une Supernova Chronograph de Bremont l’accompagnera et demeurera sur notre satellite situé à 384’400 kilomètres de la Terre.
Ce projet s’inscrit, selon Davide Cerrato, dans la continuité de l’histoire de Bremont, fondée autour des montres-outils destinées aux environnements les plus extrêmes. Arrivé à la tête de la marque en 2023, le dirigeant détaille également sa stratégie: préserver un positionnement accessible au sein du segment premium, investir sur le long terme grâce à l’indépendance de Bremont et capitaliser sur des projets porteurs de sens plutôt que sur une simple montée en gamme.
Europa Star: Une montre Bremont sera embarquée sur le rover d’Astrolab, qui doit se poser près du pôle Sud de la Lune. Comment avez-vous réussi à conclure ce partenariat?
Davide Cerrato: Il y a bien sûr une part de chance, mais aussi beaucoup d’intuition. La mission Artemis a été retardée, ce qui a créé une fenêtre d’opportunité. Depuis le début de l’année, avec des initiatives comme le Jumping Hour ou le retour de Felix the Cat, nous avons senti qu’il était temps d’apporter de l’enthousiasme et de raconter des histoires fortes. Aujourd’hui, cet élan se trouve dans l’espace.
Lorsque nous avons rencontré l’équipe d’Astrolab il y a un an, j’ai immédiatement compris que nous partagions la même vision. Ils rassemblent des vétérans de la NASA et de grandes entreprises spatiales autour d’un objectif ambitieux: faire progresser l’humanité en préparant une présence durable sur la Lune. Leur mission consiste notamment à explorer le pôle Sud lunaire, où l’on sait que de l’eau sous forme de glace est présente. Cette ressource est essentielle, puisqu’elle peut fournir de l’eau potable, de l’oxygène et de l’hydrogène, les fondements mêmes de la vie et de futures missions spatiales.
A titre personnel, qu’est-ce que cette mission vous évoque?
Je suis né en 1970. J’ai grandi avec le rêve de la conquête spatiale. Après Apollo, cet enthousiasme est retombé, mais aujourd’hui il renaît. C’est extrêmement inspirant de pouvoir y participer, même à notre échelle.
Le rover sera piloté depuis la Terre, avec le soutien d’Astrobotic. Il fonctionnera pendant un jour lunaire, soit environ quatorze jours terrestres de lumière. Ensuite viendra une nuit lunaire de quatorze jours, extrêmement froide. Nous ne savons pas encore s’il pourra redémarrer après cette période d’hibernation. Pendant sa mission, il collectera des données scientifiques, notamment sur la poussière lunaire, avant de rester sur place… avec notre montre, la Supernova Chronograph.
Qu’est-ce que cela signifie pour Bremont?
Pour Bremont, c’est un symbole très fort. L’horlogerie britannique est née pour accompagner les grandes expéditions; aujourd’hui, nous accompagnons une nouvelle forme d’exploration. Depuis sa création, Bremont conçoit des montres-outils destinées à fonctionner dans les environnements les plus exigeants. Cette mission nous permet de démontrer cette philosophie dans des conditions encore plus extrêmes, avec des températures pouvant varier de moins de 200 °C à plus de 200 °C.
Cette montre n’est pas un prototype unique. Il s’agit d’un modèle que nos clients pourront acheter. Elle reprend notre architecture de boîte en cinq parties, avec huit vis traversantes et un fond au design très futuriste. Nous avons également travaillé sur des matériaux particulièrement résistants, comme l’acier 904L et une Super-LumiNova spécialement adaptée. Ce projet illustre parfaitement notre volonté de repousser les limites de la durabilité.
Après une longue carrière dans l’horlogerie suisse, qu’est-ce qui vous a donné envie de traverser la Manche pour rejoindre Bremont?
Ce qui m’a toujours attiré, ce sont les entreprises qui possèdent une identité forte et un potentiel encore inexploité. L’horlogerie est une industrie où l’histoire, le produit et l’émotion se rejoignent, mais elle reste aussi un secteur dans lequel il est possible d’apporter une vision différente.
Bremont est précisément dans cette situation. C’est une marque indépendante avec une histoire authentique, une légitimité technique et une identité britannique très forte. Nous sommes encore un challenger, et c’est ce qui rend le défi passionnant. Mon rôle consiste à révéler ce potentiel sur le long terme, sans perdre ce qui fait l’ADN de la marque.
Selon vous, Bremont doit-elle suivre la tendance générale du marché vers une montée en gamme, ou au contraire chercher à élargir sa clientèle?
Je ne pense pas qu’il faille choisir entre ces deux stratégies. Nous pouvons faire les deux. Nous avons pris une décision importante: malgré le contexte économique, nous n’avons pas augmenté nos prix. La faiblesse du dollar nous aide, mais surtout nous avons choisi d’investir dans la marque en réduisant nos marges plutôt qu’en répercutant les coûts sur nos clients.
Notre nouvelle montre liée à la mission lunaire représente le sommet technologique de notre collection, avec un prix de 6’950 livres sur bracelet caoutchouc et 7’200 livres sur bracelet acier. Mais notre cœur de gamme reste très solidement ancré entre 2’500 et 6’500 livres. Par ailleurs, le segment des montres spécialisées entre 5’000 et 10’000 livres est particulièrement dynamique. Grâce à nos quatre grandes familles de produits, nous couvrons l’ensemble de ce marché de manière cohérente.
Le fait d’être une maison indépendante est un véritable avantage. Avec le soutien de Bill Ackman et de nos actionnaires, nous pouvons investir avec une vision de long terme. Nous pouvons développer des projets ambitieux, comme ce partenariat avec Astrolab, sans être soumis à une logique de résultats immédiats.


