e me dis alors qu’il y avait là comme le symptôme, un peu grossièrement exprimé certes, d’une forme plus générale de fatigue de la décoration et des finitions, comme on parle d’une « fatigue du luxe ». Après avoir connu et traversé l’ère des folies mécaniques les plus échevelées, des formes inspirées de la science-fiction et de l’hubris des triples voir quadruples tourbillons (bien souvent totalement inutiles en termes de précision et de chronométrie), voici que l’horlogerie s’est massivement convertie à la religion des finitions. Désormais, le moindre mouvement de toute montre digne de ce nom se doit de comporter son nombre de coins rentrants dûment anglés et son répertoire de poli-bloqués, poli-miroir, côtes de Genève, satinages, sablages, grainages et on en passe.
Faute d’avoir sans cesse une loupe greffée à l’œil et d’être un expert authentiquement patenté en la matière, il est souvent difficile de distinguer véritablement entre la prétention, le faux-semblant et la réalité manuelle de cette bienfacture proclamée.
Pour autant, loin de nous que de vouloir déconsidérer le minutieux art de l’anglage main et le précieux répertoire patrimonial des finitions horlogères. Mais bien souvent a-t-on désormais l’impression que l’insistance du discours à ce sujet sert de justification et de paravent bien utile à l’inflation manifeste des prix de vente. Combien de nouvelles pousses ont surgi cette année, proposant leur première montre à des prix comportant au minimum 5 chiffres voire bien souvent 6 chiffres ! Et les justifiant avant tout par « l’excellence de leurs finitions main » et leur nombre de coins rentrants ! Bon, on veut bien les croire mais on se pose néanmoins la question : est-ce là le véritable et seul avenir de l’horlogerie ?
Permettez-nous d’en douter.


