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ALI&CO, PAYER DU POIGNET



ALI&CO, PAYER DU POIGNET

La start-up genevoise a investi plusieurs millions pour développer des montres à paiement accessible et colorées, avec le constructeur Soprod. Dessiné par Eric Giroud, son modèle plus haut de gamme intègre un mouvement mystérieux. Sur le terrain de jeu de géants comme Swatch ou Apple, la société vise désormais les volumes en Suisse et en Afrique. Portrait.

O

n se souvient de leur «cube» qui trônait dans la cour intérieur de la Halle 2 à Baselworld cette année. Ali&Co, initiée par le serial-entrepreneur genevois Ali El Alej, est une start-up qui se positionne sur un créneau d’avenir: celui de la montre de paiement. Colorés, axés sur une communication très jeune d’esprit, les modèles d’entrée de gamme Alicious (proposés à 79 francs) et les montres à cadran «transparent» Mysterali (385 francs et Swiss made), rappellent la fraîcheur des Ice-Watch tout en se positionnant en alternative directe à la montre de paiement Bellamy de Swatch.

«Nous sommes une marque de volumes et voulons distribuer le plus largement possible», souligne Nathalie Veysset, responsable de la communication de la start-up. Ali& Co commence à lancer ses montres sur les marchés suisse et africain: «Nous sommes en train de finaliser le système de carte de crédit et avons pris les commandes des premières montres. Nous souhaitons par ailleurs nouer des partenariats hors de l’horlogerie, pour donner des avantages aux utilisateurs. Par exemple vous aurez une réduction sur le prix d’une baguette ou d’une livraison à domicile en utilisant le système Ali&Co.»

«Tout est autofinancé»

D’origine tunisienne, Ali El Alej est arrivé en Suisse il y a 20 ans. Il a travaillé dans l’immobilier et la décoration d‘intérieur, mais aussi l’événementiel. «Sa spécialité, c’est de s’intéresser aux projets dont personne ne veut!, poursuit Nathalie Veysset. Il est très créatif et ne regarde jamais les problématiques de front, il prend toujours d’autres angles, des chemins de traverse. C’est un outsider dans le bon sens du terme.» Pourquoi l’horlogerie à présent? «Ali a toujours eu une passion pour les montres et il aime fabriquer, inventer. Il était intrigué par les pendules mystérieuses de Cartier, alors il a décidé de se lancer dans la production de mouvements mystérieux quartz à prix abordable.»

Résultat: un mouvement périphérique logé dans le rehaut, qui entraîne des disques transparents. «Le R&D a pris quatre ans, en partenariat avec Soprod et avec des investissements financiers à plusieurs millions, à la hauteur de projets de Haute Horlogerie. Tout est autofinancé.»

Outre Soprod, un autre visage connu de l’horlogerie suisse a participé au projet: le toujours prolifique designer Eric Giroud, qui a dessiné les produits. «Si les fondements horlogers sont solides dans ce projet, on peut presque considérer l’horlogerie comme un prétexte servant l’idée principale de concevoir des objets ludiques qui fassent rêver et surprennent les gens. De plus, la montre ne sera pas vendue dans des points de vente traditionnels, plutôt dans des kiosques, stations-service, grandes surfaces, restaurants. Et il n’y aura pas que des montres...», souligne Nathalie Veysset.

ALICIOUS

MYSTERALI

Entrer dans les mœurs

Reste maintenant à ce que les clients potentiels s’habituent à payer avec leur poignet: en ce sens, l’équipe d’Ali&Co considère l’Apple Watch comme un soutien de poids dans l’«évangélisation» de cette pratique. De plus, la Suisse est déjà très bien équipée en terminaux de paiement: 90% des points de vente acceptent le paiement au poignet, selon la marque. De manière générale, cet équipement se standardise aux Etats-Unis, en Europe et en Asie. Et demain en Afrique...

Mais la marque genevoise tient en même temps à se distinguer des smartwatches. «Il y a deux manières de faire. Soit il s’agit d’une extension du téléphone portable au poignet, comme le proposent Apple ou Samsung, mais qui nécessite d’être toujours en lien avec celui-ci. Soit il s’agit d’un système autonome, une montre à quartz traditionnelle, comme les modèles d’Ali&Co ou la Swatch Bellamy.»

La start-up tient aussi à se distinguer du géant suisse: «Swatch a travaillé avec Visa et Cornèr Bank. Le problème, c’est qu’ils n’ont pu lancer leur montre qu’en Chine et en Suisse car ils doivent à chaque fois trouver un accord local. Nous avons voulu au contraire une solution universelle, via une banque universelle et une carte de crédit qui fonctionne dans le monde entier et dans les devises locales. Par ailleurs, nous allons ouvrir notre solution à d’autres horlogers.»

Puces intégrées

Ali&Co s’est alliée à Mastercard et les puces sont intégrées dans le passant des montres. «Ce système est compatible avec d’autres montres: on peut en effet glisser le passant (dont on peut choisir la couleur et la décoration) avec la puce sur un autre bracelet.» Le client, qui doit s’acquitter de 40 francs de frais annuels auprès de Mastercard, reçoit deux cartes de crédit: une carte «traditionnelle» et une puce.

Nathalie Veysset précise: «Il s’agit d’une carte prépayée et anonyme Mastercard Ali&Co, pour laquelle il n’y a pas besoin d’avoir un compte bancaire. On la charge à l’avance soit via un transfert bancaire soit via un point de recharge dans un réseau mondial de kiosques. On peut également la coupler à une autre carte de crédit.» La limite annuelle en Suisse est de 2’500 francs, ce qui est peu: «Mais si le client s’inscrit sur notre site, il peut obtenir une autre carte sans restriction, dans la limite évidemment du crédit disponible.» Pour des raisons de sécurité, des limites de paiement ont été instaurées pour chaque paiement par puce, variant selon les pays: 40 francs en Suisse, 20 à 30 euros en Europe, 30 dollars aux Etats-Unis. «Si l’on dépasse ce montant, il faut entrer son code PIN.»

D’autres solutions sont proposées, comme le transfert peer-to-peer pour envoyer de l’argent via une application à ses proches, par exemple. «Via notre application, on pourra aussi effectuer un paiement comptant où tous les participants sont débités par tranche, ce qui facilite les choses au restaurant. Et nous allons ajouter des services sur notre application, par exemple pour que les utilisateurs puissent dialoguer, sur le modèle de WeChat. A terme, notre idée est de constituer une vraie communauté Ali&Co.»