alérien Jaquet est un enfant du terroir horloger. Né à La Chaux-de-Fonds, il y a fait toutes ses écoles, puis son CFC de micro-mécanicien. Il a toujours été très orienté sur la technique, adorait le modélisme et la mécanique. Il s’est ensuite spécialisé en obtenant un diplôme de technicien constructeur horloger obtenu en 2000.
Puis il travaille dans l’entreprise familiale, chez son père, fondateur de Jaquet SA - devenue manufacture la Joux-Perret en 2003 et rachetée par le groupe Citizen en 2012 - où il parcourt tous les échelons - de la programmation des CNC, au bureau technique en passant par l’établi des horlogers ou la mécanique des pièces traditionnelles sur des machines à pointer.
Fort de ses expériences et de sa vision personnelle, il participe au développement du bureau technique. Il se souvient: «Les constructions se faisaient encore en 2D à mon arrivée. J’ai un peu chamboulé les habitudes pour passer rapidement en 3D.» À l’époque, Jaquet SA travaillait surtout sur des mouvements ETA et ajoutait des modules spécifiques sur les calibres. Le premier virage important est effectué lorsque Corum demande de développer un tourbillon.
«Ce Tourbillon Saphir Mystérieux a été mon premier gros projet au sein du bureau technique. À partir de là, la réputation du bureau technique a grandi. D’autres marques comme Hysek ou Louis Vuitton nous ont fait confiance.» Mais après la vente de l’entreprise familiale en 2001, le fils voit sa liberté et son indépendance bridées. Il choisit donc de partir en 2004.
Nouveau départ
Valérien Jaquet a alors besoin de prendre l’air. Il part en Australie apprendre l’anglais. Il confie: «C’est là-bas que j’ai conçu, en 2005, mon premier tourbillon Concepto, sur un laptop acheté sur place.» Il revient donc en Suisse avec le - désormais fameux - Tourbillon C8000 qui marque la naissance de Concepto, bureau d’étude technique horloger, en 2006.
«Il fallait maintenant vendre le concept à des marques. Je n’avais que les plans. Il m’a fallu trouver les composants dans l’écosystème jurassien, attendre que tous les composants soient réalisés, les assembler… tout cela pour constater que ça ne marchait pas du premier coup. Je voulais arriver avec un produit fini - pas juste une belle image, mais un vrai calibre qui fonctionne.»
Et d’ajouter: «L’échelle change, les délais s’allongent, la qualité est plus difficile à contrôler. La solution s’est imposée d’elle-même: je devais tout faire moi-même.» Il achète donc sa première machine en 2008 pour réaliser les ponts et les platines, puis une autre pour les composants mobiles. De fil en aiguille, un parc machine se constitue. Concepto intègre ensuite la décoration, puis les horlogers pour assembler le tout.
Naissance d’une manufacture intégrée
À partir de ce moment, l’entrepreneur farouchement indépendant regroupe sous le même toit toutes les entreprises nécessaires à la maîtrise complète du processus de fabrication. Artisia SA, département horloger prototypie, avait déjà été créée en même temps que Concepto. Micro Ace SA existait aussi dès l’inception de Concepto et est rapatriée dans le même immeuble. Vient ensuite Décoparts, en 2008-2009, pour le décolletage et le tournage des composants. Optimo Assortments se joint à l’ensemble, en 2012, pour développer et construire les organes réglants, le balancier spiral, les roues d’échappement.
Tout est intégré au sein de Concepto Holding, structure totalement indépendante et détenue par Valérien Jaquet. Le parallèle avec le développement des grandes marques horlogères est flagrant. Et, dans cette dynamique, Concepto continue de renforcer son indépendance en s’affiliant à la famille Queloz pour fonder ensemble Arts&Design Manufacture SA. Cette nouvelle entité permet d’intégrer pleinement les métiers d’art - gravure, émail, marqueterie, micropeinture, entre autres - au sein de la manufacture, enrichissant ainsi la capacité à créer des pièces d’exception.
Un label de confiance
Au fil des années Concepto est devenue un véritable label de confiance. Le CEO relève deux créations majeures qui ont participé à faire le renom de l’entreprise, tant en termes de créativité que de qualité: «La première est Jacob & Co pour qui nous avons développé la Quadra et ses quatre tourbillons à plat. Il nous ont fait confiance dès les débuts et ont contribué à nous pousser dans nos limites sur la créativité et la réactivité. Cela a été très motivant et a forgé notre vision et notre manière de faire. L’autre est évidemment Bvlgari avec toutes les collections Octo Finissimo, dont le tourbillon extra-plat en 2012.»
Les réalisations Concepto sont nombreuses. Mentionnons seulement le magnifique Tonda PF Chronographe Mystérieux de Parmigiani Fleurier qui a impressionné lors de la dernière édition de Watches and Wonders; le calibre C01301 de la Ressence Type 11; le calibre de la nouvelle collection Admiral de Corum; l’Octo Finissimo Ultra Tourbillon de Bvlgari et son 1,85mm d’épaisseur; le micro-rotor de Bell & Ross; ou encore Edouard Koehn et sa édition limitée Legacy Rattrapante.
Autant de modèles qui incarnent les savoir-faire de l’entreprise intégrée. Concepto continue cependant à s’appuyer sur l’écosystème jurassien dont il est issu. «Nous sommes verticalisés. Nous pouvons faire tous les composants nous-même, exceptés les ressorts de barillets ou les rubis. Mais nous ne fabriquons pas tout pour tous les mouvements. Je ne vais pas bloquer une décolleteuse pour faire des vis par exemple. Je ferais alors appel à un spécialiste local», explique Valérien Jaquet.
La production actuelle d’environ 30’000 mouvements par an (dont 15’000 à 20’000 chronographes) par la «Watch Factory» Concepto profite aussi au tissu horloger de la région.
Les clés de la réussite
Comment expliquer la réussite de cette manufacture indépendante au service de tiers? Son positionnement sur les complications et donc plutôt sur le haut de gamme suit certes l’évolution de l’horlogerie. Mais le CEO voit d’autres facteurs décisifs: «En tout premier, c’est notre créativité qui nous a fait connaître. Aujourd’hui encore, dans 8 cas sur 10, nous développons des concepts nous-même puis allons les présenter aux marques. Ensuite, notre capacité à exécuter très rapidement est l’une de nos marques de fabrique. C’est grâce à notre intégration verticale que nous pouvons le faire. Enfin, ce que nous fabriquons et livrons fonctionne! Cette fiabilité est une autre clé de notre réussite.»
Surtout présent sur le haut, voire le très haut de gamme Concepto envisagerait-elle aussi de se diversifier dans l’entrée de gamme? Le CEO répond sans détours: «J’y ai pensé, mais j’ai très vite abandonné l’idée. Ce n’est pas notre domaine d’expertise. Nous ne faisons pas de l’industrialisation à grande échelle pour de gros volumes. Nous restons concentrés sur les séries limitées à forte valeur ajoutée.»
Avec ses outils, ses savoir-faire et sa réputation, Concepto pourrait aussi créer sa propre marque. Pourquoi ne pas le faire? Là aussi, la réponse est claire: «Ce n’est pas le même métier. La distribution, la promotion, le marketing ne sont pas nos métiers. Même si je participe à ces étapes en collaboration avec nos marques clientes, je préfère la diversité du travail que nous faisons. Je ne souhaite pas être bridé par un seul ADN, une seule vision de marque. C’est aussi cette diversité qui nous permet de développer nos compétences.»
Et demain?
En 2026, Concepto emploie 180 personnes et possède un parc machine de plus de 150 unités. La société affiche un chiffre d’affaires de près de 60 millions de francs - soit bien plus qu’une bonne partie de ses clients.
Quels sont les objectifs futurs? «Asseoir notre crédibilité et notre qualité demeure notre priorité, soutient le Chaux-de-Fonnier. Sans cesse améliorer l’existant, ne pas chercher la croissance pour la croissance et rester indépendant!»
L’entreprise s’oriente aussi vers d’autres univers: «Notre travail avec Bugatti ouvre de nouveaux horizons. Le contrat s’est fait en 2021 et le produit fini est sorti cette année. Cela démontre que nous pouvons mettre notre savoir-faire horloger au service de l’automobile.»
Concepto n’a en tout cas pas fini de surprendre. Valérien Jaquet l’assure: «Nous avons de nombreuses créations en gestation dans notre pipeline. Toutes continuent d’incarner nos valeurs de créativité, de fiabilité et de qualité.»


