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QUAND HORLOGERS SUISSES ET DESIGNERS ITALIENS SE RENCONTRENT



QUAND HORLOGERS SUISSES ET DESIGNERS ITALIENS SE RENCONTRENT

Bovet et les designers turinois de Pininfarina livrent un nouvel opus à leur collaboration surprenante: l’Ottantasei. Un quatrième tourbillon dont la ligne directrice était la suivante: plus léger, plus léger, plus léger!

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e prime abord, l’alliance semblait quelque peu contre-nature, entre la marque horlogère historique et néoclassique Bovet Fleurier du Val-de-Travers, relancée par Pascal Raffy, et le designer italien Pininfarina de la région de Turin, connue pour ses dessins d’Alfa Romeo, de Ferrari, mais aussi d’immeubles, de bateaux, de stylos ou encore de machines à café.

Et pourtant, un même esprit «familial» semble régner au sein des deux entreprises, incarné par Pascal Raffy d’un côté, Paolo Pininfarina de l’autre, représentant de la troisième génération au sein de l’entreprise transalpine – et qui tient à ce que cet esprit demeure malgré la reprise en cours de sa société par le groupe indien Mahindra.

Fruit de cette collaboration insolite, une série de montres rondes sportives ultra-designées, à la fois techniques et fluides, dont certaines intègrent le système convertible Amadeo® et la griffe futuriste de Pininfarina, détonnant dans l’univers horloger de la marque du Val-de-Travers: six à ce jour – l’Ottanta, l’Ottantadue, l’Ottantatre, la Cambiano, la Sergio, enfin la dernière-née, l’Ottantasei.

«Aujourd’hui, nous lançons un quatrième tourbillon, qui n’est pas une évolution mais complètement nouveau pour nous deux, relève Paolo Pininfarina au siège de sa marque à Cambiano. Le défi était de combiner légèreté et robustesse. Il y a une différence d’échelle mais beaucoup de points communs entre design automobile et horloger, notamment un même soin des finitions et une recherche de la performance.» Pour l’héritier de la dynastie Pininfarina, tout objet sortant de ses studios doit se transformer en «objet d’art», quelque soit le domaine d’action. C’est en cela, peut-être, que les ambitions de Paolo Pininfarina et Pascal Raffy se rejoignent.

Inspiré d’un cockpit d’avion

«Nous sommes des artisans du temps et non dans une logique industrielle, lance Pascal Raffy. Nous sommes tous deux défenseurs de la tradition, nous respectons le patrimoine dont nous vivons aujourd’hui et préparons le futur. La clé pour réussir dans le luxe, c’est une identité claire, des séries limitées et un vrai travail artisanal. Mais aussi du bon goût, pas du show-off!»

Pour lui, l’Ottantasei est le fruit d’une forme de maturité. Ce quatrième tourbillon offrant dix jours de réserve de marche respecte les codes de la collection mais s’organise autour d’un mot: «light», dont le double-sens en anglais signifie à la fois la lumière et la légèreté. Une ligne directrice que l’on retrouve entre autres dans les quatre grandes glaces saphir qui occupent les principales surfaces du boitier et le système d’emboitage par le fond qui a permis de gagner d’avantage de transparence et de légèreté. Les poids nets de métal pour un boitier complet sont de 51.66 gr pour l’or et de 15.54 gr pour le titane... Organe moteur (et son indicateur de réserve de marche), affichage, organe régulateur. Trois cercles distincts définissent les fonctions essentielles du mouvement, là aussi dans un souci de clarté. Le barillet unique affiche des caractéristiques hors normes: 1.04m de longueur pour une force développée de 1kg lui permettant de dispenser 240 heures d’énergie.

«Notre inspiration principale pour le design du boîtier était le cockpit d’avion, car cet espace demande une bonne visibilité pour le pilote qui doit tout avoir sous contrôle, relève Hugo Cicaré designer chez Pininfarina. Nous nous en étions déjà inspiré dans le passé pour des designs automobiles.» Le garde-temps a requis deux ans de développement. Le prix public est 165’000 CHF HT pour le modèle titane et 185’000 CHF HT pour le modèle or rose.

QUAND HORLOGERS SUISSES ET DESIGNERS ITALIENS SE RENCONTRENT
OTTANTASEI

Brief ouvert, lignes précises

«Lorsque nous travaillons avec les designers de Pininfarina, le principe de base est que nous ne leur disons jamais que ce qu’ils proposent est impossible, explique Christophe Persoz chez Bovet. Tout est ouvert. Nous faisons des essais, qui débouchent souvent sur des solutions innovantes. Par ailleurs, ce sont des designers de métier, qui ont déjà l’habitude de travailler avec des contraintes techniques dans l’automobile. Et ce qui est très intéressant, c’est le contraste entre la tradition et l’aspect contemporain, amenant à un cadran high-tech et pur. De plus, il était important d’avoir une symétrie entre les éléments du design de la montre, comme sur tous nos garde-temps. Le soin du détail est extrême. Enfin, la montre est ultralégère: 66 grammes pour la version titane et 113 grammes pour celle en or rose. Le mouvement lui-même est d’ailleurs plus léger que le bracelet en caoutchouc!»

Dix ans avant le partenariat avec Bovet, la marque italienne s’était déjà intéressée à l’horlogerie suisse. «Notre partenaire m’avait expliqué qu’il réalisait lui-même les montres: il fallait ensuite choisir les modèles commercialisés. Mais cela n’a pas abouti car c’était un concept réducteur, on choisissait juste entre A ou B, on ne construisait rien ensemble, se souvient Paolo Pininfarina. Avec Bovet, ce qui me fascine c’est le soin du détail à une échelle minuscule. On dessine et ensuite on réduit toutes les proportions!»

Le but de ce projet n’était pas de renforcer à tout prix le chiffre d’affaires, insiste Pascal Raffy, même si la collection a particulièrement touché les collectionneurs asiatiques et américains. Il s’agissait d’abord de renforcer la respectabilité de Bovet: «Cela donne le signal que nous pouvons amener de l’innovation en même temps que de la tradition. Et cela, ça n’a pas de prix.»