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CHANGEMENT D’ÉPOQUE

BRICK & CLICK

septembre 2017


CHANGEMENT D'ÉPOQUE

La compagnie aérienne Swiss a décidé de ne plus distribuer de journaux papier dans ses vols long-courrier. A la place, le passager a le choix entre des centaines de titres à télécharger sur sa tablette. Tout un symbole.

L

e steward au fort accent neuchâtelois, 35 ans de carrière chez « la » Swissair puis Swiss, ne propose plus de journaux dans ce vol vers l’Asie.

Fini la Neue Zürcher Zeitung, Le Temps ou le New York Times. Du moins en version print. La compagnie aérienne ne les distribue plus à bord. À la place, les passagers peuvent choisir parmi plus de 400 titres en dix langues à télécharger sur leur propre iPad ou autre tablette.

S’il y avait bien un lieu où l’on était déconnecté et où les gens lisaient sur papier, c’était le ciel. Mais maintenant, le wifi est disponible à bord. Le comportement des passagers dans l’avion est désormais le même que dans le train, celui de pendulaires au regard rivé vers le bas.

S’il y avait bien un lieu où l’on était déconnecté et où les gens lisaient sur papier, c’était le ciel.

Cette évolution est très symbolique des mutations de notre époque.

Cependant, d’ici quelques années, cela n’étonnerait guère que la compagnie revienne sur sa décision et distribue de belles revues à bord. Ce qui sera présenté comme une «expérience» de la déconnexion et de la lenteur, pour approfondir la relation à soi-même (narcissisme oblige de notre époque à l’épicurisme dévoyé).

De même qu’Amazon achète maintenant des grandes surfaces physiques, on reviendra alors au toucher. Pour l’instant, il faut se contenter du journal de bord... Pourrait-ce n’être d’ailleurs qu’une manière quelque peu machiavélique de donner une forme d’exclusivité à celui-ci? Car après tout, tout le monde ne voyage pas tablette en main ni n’apprécie la lecture sur écran...

Chez Europa Star, nous souhaitons opter pour le meilleur des deux mondes: faire le meilleur magazine print possible pour contribuer au maintien voire au retour en force du papier, tout en construisant le meilleur site web et mobile possible. Nombre de magazines qui subsistent servent surtout à orner la table de son living room. Ils sont vus mais pas lus. Tout doit être réinventé.

L’horlogerie est elle aussi une industrie oscillant entre les ventes physiques et virtuelles. Comme nous l’expliquons dans notre dernier numéro, nous croyons fermement au brick-and-click: les meilleures boutiques physiques survivront aux côtés des meilleures plateformes de e-commerce.

Et surtout, il s’agit d’«imprimer» (au propre comme au figuré) un ton fort sur tous les canaux à disposition: le politiquement correct tout comme le copié-collé n’ont plus aucune chance d’attirer le lecteur. Ni l’amateur d’horlogerie.