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RÉHABILITER ANTIQUORUM:

LA DÉLICATE MISSION DE ROMAIN RÉA

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RÉHABILITER ANTIQUORUM:

Si elle a lancé les ventes thématiques consacrées à l’horlogerie sous l’impulsion du charismatique Osvaldo Patrizzi, Antiquorum a vu son étoile pâlir fortement durant la décennie écoulée, suite à l’éviction de son fondateur et à un interminable litige aux ramifications multiples. La mission de l’expert-horloger français Romain Réa, qui vient d’en reprendre les rênes, est donc claire mais ardue. Rencontre.

Avez-vous tout de suite été convaincu de reprendre la direction de la maison Antiquorum, qui a beaucoup perdu de sa superbe depuis une décennie et le départ forcé du légendaire Osvaldo Patrizzi?

J’ai mûrement réfléchi avant d’accepter de reprendre ce poste. Je n’avais aucune hésitation au niveau du «cœur»: Antiquorum, maison de ventes pionnière dans le domaine, est l’une des raisons de ma passion pour l’horlogerie! Au niveau de la raison, c’était moins «instinctif», car la maison a en effet connu plusieurs péripéties. Mais mon mandat consiste justement à y mettre fin et à tourner la page. J’ai présenté un plan d’actions qui a été accepté par les propriétaires d’Antiquorum Management. Je tiens par ailleurs à souligner que notre actionnariat, FIDES, est basé à Zurich et a investi en 2014 dans la maison: nous n’avons strictement aucun contact avec Antiquorum USA, l’entité qui a connu les déboires que l’on sait vis-à-vis d’Osvaldo Patrizzi. L’une de mes conditions était justement d’avoir en soutien un actionnariat puissant et... sans problèmes.

Quelle est votre expérience de la vente aux enchères?

Ce sont eux qui m’ont approché, en tant qu’expert horloger et entrepreneur du domaine, avec plusieurs boutiques à Paris et la création du département Horlogerie d’Artcurial. J’ai notamment réalisé les premières ventes thématiques consacrées à Jaeger-LeCoultre et à Panerai en France.

Comment comptez-vous remettre sur pied Antiquorum?

Mon plan d’actions comporte trois facettes. D’abord, il s’agit de mettre à nouveau en valeur le patrimoine et la «magie» Antiquorum, nous souhaitons rendre unanime la qualité des expertises de la maison, mettre fin aux rumeurs qui entourent la société et défendre la marque sur tous les plans: c’est l’objectif principal, le travail de fond duquel découle tout le reste.

Un deuxième point stratégique est géographique: si les ventes à Genève fonctionnent encore bien, cela est un peu moins vrai à Hong Kong, qui a été abandonnée par l’ancienne direction. Nous allons relancer la dynamique en Asie, pas qu’en Chine, mais aussi au Japon. Par ailleurs, nous lançons une nouvelle présence permanente à Monaco, où je dispose de nombreux liens sur place et que l’on surnomme la «petite Genève». Comme à Genève et Hong Kong, nous y serons 365 jours par an. C’est la Riviera française, et l’importance de l’horlogerie va y croître. A noter encore que même si nous ne sommes pas touche-à-tout, nous allons étendre le panel des lots proposés à la vente en associant aux montres des bijoux et autres biens de luxe. Ainsi, avons-nous programmé à nouveau une vente de bijoux, en juillet à Monaco.

Enfin, nous devons redonner à Antiquorum ses lettres de noblesse dans les ventes thématiques horlogères, qui sont nées au sein de la maison. Or, la dernière importante en date est Omegamania de 2007... Nous allons remettre cette activité au cœur du métier. La première vente thématique que nous organiserons, en novembre à Genève, sera The Art of Calatrava – ce sont les 85 ans du modèle et l’anniversaire de la création de la Croix de Calatrava – un clin d’œil à The Art of Patek Philippe, la première vente thématique d’Antiquorum en 1989.

Qu’en est-il du digital?

Etonnamment, l’adresse du site .com appartient encore à l’ancien directeur, Evan Zimmermann. Nous avons donc lancé une nouvelle adresse antiquorum.swiss, ancrant la maison dans ses origines genevoises, berceau de l’horlogerie de luxe. Plus généralement, la boutique en ligne va être développée avant cet été. Il y a beaucoup de chantiers en même temps. On repart comme si l’on venait de démarrer!

Comment comptez-vous réparer la mauvaise image qui affecte Antiquorum, dont l’origine est l’éjection d’Osvaldo Patrizzi, qui a depuis lors été réhabilité et est lavé de tout soupçon? On ne sort pas indemne d’une telle affaire, auprès des connaisseurs horlogers...

Nous changeons du tout au tout, de la charte graphique des catalogues aux pièces présentées! Le but étant de conserver l’ADN de cette maison historique tout en lui apportant une image et un contenu hautement qualitatifs, symboles de son renouveau. Antiquorum a pris un retard considérable face à la concurrence. Quant à Osvaldo Patrizzi, il est le fondateur de la maison et il est respectable à ce titre. Il n’y a pas de raison de le nier et j’arrive avec une nouvelle vision du marché.

Mais que pouvez-vous proposer de particulier aux collectionneurs, face à un Aurel Bacs chez Phillips, à Christie’s ou à Sotheby’s, qui occupent presque tout le terrain?

Je travaille avec une armée d’experts en France et à Monaco. Beaucoup de maisons ont un visage, un expert qui domine. Nous misons sur un travail d’équipe avec une pluralité d’experts. La qualité d’expertise est déjà excellente... mais presque personne ne s’en rend compte. Nous devons la mettre en avant. Nous disposons par ailleurs d’un fichier à la richesse extraordinaire depuis 1974. De mon côté, je n’abandonne pas mes activités à Paris ou mon travail d’expert à la Cour d’Appel. Au fond, je mets mes réseaux au service d’Antiquorum. C’est ce réseau que nous allons encore développer.