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«Le danger ne vient pas de l’humanisation des robots, mais de la robotisation de l’homme»



«Le danger ne vient pas de l'humanisation des robots, mais de la robotisation de l'homme»
I

nvité cet automne au 8ème Forum de la Haute Horlogerie, le futurologue allemand Gerd Leonhard expliquait qu’il n’avait qu’un très simple conseil à donner à tout jeune se demandant vers quel métier s’orienter: choisis ce que tu veux à condition que ce ne soit pas remplaçable par un robot!

A bien y réfléchir, la palette n’est pas si large que ça: coiffeur, sans aucun doute (quoique), et plombier aussi car nul robot ne pourra remplacer cet explorateur des entrailles dans le labyrinthe des tuyauteries. (On se souvient à ce propos du rôle de plombier joué par Robert de Niro dans ce formidable film de science-fiction dystopique qu’est Brazil ! de Terry Gilliam).

Par contre, avocat c’est déjà moins sûr – un robot du nom de Ross officie depuis mai 2016 dans le cabinet BakerHostetel de Cleveland. Ross a déjà fait des petits. Son papa à lui s’appelle IBM. Sa spécialité? Ça ne s’invente pas: les faillites d’entreprise. On ne lui demande pas de plaider (ça viendra peut-être un jour) mais d’analyser, fort efficacement d’ailleurs, des milliers et milliers de documents relatifs aux faillites d’entreprise. Dont certaines dues aux robots.

Journaliste? Non seulement le milieu est sinistré mais les robots en rajoutent une couche. «Des chercheurs du Intelligent Systems Informatics Lab (ISI) de l’Université de Tokyo ont développé un nouveau prototype capable de se déplacer, interviewer des personnes, recueillir des informations, prendre des photos à l’aide de sa caméra embarquée, faire des recherches web et poster des articles en ligne et ce en parfaite autonomie. Et à terme, remplacer les reporters dans les zones jugées trop dangereuses », nous explique Romain Serre de l’ECS Paris.

Alors horloger? Ils n’arrêtent pas de vanter leur travail fait main. Des heures de patience à polir un chaton, à angler un pont ou à monter un tourbillon dans sa cage, disent-ils.

Ne nous voilons pas la face: la robotisation et l’automatisation règnent déjà en maître pour bon nombre d’opérations horlogères. L’humain, parfois et de plus en plus souvent, n’est là que pour préparer la tâche du robot. Une nouvelle division du travail est en route, comme dans cette usine d’Omega que nous avions visitée en 2014: «Each time a bridge is added to an assembly, a single screw is inserted manually purely to secure the movement during its transport. The remaining screws are then selected and screwed in automatically by a special robot», écrivions-nous.

«Il est urgent de remettre l’homme au centre !», nous disait il y a quelques semaines un horloger-constructeur de grand renom. Oui, mais quel homme?

Car, comme nous en avertissait notre futurologue allemand, «contrairement à ce qui se dit partout, le danger ne vient pas de l’humanisation des robots, il vient de la robotisation des hommes.»