ondée à Neuchâtel en 2004 et reconnue dès ses débuts pour ses complications audacieuses et son langage radical, Hautlence a vécu une forme de paradoxe ces dernières années: l’exubérence historique de ses créations se poursuivait, mais au lieu de transformer l’essai, elle se faisait plus discrète qu’à ses débuts fracassants dans l’horlogerie disruptive des années 2000.
Il faut dire que cette période favorisait au contraire une esthétique épurée, vintage et néo-classique. Une séquence beaucoup plus profitable à la «grande soeur» de Hautlence au sein de la holding MELB de la famille Meylan, H. Moser & Cie, qui a connu une progression stratosphérique ces dernières années (elle vient d’ailleurs d’annoncer l’ouverture d’une toute nouvelle et ambitieuse manufacture de 6’000 m2 à Schaffhouse pour 2028, le «Moser Ship»).
Désormais elle aussi installée à Schaffouse pour bénéficier de l’infrastructure du groupe, Hautlence entend bien retrouver la pleine lumière, sous la double impulsion de Cédric Joos, qui en a repris les rênes après plusieurs années chez H. Moser & Cie dans le développement de la stratégie de vente directe, et de Guillaume Tetu, son cofondateur et animateur histotrique, revenu veiller sur son «bébé» en tant que président-consultant, tout en gardant la gestion de ses nombreuses activités indépendantes dans l’industrie horlogère depuis le canton de Neuchâtel.
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- Cédric Joos, directeur de Hautlence (à gauche), avec Guillaume Tetu, cofondateur et président.
De plus, la marque a mis en place un comité directeur dédié, composé des principaux membres de la direction de H. Moser & Cie: Edouard Meylan, Bertrand Meylan, Nicholas Hofmann et Maurizio Tallero. Ce comité chargé de l’orientation et de la supervision stratégiques encouragera les synergies entre Hautlence et sa marque sœur, afin de favoriser la croissance et l’innovation.
«Avec le leadership dynamique de Cédric et l’approche visionnaire de Guillaume, nous sommes certains que la marque poursuivra sa destinée en tant que pionnière de l’horlogerie indépendante», a souligné Edouard Meylan à cette occasion. La marque avant-gardiste, dont le nom est l’anagramme de Neuchâtel et qui a développé neuf calibres propriétaires depuis ses débuts pour animer ses affichages singuliers, entre ainsi dans une nouvelle ère. Cédric Joos nous partage sa vision pour Hautlence: intégration au sein de l’écosystème Moser, produits repensés, communication modernisée, distribution clarifiée et ambitions créatives renouvelées.
Europa Star: Vous êtes arrivé chez Hautlence après plusieurs années chez &. Moser & Cie. Sur quelle stratégie se fonde votre nomination?
Cédric Joos: Hautlence est une marque qui s’était peut-être un peu endormie, en particulier sur le plan de la communication. Le potentiel était là, immense, mais le «pourquoi» n’était plus suffisamment clair. Le retour de Guillaume Tetu comme président et consultant a été déterminant. Il m’a présenté les projets en gestation et nous avons travaillé ensemble à restructurer une vision à cinq ans, en revenant aux racines neuchâteloises tout en assumant un futur très contemporain.
Où avez-vous commencé?
Par la communication et par l’image. Nous avons profondément revu notre présence en ligne, notre manière de raconter la marque, d’utiliser les images. Aujourd’hui, Hautlence est beaucoup plus active, plus lisible, plus incarnée. Nous avons aussi clarifié notre discours: il ne s’agit pas d’un «on/off», mais d’un vrai changement de cap.
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- Célébrant le pilote motoycliste de légende, la Linear Giacomo Agostini multiplie les références à l’univers de la vitesse. À gauche du cadran, l’échelle graduée rappelle les instruments de précision d’un tableau de bord. La complication signature de Hautlence, l’heure sautante linéaire rétrograde, prend ici des airs de chrono de paddock. À 6 heures, le tourbillon volant tourne comme une roue lancée à pleine vitesse, protégé par son pont squelettisé rouge. Derrière ce ballet mécanique se cache le calibre D50, conçu et assemblé en interne, avec module développé par Agenhor: 239 composants, 3 Hertz, 72 heures d’autonomie.
Vous assumez plus ouvertement le lien avec H. Moser & Cie.
Totalement. C’est même un facteur de confiance pour les clients et les détaillants. Guillaume Tetu a lancé la première vidéo, puis Edouard Meylan a expliqué le rachat de la marque. Nous avons choisi de donner la parole aux fondateurs, de parler de leur vie, de leurs choix, de ce qui les a conduits à créer des montres aussi différentes. Cela change tout. Le storytelling devient plus beau, plus humain, plus intéressant à écouter. Nous assumons aussi les synergies: réseau de détaillants, filiale MELB aux États-Unis. Cela apporte une crédibilité et une stabilité dont Hautlence avait besoin.
Sur le plan produit, quelles sont les priorités actuelles?
Le focus s’est d’abord porté sur le boîtier. Nous avons redimensionné la boîte en titane: en 2024, nous étions sur du 37 x 43,5 mm avec cornes; aujourd’hui, nous proposons des dimensions équivalentes mais avec bracelet intégré. Il faut comprendre qu’en 2020, lors du déménagement à Schaffhouse, l’adoption de mouvements de base Moser a entraîné des boîtiers plus imposants. Nous travaillons désormais en parallèle avec des calibres Moser et des calibres Hautlence.
Vous évoquez aussi des développements plus complexes à venir.
Ou, notamment sur la complication Linear. Le groupe est co-propriétaire d’Agenhor et une nouvelle collection avec une complication Agenhor est prévue en 2026 Nous bénéficions également du savoir-faire de Precision Engineering dans l’échappement, ainsi que de la signature de Marcus Heilinger, le designer de la Streamliner de H. Moser & Cie. C’est une force de frappe créative exceptionnelle.
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- La Sphere Série 3 est une variation de la sculpture mécanique la plus hypnotique de Hautlence. Le boîtier en titane, plus compact, dessine des contours nets, assumés, comme taillés dans la matière brute. La sphère qui lui donne son nom, logée sur la gauche du cadran, tourne sur trois axes de rotation, révélant les heures à travers un ballet orchestré par quatre engrenages coniques qui évoluent autour de deux axes croisés inclinés à 21 degrés.
Jusqu’à présent, Hautlence était très axée sur les séries limitées. Cela évolue-t-il aussi?
Absolument. Historiquement, nous étions sur des éditions limitées à 28 pièces. Désormais, nous lançons notre première collection non limitée, à partir de 33’000 CHF. La vision est aussi culturelle: nous voulons entrer davantage dans le monde de l’art, dialoguer avec des galeries, être présents à Art Basel.
La Sphere semble occuper une place particulière dans cette relance.
C’est sans doute la montre la plus importante de ces six derniers mois. Nous l’avons relancée dans de nouvelles dimensions. C’est aussi un exercice qui nous aide à repenser les collections futures, avec un retour possible à des versions plus classiques, comme les premières Hautlence en or blanc. Aujourd’hui, nous travaillons uniquement en titane et en acier.
Qu’en est-il de la distribution, notamment vis-à-vis de H. Moser & Cie?
Il faut être extrêmement attentif. Nous avons vu par le passé des cas où l’on pouvait utiliser une marque pour obtenir l’autre. Ce genre de situation n’est pas sain. Cela dit, Moser a établi une vraie confiance avec les détaillants, et cela nous aide. Le dialogue est rouvert avec plusieurs détaillants.
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- Présentées lors des Geneva Watch Days, la Vagabonde Tourbillon Série 4 et la Vagabonde Tourbillon Série 5 associent l’affichage des heures vagabondes à un tourbillon volant. La chorégraphie des heures se déploie au-dessus des cadrans structurés en trois dimensions, enchâssés dans le boîtier rectangulaire emblématique de Hautlence.
Quels sont vos objectifs en termes de volumes?
Jusqu’à présent, Hautlence produisait environ 150 pièces par an, toutes en séries limitées. L’objectif pour 2026 est d’atteindre 250 pièces, avec une offre plus cohérente et plus lisible.
En résumé, quelle est aujourd’hui la clé du renouveau de Hautlence?
Le bon produit, au bon moment, avec le bon discours. Hautlence se différencie par des complications avant-gardistes, mais aussi par une créativité nourrie par un écosystème unique. Nous ne cherchons pas à plaire à tout le monde, mais à être justes, cohérents et sincères dans tout ce que nous proposons.


