time-business


Arnold & Son: «L’autonomie dans un groupe, c’est possible»

ENTRETIEN

juin 2021


Arnold & Son: «L'autonomie dans un groupe, c'est possible»

Adossée à la manufacture reconnue La Joux-Perret, la marque lancée il y a plus de 25 ans sous le nom de l’horloger britannique John Arnold cherche sa juste place au sein du cercle restreint de la Haute Horlogerie. Elle vient d’inaugurer sa présence sur le marché chinois et s’est trouvée un nouveau guide en la personne de Bertrand Savary, qui bénéficie d’une longue expérience de terrain. Il nous partage ses ambitions pour Arnold & Son, ainsi que sa marque-soeur Angelus.

M

algré la grande qualité de sa production - elle est adossée à la manufacture réputée La Joux-Perret au sein du groupe Citizen - Arnold & Son n’a pas encore trouvé le succès commercial auquel elle peut prétendre. La polarisation de plus en plus marquée dans la cote des marques horlogères ces dernières années en est certainement une explication, quelques rares marques de Haute Horlogerie monopolisant l’attention des collectionneurs. Et faire resurgir un nom lointain, pour prestigieux qu’il soit, reste un exercice délicat.

Nommé en mars 2020 à la fois à la tête d’Arnold & Son et d’Angelus, une «belle endormie» au passé glorieux, Bertrand Savary est là pour changer la situation. Bénéficiant d’une longue expérience dans la Haute Horlogerie, le dirigeant de 44 ans a les coudées franches pour faire passer dans le camp des vainqueurs de la bataille du «prestige horloger» la marque lancée en 1995 à La Chaux-de-Fonds et nommée d’après le grand spécialiste anglais des chronomètres de marine du 18ème siècle, John Arnold.

Bertrand Savary a pris ses fonctions de CEO de Arnold & Son et Angelus en 2020.
Bertrand Savary a pris ses fonctions de CEO de Arnold & Son et Angelus en 2020.

Depuis son arrivée, Bertrand Savary a commencé par se constituer ce qu’il appelle sa «dream team» pour faire progresser le niveau de ventes à hauteur du soin mis la production. Il a également profité d’une première participation à Watches and Wonders Shanghai pour ouvrir le marché chinois à Arnold & Son, dont les produits sont particulièrement orientés sur une clientèle asiatique. Entretien.

Luna Magna

Europa Star: Quel diagnostic avez-vous posé sur l’état et le potentiel d’Arnold & Son à votre arrivée en mars 2020?

Bertrand Savary: Je dirais que la marque était dans une situation de latence. Elle manquait d’impact commercial et de cohérence dans les collections. En revanche, j’ai été surpris en bien par le nombre et la qualité des calibres à disposition grâce à la collaboration avec La Joux-Perret. Honnêtement, la situation n’était pas si mauvaise! Les produits étaient très aboutis mais le côté commercial ne l’était pas assez. Nous avons amené des améliorations sur les finitions et la valeur perçue.

Justement, pourriez-vous nous détailler les principaux points de votre stratégie pour la marque?

Je distinguerais trois axes: les produits, la communication et, depuis six mois, la distribution: elle avait très bien été faite il y a plusieurs années au Moyen-Orient mais nous n’étions pas assez présents en Europe et en Chine. Nous avons profité de notre participation à Watches and Wonders Shanghai pour démarrer une présence en Chine cette année. L’impact de la pandémie s’est fait ressentir juste après mon arrivée l’an dernier. Mais d’une manière, cela nous a laissé le temps de bien réfléchir à la situation et la stratégie pour Arnold & Son et également sa marque-sœur Angelus. Nous avons mis en place un plan à trois ans pour les deux marques.

«Nous avons profité de notre participation à Watches and Wonders Shanghai pour démarrer une présence en Chine cette année.»

Inspirée par les chronomètres de marine haute précision de John Arnold, la Globetrotter est surplombée par un grand pont central arqué couvrant tout le diamètre du cadran. Avec un dôme terrestre en trois dimensions de 17,23 mm d'épaisseur à son point le plus haut, le modèle possède l'un des plus grands affichages des heures du monde rotatifs sur une montre-bracelet.
Inspirée par les chronomètres de marine haute précision de John Arnold, la Globetrotter est surplombée par un grand pont central arqué couvrant tout le diamètre du cadran. Avec un dôme terrestre en trois dimensions de 17,23 mm d’épaisseur à son point le plus haut, le modèle possède l’un des plus grands affichages des heures du monde rotatifs sur une montre-bracelet.

En observez-vous de premiers résultats?

Arnold & Son connaît une belle progression, à plusieurs chiffres, depuis le début de l’année. Pendant les confinements, nous avons bénéficié de notre forte présence au Moyen-Orient, un marché qui a l’habitude de consommer localement et dépend moins du tourisme que d’autres. Dès la réouverture du marché américain, nous avons aussi connu des résultats qui portent à l’optimisme. Quant à l’Asie, elle est restée assez stable. Nous disposons de notre premier point de vente en Chine depuis ce mois de juin. Avant cela et même sans être présents dans le pays, nous ciblions déjà une clientèle asiatique, par exemple cette année avec nos nouveaux modèles Perpetual Moon Year of the Ox et Ultrathin Tourbillon Dragon & Phoenix.

Perpetual Moon Year of the Ox

Pour bien comprendre votre structure, qui s’occupe de quoi entre Angelus, Arnold & Son et La Joux-Perret?

C’est exactement la même équipe qui s’occupe à la fois d’Arnold & Son et d’Angelus. Nous avons tous une double casquette. Ensuite, nous nous appuyons sur la manufacture La Joux-Perret (dirigée par Jean-Claude Eggen, ndlr), qui réalise les mouvements et l’emboîtage pour les deux marques, avec des calibres 100% dédiés à celles-ci. Nous sommes une dizaine d’employés chez Arnold & Son/Angelus, quand plus de 90 personnes travaillent chez La Joux-Perret. Une de leurs particularités intéressantes est qu’ils sont très flexibles dans leurs capacités de livraison, que l’on parle de cinq tourbillons ou de 1’000 chronographes.

«C’est exactement la même équipe qui s’occupe à la fois d’Arnold & Son et d’Angelus. Nous avons tous une double casquette. Ensuite, nous nous appuyons sur la manufacture La Joux-Perret

La Luna Magna, pièce phare d'Arnold & Son à Watches and Wonders, abrite la plus grande lune rotative jamais intégrée dans une montre de poignet, dans un boîtier de 44 mm en or rouge.
La Luna Magna, pièce phare d’Arnold & Son à Watches and Wonders, abrite la plus grande lune rotative jamais intégrée dans une montre de poignet, dans un boîtier de 44 mm en or rouge.

Plus largement, comment fonctionnez-vous vis-à-vis du propriétaire, le groupe japonais Citizen?

C’est un peu différent d’autres groupes au sein desquels j’ai travaillé. Les filiales de Citizen dans le monde oeuvrent comme des distributeurs pour nous, cela devient des partenaires. Et Citizen est un groupe qui, bien qu’il ait une grande envergure, nous laisse définir notre modèle d’affaires nous-mêmes et travailler de manière sereine. C’est la marque d’une grande preuve de confiance: de la collaboration et non du pilotage. De plus, nous avons la chance d’avoir été rejoints par des personnes aux grandes qualités, comme Pascal Béchu à la vente et David Apothéloz au développement produit.

Cela commence toujours par l’humain! Les marques doivent être soutenues par les groupes mais pas gérées par les groupes. Peut-être est-ce une formule pour l’avenir de l’horlogerie, dans un contexte qui change fortement: fonctionner de manière indépendante et créative mais en étant soutenu par la puissance financière d’un groupe. En tout cas, nous savons aujourd’hui que c’est possible!

Moon Obsidian

Néanmoins, cette posture est peut-être plus facile à tenir au sein d’une marque «de niche»…

C’est sûr que nous avons encore du chemin devant nous, car nous produisons aujourd’hui moins de 1’000 pièces par an. Forcément, en ouvrant la Chine et en étant mieux ancré en Europe, nos ventes et notre production vont augmenter, de manière saine. A terme, nous souhaitons être représentés par un à deux détaillants par grande capitale globale. Nous visons une croissance annuelle à deux chiffres sur ces cinq prochaines années.

Du fait d’être adossés à notre propre manufacture, nous proposons aussi une structure de prix intéressante, qui peut sembler agressive par rapport à d’autres marques positionnées à un même niveau, par exemple avec un tourbillon à CHF 60’000. Néanmoins, nous allons rester sur des produits de niche et des séries limitées. Nous ne souhaitons pas produire 1’000 pièces de Luna Magna et préférons répondre à la demande croissante de personnalisation. Par ailleurs, les 28 pièces de cette première Luna Magna ont été vendues en moins d’une semaine...

«Les marques doivent être soutenues par les groupes mais pas gérées par les groupes.»

Les cinq versions de l'Ultrathin Tourbillon Dragon & Phoenix, chacune éditée à cinq exemplaires, arborent des cadrans en pierres dures rarement utilisées (Bronzite, Eudialyte, Marcassite, Pietersite, Verdite). Sous ces cadrans en pierres rares se trouve le calibre A&S8200. Avec une épaisseur de 2,97 mm, il est l'un des plus fins à être régulés par un tourbillon.
Les cinq versions de l’Ultrathin Tourbillon Dragon & Phoenix, chacune éditée à cinq exemplaires, arborent des cadrans en pierres dures rarement utilisées (Bronzite, Eudialyte, Marcassite, Pietersite, Verdite). Sous ces cadrans en pierres rares se trouve le calibre A&S8200. Avec une épaisseur de 2,97 mm, il est l’un des plus fins à être régulés par un tourbillon.

Quels sont vos modèles phares?

La Globetrotter et la Nebula, car aucune autre marque ne produit ce type de montres. Toute notre production repose sur l’univers de John Arnold, soit l’astronomie, la chronométrie et les heures du monde. Cet ADN est très fort et s’exprime particulièrement bien sur une pièce comme la Luna Magna cette année. Nous travaillons aussi fortement les matériaux, par exemple récemment sur la Moon Obsidian. Autre étape importante à venir: nous sommes en train de plancher sur notre première véritable pièce féminine… Le programme est en place pour ces trois prochaines années.

8-Day Steel

Un dernier mot sur Angelus?

C’est une marque à l’héritage magnifique, qui a connu son âge d’or de 1940 à 1970 mais a disparu avec la crise du quartz. Il ne se passe pas un jour sans que nous ne recevions un message enthousiaste d’un collectionneur d’Angelus. Le potentiel est fort, car le capital sympathie de la marque est intact. Comme pour Arnold & Son, nous retravaillons en profondeur la structure de la marque contemporaine. Il n’y avait que des tourbillons et la pyramide des prix n’était pas très logique. Nous prévoyons notamment de lancer un chronographe.

«Il ne se passe pas un jour sans que nous ne recevions un message enthousiaste d’un collectionneur d’Angelus. Le potentiel est fort, car le capital sympathie de la marque est intact.»

Luna Magna s'appuie sur le calibre A&S1021, entièrement développé, usiné, assemblé et réglé au sein de La Joux-Perret. Ce calibre pensé autour du globe lunaire présente un remontage manuel, une réserve de marche de 90 heures et un organe réglant cadencé à 3 Hz. Il faudra attendre 122 ans avant que ce mouvement n'accumule un jour d'écart entre son affichage et la réalité céleste.
Luna Magna s’appuie sur le calibre A&S1021, entièrement développé, usiné, assemblé et réglé au sein de La Joux-Perret. Ce calibre pensé autour du globe lunaire présente un remontage manuel, une réserve de marche de 90 heures et un organe réglant cadencé à 3 Hz. Il faudra attendre 122 ans avant que ce mouvement n’accumule un jour d’écart entre son affichage et la réalité céleste.

VOTRE NEWSLETTER HEBDOMADAIRE