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Swatch Group

La fantaisie de l’enfance

mars 2017


Swatch Group

Conférence presse dans le hall d’entrée de la future manufacture d’Omega: le Swatch Group dévoile son Rapport de Gestion 2016.

N

ick Hayek, apparemment en pleine forme, trône au milieu de la table dressée sur une plateforme, entouré de Marc Hayek et de certains de ses capitaines, dont les grognards Walter von Kaenel (Longines) et François Thiébaud (Tissot).

« Sans utiliser aucune médecine, nous revenons à notre enfance », commence-t-il bizarrement, en enjoignant tout le monde à « oublier les règles, à avoir de la curiosité, à conserver la fantaisie de l’enfance! »

Mais d’enfance, il ne sera plus guère fait mention par la suite, à l’exception notable, en fin de conférence, d’un vibrant plaidoyer en faveur de l’enfance de Florence Ollivier, présidente de la marque Flik Flak qui fête cette année ses 30 ans de loyaux services au profit de « l’apprentissage de la lecture de l’heure » auprès des enfants de 3 à 10 ans.

Mais les journalistes présents, dont de nombreux média économiques, étaient là pour tout autre chose que pour parler de leur âme enfantine: pour entendre des chiffres.

C’est Thierry Kenel, CFO du Swatch Group, qui va s’y atteler.

Le chiffre attendu: à taux de change constants, - 10, 8% de Net Sales, soit 7,5 milliards en 2016 contre 8,4 en 2015.

« Je sais que tout le monde en a marre que je parle sans cesse du franc fort, de toutes façons je ne peux rien y changer, mais ça ne m’empêchera jamais de continuer à vous casser les pieds en ne cessant pas d’en parler », expliquera plus tard Nick Hayek. Selon le Swatch Group, en cumul depuis 2010, ce ne sont pas moins de 5 milliards qui sont partis en fumée du fait des taux de change.

Rapport de gestion 2016 Swatch Group

« Mais les deux premiers mois de 2017 indiquent clairement que le redressement est en vue », va-t-il marteler durant toute la suite de la conférence. Mais foin des chiffres, Nick Hayek balaie les doutes et ne cessera d’insister sur la vision industrielle et à long terme de son groupe. « Nous n’allons pas changer de stratégie et, des hauts et des bas, j’en ai déjà vécus plusieurs. Nous n’allons pas nous diversifier dans je ne sais quoi, notre croissance vient de l’interne et nous allons continuer à couvrir tous les segments, de Flik Flak à Breguet ou à Harry Winston. Nous sommes un groupe industriel qui, dans la montre, fait tout, absolument tout, en Suisse, et nous allons continuer. Nous poursuivons nos investissements, environ 600 millions à nouveau pour cette année, dans nos bâtiments, dans la production, dans la recherche, dans nos réseaux de vente. Nous sommes un exemple d’intégration verticale. Nous voyons les choses dans le long-terme. Nous n’avons rien à voir avec cette vision de profit à court terme, cette shareholder philosophy qui nous vient des USA et qui y fait tant de mal. »

Interrogé aussitôt à propos de Donald Trump, Nick Hayek se montre prudent. « Trump veut renforcer la middle-class ce qui est en-soi une bonne chose. Nous connaissons très bien les aspirations de la middle-class au Swatch Group. Mais les moyens qu’il va employer pour y parvenir, ça c’est une autre question. Sur laquelle je ne me prononcerai pas. »

Stocks

Autre question qui taraude les journalistes: l’état des stocks. Ceux-ci ont augmenté au total de 108 millions en 2016, mais de 150 millions en produits finis, hausse compensés par un ralentissement dans les matériaux de base (- 43 millions) et dans le work in progress, soit les produits dans le pipe-line (- 42%).

« Mais notre propre retail marche très bien précisément parce que les stocks sont là. Et si vous pensez seulement à une marque comme Harry Winston, ça demande beaucoup de stock immobilisé. Récemment, il y a eu un casse d’une boutique Harry Winston à Cannes. Une petite boutique, 40m2, 50m2 maximum. En quelques minutes, le voleur a emporté pour 20 millions de stock, simplement en ramassant ce qu’il y avait autour de lui. C’est dire l’importance du stock. »

Montre connectée

Enfin, de nombreuses questions ont porté, bien évidemment sur la montre connectée. "Mon père, au moment où a capoté le projet de la Smart originelle, a compris qu’il fallait s’orienter vers un système qui nous permette d’être et de rester énergiquement totalement indépendants. Nous nous sommes ainsi concentrés sur des systèmes de batteries alternatives. Nous progressons, nous ne sommes pas encore un acteur majeur mais nous passons progressivement de la recherche à la production. Ça prend du temps, mais c’est un produit stratégique.

En ce qui concerne la smartwatch, nous vendons déjà des sensors, des micro chips et nous voulons créer un OS compatible avec les systèmes existants mais, plus largement que la montre seule, un OS qui soit destiné aux petits objets. Tous disent Think Big, nous disons Think Small. La Suisse est championne dans la miniaturisation. Et dans l’internet des objets, des montres, etc… il faut miniaturiser car il y a des problèmes d’énergie, de data… Nous voulons construire un écosystème. C’est un marathon, pas un 100 mètres. Et en bout de course, c’est au consommateur, à son confort, à son service, à son plaisir que nous pensons."