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AUTOMATISATION HORLOGÈRE: FACE À L’OBSOLESCENCE PROGRAMMÉE DE L’HOMME



AUTOMATISATION HORLOGÈRE: FACE À L'OBSOLESCENCE PROGRAMMÉE DE L'HOMME

En s’alliant à la digitalisation, l’automatisation de la production est tout simplement le bouleversement le plus rapide qu’ait connu l’horlogerie depuis son passage de l’artisanat à l’industrie. Mais comme bien des technologies vouées à améliorer le sort de l’homme, elle risque de se retourner contre lui, rendant son intervention de plus en plus obsolète. Un effet pervers dont les entrepreneurs et responsables politiques commencent à prendre la mesure réelle...

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Encyclopédia Universalis définit l’automatisation comme l’action consistant à rendre automatiques les opérations qui exigeaient auparavant l’intervention humaine. On peut donc voir dans cet objectif primaire une certaine noblesse puisque ce principe visait notamment à réduire la répétitivité, la pénibilité et la dangerosité des tâches confiées aux ouvriers.

Au fil du temps, ces valeurs ont peu à peu cédé leur place à des considérations plus mercantiles, l’industrie ayant vite compris les avantages qu’elle pouvait tirer d’une automatisation à grande échelle: réduction des temps de production, diminution des besoins en main-d’œuvre, augmentation de la productivité et des profits.

De formidables avancées... et un impact social immense

C’est là tout le paradoxe de l’automatisation: elle a d’une part permis d’améliorer de manière incontestable la vie de millions de travailleurs tout en contribuant d’autre part à la perte massive d’emplois. Ce grand écart n’a cessé de grandir au cours des différentes révolutions technologiques de ces cinquante dernières années et l’arrivée de la robotique, rendue possible grâce à l’informatique et aux capteurs, a encore amplifié le phénomène.

Ce nouveau partage du travail, souvent déséquilibré, entre l’homme et la machine ne va pas sans poser de grandes questions de société, à tel point que certains gouvernements de pays industrialisés envisagent désormais d’imposer une taxe sur les robots afin de financer la formation et la reconversion des employés qu’ils auront poussés vers la sortie.

Bientôt 700 métiers complètement automatisées?

Car il faut bien en être conscient, l’automatisation est aujourd’hui absolument partout. On parle évidemment de l’industrie, mais de plus en plus également de domotique (mélange d’automatisme, d’informatique, d’électronique et de télécommunications pour le contrôle à distance des systèmes d’une maison), d’autonomisation grandissante des véhicules et même désormais de l’automatisation des métiers administratifs, comptables et de gestion. Des chercheurs de l’Université d’Oxford ont en effet identifié quelque 700 métiers susceptibles d’être à terme occupés par des machines dotées d’intelligence artificielle.

A court terme, l’une des grandes responsabilités de l’homme sera donc de s’imposer des limites afin d’éviter que l’un des apports majeurs au bien-être des travailleurs ne se transforme en fossoyeur de l’activité humaine.

En horlogerie, l’apogée d’une épopée industrielle

L’automatisation de certaines opérations est étroitement liée à la forte concurrence que les fabricants américains opposaient aux horlogers suisses à la fin du 19ème siècle. Grâce à des commandes publiques (chemin de fer, armée, etc), les volumes produits aux Etats-Unis ne laissaient que peu de place sur le marché pour les montres suisses. La soudaine chute des exportations vers l’Amérique fait alors prendre conscience à l’industrie horlogère suisse de son manque de capacité de production.

Par la suite, les deux guerres mondiales forcent les Etats-Unis à concentrer leur industrie de production sur l’armement, mettant de côté l’horlogerie notamment. La Suisse profite alors de cette période pour rattraper son retard en moyens de production automatisés et renonce, parfois à contre-cœur, au système assez répandu de travail à domicile en faveur du travail en usine.

Les sous-traitants horlogers, forts acteurs de l’automatisation

Aujourd’hui, l’automatisation horlogère a trouvé un partenaire de choix en l’informatique pour accroître encore la précision de ses opérations. Prenons l’exemple de la société Lécureux de Bienne: connue du monde horloger depuis 55 ans pour ses tournis électriques, elle a développé des coffrets de commande qui détectent automatiquement le tournevis connecté et utilisent ainsi les paramètres corrects. Cette innovation a permis d’améliorer sensiblement la précision et les durées de cycle possibles. L’ensemble des paramètres de vissage et de mesure peuvent être programmés exactement au vissage ou à la mesure souhaités, puis enregistrés via le coffret de commande ou l’interface PC intégrée.

Grâce à la possibilité de mise en réseau de tous les postes et l’intégration virtuelle de tous les tournevis sur le serveur, la programmation peut se faire à distance. La sortie de statistiques ou l’enregistrement des paramètres et des résultats sur une carte SD permettent de répondre à une demande croissante de traçabilité durant toutes les opérations.

Autre exemple avec la Smart Assembly Machine (SAM): grâce à son robot 6 axes, cette nouvelle machine se montre particulièrement flexible et rapide pour des opérations telles que l’assemblage de petits composants pour l’horlogerie, la pose de piles dans les mouvements quartz, la mise en bouclard, la palettisation, la manutention, le contrôle qualité ainsi que le chargement et déchargement de systèmes de mesure.

De formidables avancées, donc! Mais qui posent encore et toujours une vaste question: demain, quelle place pour l’homme dans les chaînes d’opération digitalisées et automatisées? C’est cette interaction qui occupe et occupera de plus en plus l’agenda économique... et politique.

L’automatisation, dès l’Antiquité

Quelques grandes étapes ont marqué l’histoire de l’automatisation, bien avant même l’apparition de l’industrie. Au 1er siècle après J.-C., le mathématicien Héron d’Alexandrie construit ainsi de nombreux systèmes automatiques fonctionnant à l’énergie hydraulique. Au 17ème siècle, Wilhelm Schickard, scientifique allemand, développe la première machine à calculer, suivi une vingtaine d’année plus tard par Blaise Pascal. La première application de l’automatisation à l’industrie voit le jour en 1793, lorsque le mécanicien français Joseph-Marie Jacquard automatise un métier à tisser en utilisant des cartes perforées pour séquencer les opérations. A partir de là, l’automatisation industrielle se généralise. Soutenue au début du 20ème siècle par l’introduction de nouvelles méthodes de travail comme le taylorisme, elle aboutit à une révolution dans l’approche de l’activité de production dont l’un des exemples emblématiques furent les chaînes de montage des usines Ford.