lles étaient en effet fort nombreuses ces «baraques de planches» lors des récents Geneva Watch Days. Mais les favelas genevoises n’ont rien à voir avec celles de Rio: ici les favelas se regroupent dans les douillettes chambres - voire suites pour les plus en vogue – des palaces réquisitionnés pour l’occasion. Ou essaiment dans d’éphémères boutiques, squattent des galeries, voire même une table dans le jardin d’un café ou une cour en vieille-ville.
Pour certains, la note est un peu salée mais elle vaut quand même le détour, espèrent-ils. Car les indépendants ont le vent en poupe.
Les portes des «favelas» sont ouvertes, on peut toucher et soupeser, parler directement sans passer par la douane des services de communication, aller au hasard, au pif ou méthodiquement. Car on y trouve tout ce que l’on veut, cherche ou aime. Du plus cher au plus modeste. Du plus essentiel au plus compliqué. Du plus classique au plus avant-gardiste. Du plus raffiné au plus musclé.
Et, quel que soit le niveau atteint ou recherché, un constat général s’impose: l’inventivité est grande et souvent la qualité est de mise. L’accent majeur est porté à la décoration et à la finition. Le guillochage, la pierre, la peinture sur verre, les mélanges de matières, les jeux de reflets... du plus artisanal des métiers d’art aux processus semi-industrialisés, presque partout la décoration du cadran est de mise. Les folies mécaniques se calment mais d’intéressantes pistes s’esquissent. Une nouvelle ingénierie – innovant dans la chronométrie, l’énergie, le pouvoir remontant – est en train de se développer, dont les buts visent plus l’utile que le compliqué...
Cette nouvelle génération d’horlogers fraie aussi avec une nouvelle génération de détaillants, de collectionneurs en tous genres. Un écosystème est en train de se tisser, d’indépendant à indépendant. Les marges se rabotent et de nouvelles collaborations s’imaginent pour la distribution. Y concourt aussi une certaine volonté de transparence des prix – jusqu’au client final.
Du haut de leurs gratte-ciels de verre et d’acier, les Maisons ne se sentent pas vraiment assaillies, certes, mais elles observent quand même tout ça de près; à la jumelle, pour l’instant. Mais gare, que ces favelas ne viennent pas trop brouter le beau gazon au pied de leurs tours! Elles pourraient alors descendre de leurs étages pour venir dans l’arène.


