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Il y a 50 ans, la montre quartz voyait le jour

LE CARNET DE PIERRE

septembre 2017



Il y a 50 ans naissaient les premières montres à quartz. Aujourd’hui, c’est au tour de cette ex-technologie révolutionnaire d’être profondément remise en cause. Voire appelée à disparaître.

Il y a 50 ans, les premières montres-bracelets électroniques à quartz, les Suisses « Beta 1 » et « Beta 2 », remportent les dix premières places du concours annuel de précision de la Société Suisse de Chronométrie, face à Seiko qui doit « se contenter de places de consolation. » Ce qui n’empêchera pas les Japonais – qui croient en l’avenir de leur technologie – de faire déferler dans les années qui suivent un véritable tsunami sur la Suisse horlogère.

Il y a 50 ans, la montre quartz voyait le jour

La Beta 1

Assis dans leur rente de situation mécanique, les horlogers suisses, même s’ils furent les premiers à mettre au point la technologie du quartz, ne pensaient pas un instant que leur suprématie mondiale allait être mise en danger de cette façon. La crise allait durer dix ans, de 1975 à 1985, et allait sinistrer le secteur horloger en divisant par trois, de 90 000 à 30 000, le nombre de ses emplois en Suisse, et par deux le nombre de ses marques, passé de 1’618 maisons en 1970 à 861 en 1980. Mais cette aventure technologique, menée à l’intérieur des laboratoires du Centre Électronique Horloger (CEH), avant qu’il fusionne dans l’actuel Centre Suisse d’Électronique et de Microtechnique (CSEM), laissera de profondes traces et permettra, quinze ans plus tard, l’aventure de la Swatch.

Il y a 50 ans, la montre quartz voyait le jour
Le mouvement de la Beta 1

Au-delà de sa nature techniquement révolutionnaire, le quartz – d’une précision superlative par rapport à l’horlogerie mécanique traditionnelle – conduira à une transformation très profonde du tissu horloger suisse et sera indirectement à la naissance de ce qui est devenu le Swatch Group. Mais le grand paradoxe de cette aventure technologique est que, malgré ses nets avantages objectifs, le quartz va permettre le renouveau radical et la véritable renaissance de l’horlogerie mécanique que peu étaient alors en mesure de prédire. Le fameux slogan de Blancpain, « Depuis 1735, il n’y a pas eu de montre Blancpain à quartz. Et il n’y en aura jamais » premier fait d’armes de Jean-Claude Biver en 1982, va marquer symboliquement cette renaissance inattendue et contre-historique: quelle autre technologie dépassée a-t-elle connu un tel regain de faveur? Au XXIème siècle, l’horlogerie mécanique n’est qu’une anomalie – anomalie luxueuse, ce qui explique en large partie sa notoriété.

L’ironie veut qu’alors qu’on fête aujourd’hui les 50 ans de l’apparition des premières montres à quartz, cette technologie est à son tour gravement menacée par une autre technologie, celle qui pilote les smart watches. L’ex prédateur de la mécanique est devenu à son tour une proie. De quelle nature va être ce nouveau tsunami? C’est la question à laquelle la table ronde organisée ce jour 5 septembre par la CSEM à Neuchâtel, intitulée « Du premier wearable à un monde hyperconnecté » tentera de répondre. En attendant, la mécanique continue de faire tic-tac. Et ce même si le quartz allait à disparaître. Mais gare à ne pas s’endormir. Une ancienne révolution peut en cacher une nouvelle.

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L’évolution électronique

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