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AUTOUR DU BRACELET



AUTOUR DU BRACELET

Alors que tous les regards se tournent généralement vers le cadran, la partie souvent la moins considérée de la montre reste un élément essentiel du garde-temps, qui peut nécessiter pas moins de 80 étapes de fabrication. Enjeux de ce marché.

C

omme les horlogers et tous les acteurs de la sous-traitance horlogère, les fabricants des bracelets de montres sont de facto touchés de plein fouet par la crise qui touche en ce moment l’industrie. Moins de montres écoulées par les marques, stocks d’invendus, réduction du nombre de montres produites, donc moins de commandes de bracelets. La boucle est bouclée...

Mais ce n’est pas le seul défi du moment: un autre enjeu délicat pour les acteurs de l’industrie du bracelet est une législation de plus en plus complexe, comme la convention «Reach» (pour Registration, Evaluation, Authorisation and Restriction of Chemicals). Imposée par l’Union européenne depuis 2007 afin de mieux protéger la santé des consommateurs et l’environnement, elle intègre des normes qui se révèlent souvent coûteuses à mettre en application pour les fabricants de bracelets. Ainsi, le cuir des bracelets de montres doit subir des tests spécifiques afin de ne pas dépasser un certain seuil de substance chimique, qui peut s’avérer nocif pour le consommateur. Ce qui impacte le tannage et le traitement du cuir, et peut en affecter la qualité, au grand dam des fabricants.

Il est cependant vrai que bien avant l’arrivée de Reach, le bracelet subissait déjà de nombreux tests: UV, frottements à sec et humide, salissures ou encore torsions-tractions… Difficile de déterminer précisément les coûts de ces tests mais en «off», certaines marques expliquent qu’il faut compter au minimum mille euros pour un test simple, qui ne garantira pas que l’ensemble de la production soit conforme.

Une autre réglementation à laquelle les fabricants de bracelets sont tenus de se conformer est la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites). Cet accord a pour but de veiller à ce que le commerce des spécimens d’animaux et de plantes sauvages ne menace pas la survie des espèces auxquelles ils appartiennent. Près de 34’000 espèces animales et végétales sont répertoriées.

La Cites fournit un certificat prouvant que l’animal a été chassé en toute légalité et n’est pas issu du braconnage. Cette précieuse certification est de plus en plus demandée par les marques horlogères, qui cherchent à contrôler la provenance de chaque matériau utilisé. Une espèce de crocodile africaine, le Niloticus, prisé notamment pour les bracelets de montres, a défrayé la chronique il y a quelques années à la suite d’un reportage montrant sa capture et mise à mort violente, mettant à mal l’image de marque des grands groupes horlogers. Quand il s’agit d’alligator, les marques, soucieuses de leur image, s’approvisionnent plutôt aux Etats-Unis, où la régulation limite les possibles débordements.

Les acteurs du secteur doivent donc jongler entre obligations légales, exigences des marques et conditions de marché difficiles. Europa Star est allé à la rencontre de plusieurs de ces artisans de l’ombre, qui réalisent un travail indispensable pour l’industrie horlogère et ses millions de clients, depuis que les humains ont décidé de sortir leur montre de leur poche et de l’enrouler autour de leur poignet.


Photo: Fleurus