31 ans, Cyril Metzger appartient à une nouvelle génération de comédiens suisses. Des artistes qui ont grandi dans un pays davantage connu pour ses exportations de montres que d’œuvres cinématographiques, mais qui refusent de considérer les frontières comme une fatalité.
Révélé auprès de réalisateurs comme Audrey Diwan et Sandrine Kiberlain, puis en pleine lumière avec le premier rôle de la série Winter Palace en 2024 – la toute première coproduction suisse avec Netflix – le Fribourgeois partage aujourd’hui son temps entre cinéma et théâtre. Cet été, il était également à l’affiche du Festival d’Avignon, où il poursuivait sa collaboration avec le metteur en scène Julien Gosselin dans une adaptation de Roberto Bolaño, tout en accompagnant la tournée de Fête des Mères.
Ancêtre horloger
Depuis peu, il est aussi «Friend of the Brand» de Hublot. Un partenariat qui dépasse le simple exercice de communication: derrière la carrière d’acteur de Cyril Metzger se cache un véritable passionné d’horlogerie, nourri autant par son histoire familiale que par une curiosité insatiable pour la mécanique contemporaine. Comme il le dit lui-même lorsque nous le recevons à l’arcade Europa Star en Vieille Ville de Genève, «en Suisse, l’horlogerie fait partie de notre ADN. Le métier d’acteur, beaucoup moins.» Lui mène ces deux passions de front.
Celle de l’horlogerie vient de son arrière-grand-père, Louis Perrier, horloger à Saint-Croix. De cette lignée familiale, il conserve deux montres qui l’ont guidé dans sa passion: la montre de poche que son aïeul a réalisé comme modèle de fin de diplôme en 1912. Et une Patek Philippe Calatrava qui lui a été offerte après trente ans de service dans la manufacture genevoise.
«La montre de poche de mon arrière-grand-père était restée plus d’un siècle dans son écrin. Un jour, je l’ai remontée doucement... et elle est repartie. J’en ai encore des frissons.» Depuis, ce qui était initialement une simple curiosité familiale est devenue une passion. L’acteur se nourrit d’informations, de podcasts sur l’horlogerie. Il découvre l’horlogerie indépendante, sa collection personnelle s’étoffe progressivement.
Plus qu’une opération d’image avec Hublot, cette collaboration repose ainsi sur un intérêt réel. «Si je participe à un événement avec des collectionneurs, je peux tenir la conversation. On ne m’a pas choisi pour mes réseaux sociaux, mais parce que je suis réellement passionné.» Lorsqu’il évoque la manufacture de Nyon, Cyril Metzger insiste immédiatement sur un paradoxe: «Hublot possède deux visages. Beaucoup ne voient d’abord que le côté spectaculaire. Puis on visite les ateliers et on découvre une véritable culture de l’innovation.»
Il cite volontiers les recherches sur les nouveaux matériaux, la maîtrise de la céramique ou encore les mouvements de manufacture. Surtout, il assume pleinement le caractère clivant de la marque. «Hublot doit rester controversée. C’est presque son identité. Hate it or love it.» Une philosophie dans laquelle il se reconnaît un peu: «Être acteur en Suisse, c’est aussi accepter d’être un peu différent, un peu le problem child…»
Formation à la dure
Son propre parcours est tout sauf linéaire. Adolescent, il pratique d’abord… le rugby à haut niveau. Le théâtre arrive presque par accident. Enfant dyslexique, il éprouve de grandes difficultés avec la lecture. Ses enseignants lui proposent alors la scène comme outil pédagogique. «Entre ma tête et ma bouche, il y avait un décalage. Je ne savais pratiquement pas lire. Alors j’apprenais tout à l’oreille.»
Le Petit Nicolas, les films de Disney, les sketchs de Coluche deviennent sa méthode d’apprentissage. Cette mémoire auditive exceptionnelle lui restera. Après une blessure qui met fin à ses ambitions sportives, il revient vers le théâtre à 17 ans. Un professeur qui croit en lui l’encourage à tenter les concours des grandes écoles françaises.
Résultat: il est admis dans plusieurs établissements. «Je n’avais quasiment jamais vu d’acteur suisse dans ces écoles. Mais si on voulait vraiment exercer ce métier, il fallait accepter de partir.» Il rejoint l’École du Nord à Lille, sous la direction de Christophe Rauck. Trois années qu’il décrit comme exigeantes, parfois rudes. «C’était une école à l’ancienne. Ce type de formation ne passerait peut-être plus aujourd’hui. Mais elle m’a forgé.»
Les élèves travaillent dans des conditions spartiates, sans téléphone portable, vivant plusieurs semaines entièrement consacrées au plateau. Mais – particulièrement dans le monde de la comédie – le diplôme ne fait pas une carrière. «Ensuite, il y a les rencontres, les relations... et surtout la chance. Le plus important est d’être prêt lorsqu’elle se présente.»
Premiers films et entrée remarquée
Elle se présente vite. À peine diplômé, les opportunités arrivent sous la forme de deux castings réussis presque simultanément. Le premier pour l’actrice et réalisatrice Sandrine Kiberlain. Le second pour Audrey Diwan, pour un rôle dans L’Événement, futur Lion d’Or à Venise en 2021. L’agenda est démentiel: «Le jour je tournais avec Sandrine Kiberlain, la nuit avec Audrey Diwan.» Mais ces films le mettent sur les radars, y compris en Suisse.
C’est le réalisateur suisse Pierre Monnard qui le repère et lui offre alors son premier grand rôle helvétique avec Hors Saison, suivi de Les Indociles. Une relation de confiance se noue et il lui offrira le premier rôle dans Winter Palace. La série, coproduite par la RTS et Netflix, constitue l’une des plus ambitieuses productions télévisuelles jamais réalisées en Suisse.
Son personnage, André Morel, jeune hôtelier visionnaire dont l’histoire est en partie inspirée du Valaisan César Ritz, est la figure centrale de ce film d’époque, qui réunit un casting international. Un self-made-man polyglotte et volubile qui entend déplacer des montagnes pour ouvrir le segment de l’hôtellerie de luxe en montagne, alors que les obstacles s’amoncellent sur son chemin. «La pression était immense. Chaque journée représentait des centaines de milliers de francs de budget. Quand on est premier rôle, il faut tenir psychologiquement pendant soixante-dix jours.» On tourne en hiver, dans la neige, et on ne peut pas multiplier les prises…
Plus encore peut-être que les conditions de tournage, c’est le sentiment de légitimité qui constitue son principal défi – si jeune dans un rôle si conséquent dans l’histoire du cinéma suisse: «J’avais parfois le syndrome de l’imposteur. Finalement, cette série m’a surtout changé moi.» Il en retire une confiance nouvelle dans sa capacité à gérer la pression, à apprendre rapidement les textes et porter un projet d’envergure.
Fidélité au théâtre
Contrairement à de nombreux acteurs qui privilégient progressivement le cinéma, Cyril Metzger tient à préserver un équilibre avec la scène. «Je m’oblige à faire les deux. Le théâtre reste l’art de la répétition.»
Cette fidélité à la scène l’a conduit cette année au Festival d’Avignon, où il retrouvait le metteur en scène français Julien Gosselin autour de l’univers de Roberto Bolaño avec Maldoror, tout en poursuivant la tournée de Fête des Mères. Pour lui, cette alternance nourrit directement son travail devant la caméra.
Lorsqu’on l’interroge sur sa manière de préparer un rôle, il ne se positionne pas sur une méthode de type actor’s studio. «Je ne suis pas dans une logique où je deviens complètement mon personnage.» Lui préfère modifier son rythme de parole, son énergie ou son apparence plutôt que chercher une immersion totale.
Avec André Morel dans Winter Palace, certaines ressemblances existaient cependant déjà. On ne peut s’empêcher d’y penser en le rencontrant, avec son énergie solaire et communicative! Mais après ce rôle, il choisit volontairement de changer de registre. Il incarnera progressivement des personnages plus sombres dans plusieurs nouvelles séries. Une manière de ne pas se laisser enfermer dans un rôle.
Et à quand, justement, un rôle dans le monde de l’horlogerie? Il existe en réalité peu de films s’étant emparé de ce thème (on peut citer récemment le film suisse Unrueh de Cyril Schäublin, lire notre article à ce sujet ici). Les grands personnages de l’industrie horlogère ont vécu des épopées dignes de celle de César Ritz. Espérons que Netflix s’y intéressera un jour!
Cyril Metzger ferait un formidable premier rôle. Et il maîtrise déjà son sujet…


