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Exercice de contrition

BASELWORLD 2018

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mars 2018


Exercice de contrition

Une conférence de presse officielle de fermeture? Inhabituel! A Baselworld ça ne s’était encore jamais vu. Fallait-il vite éteindre un feu qui commençait, ou plus précisément, des rumeurs de Bâlexit qui enflaient? Ou s’agissait-il avant tout de corriger la désastreuse image donnée par une conférence d’ouverture blindée à la soviétique?

Au Japon, on aurait eu droit à un festival de courbettes. A Bâle, ce furent des excuses, réitérées tant par René Kamm, le président de MCH, que par Sylvie Ritter, l’ordonnatrice de Baselworld. «C’est une méprise», affirment-ils, que d’avoir préféré des discussions en tête-à-tête, «inter-personnalisées», à un jeu de questions-réponses ouvert à toute la presse.

Mais leur discrète proposition d’entretiens avait été glissée au dernier moment, prenant tout le monde à dépourvu, juste avant que les tambours n’interviennent.

Et à l’extérieur de la salle, comme me l’avait fait remarquer un journaliste indien un peu dépité, «There is no coffee... no tea...»... On ne s’y serait pas pris autrement pour éviter toute question potentiellement dérangeante.

Après les excuses...

Exercice de contrition

Il fallait à tout prix réparer cette erreur, ou pour le moins cette maladresse, ce que tentèrent avec cran les deux responsables devant une foule de quelques dizaines de journalistes encore présents sur les lieux le mardi 27 mars à 10h30 du matin, bien décidés à poser cette fois leurs questions.

Après ce mea culpa, Sylvie Ritter affirma avec conviction que les rumeurs alarmistes, les critiques montantes envers Baselworld «ne correspondaient pas à l’humeur constatée chez les exposants, bien différente». Ceux-ci, toujours selon Ritter, seraient «majoritairement satisfaits, tant du périmètre réduit de cette année que de la marche des affaires qui s’y nouent».

Elle y voit une confirmation dans le fait que «tous les grands acteurs du salon seront présents en 2019.» Rolex, Patek Philippe, Chopard - soit les trois genevois les plus importants - LVMH, Carl F. Bucherer, le Swatch Group ont confirmé, ainsi que Chanel et Breitling sur lesquels couraient les rumeurs les plus insistantes.

Et au-delà? lui demande-t-on. René Kamm tranche: «On ne répond pas à ce sujet!»

Par contre, reconnaît Sylvie Ritter, «la réduction des prix à Baselworld est encore insuffisante». Et d’énumérer aussitôt une série de décisions déjà prises: Baselworld 2019 durera 6 jours pleins, du 21 au 26 mars, sans compter la journée de presse du mercredi 20 mars qui commencera dès le matin et non plus dès midi.

Plus intéressant: de nouveaux formats, moins chers, destinés aux marques économiquement plus modestes seront proposés.

Regroupement Bâle - Genève?

Une des plaintes récurrentes est la tenue à deux dates différentes, espacées de deux petits mois, des deux grands rendez-vous de l’année, Genève en janvier, son SIHH et ses satellites en train de grandir, et Baselworld en mars!

Oui, répond un René Kamm qui s’y attendait: «Je sais, le sujet est sur la table. Faut-il concilier les deux salons, le peut-on seulement?» La réponse est diplomatique: «Les avis divergent, c’est assez ouvert.» Mais si rien n’est encore acté, ni d’un côté ni de l’autre, cet éventuel regroupement se heurte à bien des difficultés: Faut-il se partager le gâteau, couper la poire en deux mais la manger aux mêmes dates? L’une absorbera-t-elle l’autre? Sans parler d’une rivalité qui pourrait alors naître entre deux villes par ailleurs politiquement proches (Genève et Bâle votent systématiquement de la même manière lors des votations fédérales)...

Bref, la patate chaude est vite renvoyée dans sa casserole. «Mais qui, dans le business, a une plus grande visibilité que Baselworld qui représente 80% des exportations horlogères suisses», demande une Sylvie Ritter assez contente de son effet et forte de ses chiffres de fréquentation, comparable sur 6 jours à ceux de l’année dernière sur 8 jours.

Exercice de contrition

Redescendre du firmament

Ceci dit, malgré le fait que René Kamm affirme que «le chiffre de 650 exposants est optimal», notamment en raison des capacités hôtelières de la ville elle-même, ce «downsizing» est objectivement un appauvrissement du rôle historique de Baselworld, dont la vocation est de représenter l’ensemble du tissu horloger suisse et au-delà.

Un peu en contradiction avec ce que vient de dire René Kamm, Sylvie Ritter semble d’ailleurs admettre que l’absence des branches annexes est une perte de substance. «Tous les métiers contribuent à l’horlogerie et donc tous devraient avoir leur place à Baselworld, même si leurs cycles d’investissement ne sont pas les mêmes que ceux, plus annuels, des marques. Et par ailleurs, poursuit-elle, nous pensons proposer des regroupements à des acteurs différents, de nouveaux formats, qui ne soient pas forcément sous forme de stands.»

On n’en apprendra guère plus pour l’instant. «On y réfléchit activement et des annonces précises seront faites au courant de cet automne», conclut René Kamm.

Reste qu’au niveau des prix et des nécessaires économies à réaliser face à cette saignée ainsi que pour retenir ceux qui seraient tentés de fuir ailleurs, un gros effort doit encore être fait. «Nous avons déjà revu les tarifs de location à la baisse de 10%, nous avons supprimé toute contribution aux média que nous produisons (et cette année tout papier avait disparu mais reviendra l’an prochain) et nous offrons la possibilité aux grandes marques de laisser en place leurs stands toute l’année».

Ce qui représente une économie se chiffrant en dizaines de millions pour les marques concernées mais un vrai casse-tête pour l’organisateur MCH (et cette offre ne pouvant être faite qu’une année sur deux selon les calendriers).

Enfin, dans certains secteurs spécifiques, comme par exemple la joaillerie «une baisse plus importante sera peut-être accordée pour attirer des exposants supplémentaires», nous est-il annoncé.

«Refléter le marché, mais avec qualité» est le nouveau motto de Baselworld. Mais rien ne dit pour l’instant que le nombre de 650 exposants grandira ou diminuera l’an prochain.

Rendez-vous à l’automne pour en savoir plus.

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