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Marco Tedeschi, patron millénial

RJ #JUSTRAW

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avril 2018


Marco Tedeschi, patron millénial

A 32 ans, l’ancien responsable du Moyen-Orient chez Hublot prend les rênes de la marque non conventionnelle RJ-Romain Jerome, avec l’intention de développer une collection de base dans une maison qui s’est surtout faite connaître par ses séries limitées et ses partenariats avec des noms célèbres tels que Titanic ou Batman.

M

arco Tedeschi figure sans doute, à 32 ans, parmi les plus jeunes dirigeants d’une marque horlogère. Et pourtant, il bénéficie déjà de 11 années d’expérience accomplies chez Hublot dont il a été membre du comité de direction dès l’âge de 22 ans. «J’ai eu la chance de toujours travailler avec des visionnaires qui ne s’arrêtaient pas à la question de l’âge», dit-il. En effet, chez Hublot, Marco Tedeschi a d’abord oeuvré comme directeur produit pendant près de 5 ans avant d’être nommé directeur régional pour le Moyen- Orient et l’Afrique.

Un dirigeant jeune, donc, pour une marque très jeune d’esprit avec une clientèle dont la moyenne d’âge ne dépasse pas celle de son nouveau patron. Avec pour feuille de route principale la constitution d’une colonne vertébrale, une première collection de base pour RJ – maison qui produit environ un millier de pièces par an – il a également pour objectif le développement de la marque en Suisse et au Moyen-Orient, deux marchés qu’il connaît bien. Rencontre.

L'OBJET: APPAREIL-PHOTO RX100V
L’OBJET: APPAREIL-PHOTO RX100V
Marco Tedeschi a trois passions: l’horlogerie, le voyage et... la photographie. Il utilise un appareil-photo Sony RX100V, qui est «très compact avec presque toutes les qualités d’un modèle Reflex». Très actif sur les réseaux sociaux, il a commencé par des photographies de paysage et s’est mis plus récemment au portrait et shoote aujourd’hui beaucoup de produits. On verra si Marco Tedeschi signe aussi les shootings photo de la marque...

Son parcours: début précoce chez Hublot

Après 11 ans chez Hublot, vous restez dans la montre ultracontemporaine chez RJ, mais vous passez d’une grande structure à une entreprise au format «start-up»...

En réalité, je connais bien l’esprit des petites structures car lorsque j’ai commencé chez Hublot, avec 40 personnes incluant la production (ndlr contre plus de 500 aujourd’hui), la société avait plutôt la taille d’une start-up.

Comment cela s’est-il passé ?

Jean-Claude Biver m’a recruté alors que je n’étais même pas encore diplômé de l’école d’ingénieurs. Pendant ma deuxième année, j’ai développé un concept de mouvement horloger à un seul axe. Je l’ai breveté puis je suis allé le présenter à Monsieur Biver qui, à la suite de notre entrevue, a souhaité m’engager immédiatement!

Du Biver dans le texte…

Une telle offre ne se refuse pas, mais je tenais vraiment à finir mes études. J’ai finalement commencé six mois plus tard chez Hublot.

Arraw Chronographe en or
Arraw Chronographe en or

Le mouvement développé durant vos études a-t-il été utilisé?

Au final, non. Mais j’ai eu la chance d’arriver dans une marque qui avait la volonté de créer des mouvements à l’interne. Et c’est dans ce contexte que j’ai monté un bureau technique. Après plusieurs années au département design et produit, j’ai été nommé responsable du marché moyen-oriental et africain en 2011. Avec ces nouvelles responsabilités, j’ai donc découvert une nouvelle facette de l’industrie et en six ans, la filiale a réussi à doubler son chiffre d’affaires, grâce notamment à l’ouverture de nombreux points de vente et à des actions marketing ciblées comme la création d’un compte Instagram en arabe pour se rapprocher de la culture locale. Nous étions les premiers dans l’univers du luxe à faire cela.

Justement, les propriétaires de RJ sont Saoudiens. Est-ce que cette connaissance du monde arabe a été un facteur-clé à votre nomination?

Cela aide sans doute. Je pense que mon expertise dans le produit et la diversité de mon parcours, ayant occupé des positions clés à la fois au produit, au commercial et au marketing, ont été des critères déterminants.

Arraw Chronograph en titane, diamants
Arraw Chronograph en titane, diamants

Sa mission: la troisième ère de RJ

Il y a eu deux périodes bien distinctes au sein de la marque. L’ère d’Yvan Arpa, très Steampunk, axée sur l’intégration de matériaux «bruts» avec le modèle Titanic; sous Manuel Emch, l’intégration du Pop Art, via de nombreuses collaborations avec les leaders de l’entertainement. Ces deux identités cohabitent chez RJ, comment allez-vous les gérer?

Nous allons les conserver. Nous avons une base de clientèle fidèle, avec certains collectionneurs qui possèdent aujourd’hui plus d’une dizaine de pièces. J’ai suivi la marque depuis ses débuts et j’aime son côté différent dans l’univers horloger. A mes yeux, le boîtier du modèle Titanic constitue véritablement l’ADN de la marque, avec les griffes de côté, les aiguilles en flèches et le profil de la corne très caractéristique.

Cependant il manquait à la marque une collection de base car toutes les pièces réalisées jusqu’à présent sont des séries limitées. La marque a noué beaucoup de partenariats, mais n’avait jamais vraiment construit une «colonne vertébrale». La nouvelle collection présentée à Bâle, sur laquelle je travaille assidûment depuis mon arrivée, va donc servir de base pour les développements futurs.

Aujourd’hui, les collections sont très disparates entre la Titanic très masculine et une montre Hello Kitty kawaii.

Pour Hello Kitty, il s’agissait de la première collection dédiée exclusivement aux femmes, donc l’esprit diffère inévitablement. Et c’est précisément à cause de cet écart qu’il faut concevoir un modèle de base sur lequel nous pourrons nous développer. Nous présenterons une collection homme et une collection femmes aux dimensions plus abordables, même si aujourd’hui on ne peut plus vraiment parler de «taille homme» et de «taille femme».

Qui dit séries limitées ou partenariats dit aussi généralement prix élevés. Votre nouvelle collection sera-t-elle plus abordable?

Pour cette nouvelle collection, le premier prix va descendre en dessous de 10’000 francs, alors que le prix moyen aujourd’hui se situe plutôt entre 15’000 et 20’000 francs.

Nous allons commencer par des fonctions chronographe et par la suite enrichir les collections en animations et complications. Une de mes toutes premières décisions a d’ailleurs été d’engager un nouveau directeur à la tête du département produit, un spécialiste du mouvement qui a travaillé chez Vacheron Constantin, Roger Dubuis et Hysek. Nous avons prévu de sortir notre premier module en 2019 et un premier mouvement maison en 2020. Passer par l’étape du mouvement in-house est indispensable si nous voulons développer notre créativité. Et cette démarche est favorisée par le contexte actuel.

Arraw Chronographe en or, diamants
Arraw Chronographe en or, diamants

Ses partenaires: détaillants pointus et concept stores

RJ est fort sur deux marchés en particulier, le Mexique et le Japon. Quel marché visez-vous avec cette nouvelle collection?

Notre mission principale en 2018 est bien évidemment de continuer à maintenir nos deux marchés leaders mais également de renforcer notre présence au Moyen-Orient, marché que je connais très bien et où j’ai pu nouer de bons contacts. D’ailleurs, chez RJ j’ai retrouvé d’anciens clients. En parallèle, l’objectif est de développer la Suisse et l’Europe car si l’on veut être fort dans le monde, il faut commencer par être fort chez soi. Nous investirons également dans le e-commerce. Toutefois, les détaillants ont toujours un rôle majeur à jouer car ils ont une connaissance approfondie de la clientèle locale. Et c’est la raison pour laquelle lors du ralentissement horloger, certains d’entre eux comme Ahmed Seddiqi & Sons ont été plus résilients que les détaillants mono-marques.

Quels sont les partenaires idéaux pour une marque atypique comme RJ?

Avant tout, nous voulons renforcer nos liens avec des détaillants innovateurs, respectueux et solides. Nous souhaitons aussi accroître notre présence dans des concepts stores qui conviennent parfaitement à RJ et aux marques dont la clientèle n’entre pas forcément dans la boutique horlogère traditionnelle. Nous étions du reste chez Colette jusqu’en décembre dernier lors de la fermeture définitive de l’enseigne.

Finalement, il est également essentiel d’aller à la rencontre directe du client final au travers de différents canaux comme par exemple les dîners de collectionneurs pour pouvoir former à terme une communauté locale d’amateurs pointus.