epuis longtemps, Bvlgari embrasse sa double identité de joailler romain et d’horloger suisse, avec des sites et des expertises des deux côtés de la frontière. Mais cette identité n’a peut-être jamais été aussi claire qu’avec les nouveautés de ce début d’année, la Maglia Milanese Monete et la Tubogas Manchette.
Si, durant la dernière décennie, Bvlgari a cumulé les records de finesse à travers l’Octo Finissimo, appliquant avec rigueur ce précepte à toutes les complications et tous les matériaux, cette horlogerie de performance se marie à présent avec le coeur joaillier historique de la maison romaine.
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- Jonathan Brinbaum, directeur de l’horlogerie Bvlgari
Cela se traduit par la montée en puissance des mouvements mécaniques féminins, qui équipent ces deux montres joaillières, respectivement les calibres Piccolissimo et Lady Solotempo, alors que cette spécialité a été largement négligée par l’horlogerie suisse depuis un demi-siècle.
Cette nouvelle performance de miniaturisation est rendue possible, entre autres, par l’expertise acquise dans l’ultra-fin et par les ambitions horlogères de Bvlgari, incarnées notamment par l’ouverture récente de son vaste site de Saignelégier dans le Jura suisse. Une expertise désormais plus largement mise au service de la montre joaillère.
A Milan, lors de la LVMH Watch Week, dans la magnifique boutique Bvlgari de la via Montenapoleone, nous avons rencontré Jonathan Brinbaum, qui pilote cette alliance des savoirs - l’occasion naturelle, également, de présenter la première utilisation de la fameuse maille milanaise par la maison romaine!
Europa Star: Dans le «temps long» qui est celui de l’industrie horlogère, à quel stade de son développement se trouve l’horlogerie Bvlgari?
Jonathan Brinbaum: Bvlgari a acquis une légitimité horlogère forte ces dernières années. L’enjeu est maintenant d’utiliser cette crédibilité pour nourrir également notre territoire historique de joaillier, notamment sur les mouvements féminins. Nous ouvrons un nouveau chapitre où les deux piliers horlogers de Bvlgari – l’horlogerie joaillière et l’horlogerie de performance – se rejoignent.
Quand vous dites horlogerie de «performance», vous pensez finesse, dont Bvlgari s’est fait une spécialité?
Pas seulement, je pense aussi à la miniaturisation, qui est celle qui concerne nos nouveaux mouvements mécaniques féminins. Lors de la crise du quartz, cette catégorie de calibres a été la première à disparaître. Et elle n’était jamais vraiment encore revenue. Nous estimons que Bvlgari, en tant que joaillier-horloger, doit réinvestir ce terrain. Notre expertise en miniaturisation n’est pas si différente de celle développée pour l’ultra-plat ou les complications.
Réduire, ce n’est pas juste enlever de la matière, mais repenser, car tout est contraint sur un diamètre plus petit: la cinétique du mouvement, la réserve de marche, la stabilité, l’esthétique globale. Notre objectif est clair: réduire la taille tout en maintenant, voire augmentant la performance.
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- La Maglia Milanese Monete intègre le Piccolissimo BVP100 affichant 13,50 mm de diamètre, 2,50 mm d’épaisseur et 1,9 g, et totalisant 102 composants. Créé et fabriqué par Bvlgari au Sentier, dans le Jura suisse, ce calibre qui a vu le jour en 2022 se décline dans une nouvelle version avec une couronne et un fond saphir pour révéler ses rouages.
Justement, votre nouvelle Maglia Milanese Monete est équipée du calibre Piccolissimo. Que pouvez-vous nous dire sur ce mouvement et son développement?
Le Piccolissimo BVP100, lancé en 2022, est le plus petit mouvement mécanique de notre manufacture. Pour Monete, nous l’avons transformé: ajout d’une tige de remontoir, couronne plus importante, fond saphir. Il mesure 13,5 mm de diamètre pour 2,5 mm d’épaisseur et conserve 30 heures de réserve de marche. C’est un pied dans la montre joaillière, enraciné dans l’Antiquité romaine, mais sans aucun compromis sur la mécanique. Sous l’or et les diamants, il y a une vraie horlogerie!
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- La montre à secret Maglia Milanese Monete reprend les codes de la Monete, lancée par Bvlgari au milieu des années 1960. Sa pièce de monnaie est à l’effigie de l’empereur Caracalla.
De même pour votre autre nouveauté de ce début 2026, la Tubogas Manchette, équipée quant à elle de votre autre mouvement féminin, le Lady Solotempo. Ce calibre aussi a-t-il évolué?
Absolument. La Tubogas Manchette, qui revisite un modèle de 1974 avec ses pierres de couleur et près de 12 carats de diamants, est animée par le mouvement automatique Lady Solotempo BVS100. Celui-ci affiche désormais 50 heures de réserve de marche, contre 30 heures auparavant. Cela correspond exactement à la vision que je vous partageais précédemment: réduire la taille tout en maintenant, voire augmentant la performance. Et associer performance et montre joaillière, les deux piliers de l’horlogerie Bvlgari.
Mais cela correspond-il à une réelle demande du marché?
Oui. En 2025, nous avons observé une forte demande pour les mouvements mécaniques féminins. Déjà, 20% des Serpenti Seduttori vendues étaient équipées de calibres automatiques. Et cela va encore progresser.
Plus globalement, comment se porte l’horlogerie Bvlgari sur un marché horloger en recul général - d’environ 2% en 2025?
Nous avons gagné des parts de marché. Il faut bien voir que la joaillerie reste le segment le plus porteur dans le monde du luxe. Notre ambition est d’attirer des clientes de la joaillerie vers l’horlogerie. Maintenant que nous avons acquis une légitimité technique, nous pouvons faire du bien à ce marché de la montre joaillère en proposant des mouvements mécaniques féminins crédibles. C’est tout le sens des nouveautés que nous présentons en ce début d’année.
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- C’est la première fois que Bvlgari met à l’honneur l’art traditionnel de la maille milanaise. Confectionnée à partir de fils d’or entrelacés, cette structure a été mise au point par les orfèvres de la cité au cours de la Renaissance. La souplesse de la maille milanaise est ici modernisée et associée à la Monete et aux reflets chauds de l’or.
Comment organisez-vous ce partage de savoir-faire entre horlogerie et joaillerie?
Sur la Tubogas, nous avons renforcé l’intégration entre nos sites de Valenza (joaillerie, ndlr) et Neuchâtel (horlogerie). Nous allons chercher les savoir-faire là où ils se trouvent et nous construisons un véritable écosystème, avec l’extension de notre site de Saignelégier.
Comme vous le disiez, ce début d’année marque un retour appuyé à la joaillerie avec Monete et Tubogas. Outre leur mouvement désormais mécanique, quels développements présentent ces collections?
L’objectif était effectivement de remettre la joaillerie au centre. Avec Monete, nous présentons un développement entièrement nouveau avec le recours, pour la première fois chez Bvlgari, à la maille milanaise. Nous avons exploré nos archives et constaté que nous ne l’avions jamais travaillée. Historiquement, elle était associée à des montres plus entrée de gamme. Nous l’avons entièrement retravaillée pour lui donner un grain, une densité, tout en conservant sa légèreté. Il fallait éviter le côté trop magnétique ou trop classique. Nous utilisons pour ce modèle une pièce antique à l’effigie de l’empereur Caracalla (qui a régné entre 198 et 217 apr. J.-C.). La monnaie symbolise l’héritage romain de Bvlgari.
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- Dotée quant à elle du mouvement automatique Lady Solotempo BVS100, présenté l’an passé sur la Serpenti Seduttori et la Serpenti Tubogas, la Tubogas Manchette revisite un modèle d’archives de 1974. Elle emprunte la géométrie audacieuse du modèle original, avec un cadran carré et un large bracelet. Elle est ornée d’une symphonie chromatique, composée de citrines, de rubellites, de péridots, d’améthystes, de topazes et de spessartites, tandis que près de 12 carats de diamants scintillent sur les spirales.
Quant à la Tubogas?
Quand on touche à ce design, c’est toujours particulier. C’est une signature. Mais nous avons la chance d’avoir une continuité créative forte, sous la direction de Fabrizio Buonamassa Stigliani. D’un côté, je veux renforcer l’ancrage féminin de Bvlgari; de l’autre, acquérir et fidéliser une clientèle par la mécanique. Les icônes Bvlgari s’y prêtent parfaitement. Certes, les volumes ne sont pas ceux du marché masculin, donc ce sont des investissements de long terme. Mais le potentiel est considérable.
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- Avec son diamètre de seulement 19 mm, son épaisseur de 3,90 mm et ses 102 composants, le calibre Lady Solotempo ne pèse que 5 g. Pour autant, il offre une réserve de marche de 50 heures et une fréquence de 21’600 vph. Sa forme ronde et compacte est en harmonie avec les courbes de Serpenti, et se marie également aux autres créations Bvlgari.
Autre point d’innovation sur les calibres: un code QR. Que contient-il?
Tous nos mouvements intègrent désormais un code scannable. Celui-ci donne accès à l’ensemble des informations de la montre: composition, normes européennes, données techniques, voire l’horloger qui l’a assemblée – comme une signature. C’est une base pour aller plus loin à l’avenir: cycles de vie, propriétaires successifs… La transparence et la traçabilité sont devenues essentielles. Le client est de mieux en mieux informé.
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- La Tubogas Manchette introduit une nouvelle technique: chaque anneau est façonné et poli avant d’être assemblé avec soin sur une lame en titane. Une construction modulaire qui permet au motif d’ondoyer sur le bracelet, tout en conservant l’agilité qui caractérise le Tubogas.
Avant de prendre la tête de l’horlogerie Bvlgari, vous avez longtemps travaillé dans la division dédiée au parfum au sein de la maison romaine. Observez-vous des parallèles dans le développement de ces deux activités?
Comme notre première montre - la Bvlgari Roma à affichage digital née en 1975 qui a ensuite inspiré la Bvlgari Bvlgari avec le succès que l’on connaît - le parfum Bvlgari est né en 1992 à partir de cadeaux offerts aux clients, avant de devenir une catégorie de produits à part entière. Tous deux sont ainsi nés de manière très organique.
Progressivement, nous avons compris que ces produits d’entrée dans la marque devaient être au niveau de qualité de l’ensemble de la maison. Pour le parfum, cela s’est notamment traduit par une restriction de la distribution, aujourd’hui beaucoup plus sélective. Ce n’était pas une décision facile à prendre, mais elle a livré ses fruits. Aujourd’hui, en horlogerie, nous pouvons entrer chez Bvlgari par la haute joaillerie, par des pièces exceptionnelles, ou par des modèles plus accessibles, mais toujours avec cohérence. L’alliance entre performance et joaillerie que nous conduisons aujourd’hui s’inscrit dans cette vision.


