e rythme des lancements chez Frederique Constant et Alpina reflète les ambitions des deux marques. Sur la fin de l’année 2025, celles-ci ont multiplié les présentations de modèles sur des segments variés, entre collaborations (avec Bamford, le Freeride World Tour ou le podcast spécialisé The Real Time Show), pièces inspirées par le patrimoine (les racines d’Alpina remontent à plus de 140 ans) ou encore complications classiques (le coffret Elements de Frederique Constant comprenant d’élégants modèles worldtimer, à calendrier perpétuel ou encore phase de lune).
Alors que l’horlogerie fascine plus que jamais, l’atout de Frederique Constant - même si elle se permet quelques écarts sous forme de pièces flasghip - reste de ne pas avoir dévié de son but initial, posé en 1988: offrir de l’horlogerie de luxe Swiss made «à prix juste», un concept devenu sensible tandis que les prix ont explosé dans la branche.
Au fil de son histoire, la marque genevoise a développé une collection de 34 calibres. Elle dispose actuellement de près de 3’000 points de vente dans 120 pays. Depuis 2016, Frederique Constant et Alpina ont rejoint le groupe japonais Citizen. Une opération qui promet de livrer encore des fruits stratégiques, notamment aux Etats-Unis. Le point avec Niels Eggerding, CEO du groupe Frederique Constant.
Europa Star: Malgré les nombreux rebondissements sur les taxes d’importation, les Etats-Unis demeurent le marché essentiel de l’horlogerie suisse. Vous faites partie d’un groupe, Citizen, qui y a une place privilégiée. Quelle est la place de Frédérique Constant et d’Alpina dans cette dynamique?
Niels Eggerding: Aux États-Unis, Citizen dispose d’un réseau exceptionnel, avec environ 500 points de vente et une distribution très forte, y compris dans le duty free. Pour Frédérique Constant et Alpina, c’est une chance inestimable d’être intégrés à cet écosystème. Le marché américain reste extraordinairement dynamique et cette place particulière de Citizen y tire tout le groupe vers le haut.
Frederique Constant réalise une croissance continue aux Etats-Unis, tout comme Alpina. Nous avons aussi un développement intéressant au Mexique et au Canada, qui bénéficient de cette dynamique régionale. Le marché américain est exigeant, mais c’est aussi un marché d’opportunités, notamment pour nos modèles féminins — aux États-Unis, 50% de nos ventes sont destinées aux femmes, un segment longtemps sous-exploité.
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- En 2025, pour ses 37 ans, Frédérique Constant a conçu pour la première fois un coffret réalisé à seulement 37 exemplaires. Il ne comporte que des pièces Manufacture, toutes en édition strictement limitée. Ensemble, elles incarnent la quintessence de ce que la maison sait offrir aujourd’hui à ses collectionneurs les plus exigeants. Le thème de l’année est minéral. Lapis-lazuli, turquoise, héliotrope et onyx sont à l’honneur, complétées d’un Quantième Perpétuel Tourbillon à cadran bordeaux, largement ajouré pour révéler toute la minéralité du mouvement. Du worldtimer au calendrier perpétuel en passant par la phase de Lune, ce coffret de 5 montres a été nommé «The Elements Collection».
Vous mentionnez aussi l’Inde comme une nouvelle priorité. Pourquoi maintenant?
Parce que le moment est venu. Il y a vingt ans, nous avions tenté une première approche, mais les conditions n’étaient pas réunies. Aujourd’hui, la classe moyenne indienne a explosé, la fiscalité est plus favorable, et les détaillants indépendants se développent à grande vitesse. Nous sommes passés d’à peine quelques points de vente à près de 70 aujourd’hui. C’est devenu un marché significatif, à très fort potentiel de croissance. L’Inde est un peu ce nouvel eldorado pour les marques qui savent se positionner juste en dessous du luxe ostentatoire.
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- Conçue pour fêter la neuvième année du partenariat liant le Freeride World Tour (FWT) et Alpina, l’Alpiner Extreme Automatic FWT, dans son boîtier au format réduit de 39 x 40,5 mm, s’habille d’un gris roche alpin intégral et figure sur son cadran le motif frappé du FWT - une première pour ce modèle. Portée sur un bracelet caoutchouc noir conçu pour le sport outdoor, elle est animée par le calibre Swiss Made AL-525 garant de 38 heures de réserve de marche.
Vous avez présenté plusieurs modèles à complications. Votre positionnement prix historique pour Frederique Constant – entre 1’000 et 3’000 francs – demeure-t-il votre cœur de stratégie?
Absolument. Notre mission est de ramener du volume sur un segment accessible, mais qualitatif. Nous restons fidèles à notre ADN: offrir une valeur perçue élevée. J’ajouterais que le segment féminin devient un vrai moteur de croissance. Et en parallèle, nous continuons à innover avec des complications comme notre calendrier perpétuel, sous la barre psychologique des 10’000 francs.
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- Apparue il y a un peu plus d’un an, la Classics Moneta Moonphase est un pur exercice de style: son réhaut s’inspire du pourtour cannelé d’une pièce de monnaie, d’où son nom. Désormais proposée en boîte acier de 37 mm, la pièce renouvelle l’usage de la lunette cannelée.
Et du côté d’Alpina, dont la gamme s’échelonne de 995 à 2’000 francs?
Alpina représente aujourd’hui environ 15% de nos ventes totales, mais son potentiel est énorme. C’est une marque plus sportive, plus technique, qui parle à une clientèle différente. Elle est longtemps restée un peu sous le radar, mais elle revient en force, avec une identité claire et une cohérence de gamme. Dans un contexte où des marques concurrentes se repositionnent plus haut, cela nous ouvre un espace naturel.
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- En 2023, Alpina célébrait ses 140 ans et dévoilait l’édition de deux séries de 14 pièces animées de l’authentique Calibre 490 à remontage manuel daté de 1938, restauré et proposé dans une boîte en argent. Pour en assurer la continuité en 2025, la manufacture horlogère suisse a décidé de créer une variation spéciale Europe dotée de l’un de ses mouvements contemporains, le calibre mécanique à remontage automatique AL-530. Parée d’un cadran noir avec une petite seconde, cette nouvelle Alpiner Heritage Carrée Automatic Edition Europe restitue l’esprit Art Déco de son inspiratrice originelle : une boîte rectangulaire minimaliste, une minuterie «sector dial» typique des années 1930 accompagnées d’aiguilles dauphines et du logo Alpina d’origine.
Comment s’organise la collaboration entre la Suisse et le Japon au quotidien?
Elle est très étroite. Nous travaillons main dans la main avec Citizen au Japon et La Joux-Perret en Suisse. Nous échangeons sur les mouvements, les technologies solaires, la recherche en matériaux. Le but n’est pas de fusionner mais de mutualiser l’intelligence et les ressources. Chacun garde son identité, tout en profitant de la force du groupe. C’est cette combinaison – stabilité japonaise et créativité suisse – qui fait notre succès actuel.
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- Présentée à la Dubai Watch Week, cette Highlife Chronograph Automatic associe la signature de Bamford avec l’expertise de Frederique Constant. La pièce offre une boîte en titane cristallisé, des contrastes appuyés et une lisibilité optimale.
En conclusion, comment définiriez-vous la phase actuelle que traverse le groupe?
C’est une période de maturité et d’expansion maîtrisée. Nous avons trouvé notre équilibre entre indépendance et synergie. Les marchés changent, les coûts augmentent, mais nos parts de marché évoluent positivement. Frederique Constant et Alpina avancent solidement, portées par une vision claire: être les marques suisses les plus accessibles, crédibles et désirables de leur segment.
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- Alpina et les hôtes du podcast horloger The Real Time Show s’unissent pour proposer une édition très spéciale de la Seastrong Diver Extreme Automatic. Leur travail s’est concentré sur le cadran et bouscule les codes de la collection Seastrong - nouvelles couleurs, nouveau cadran, nouveaux index. Même le logo d’Alpina à 12 heures a été revu tandis que le réhaut disparaissait, le tout d’une grande lisibilité.


