Relancer une marque horlogère


Le souffle retrouvé de Breva

janvier 2026


Le souffle retrouvé de Breva

Relancer une marque n’est jamais un simple retour. C’est un pari. C’est précisément ce que signent Julien Haenny et Gabriella Sinicco en redonnant vie à Breva, maison née en 2010 sur les rives du lac de Côme et qui avait marqué les esprits avec son concept d’intégrer à une montre mécanique des instruments de mesure atmosphériques. Tout en gardant une identité de Haute Horlogerie, ses repreneurs lui ont donné un nouveau visage d’une suprême élégance, moins expérimental mais toujours singulier.

L

a première vie de Breva commence en 2010 avec un jeune entrepreneur français, fasciné par la possibilité d’«apprivoiser» les éléments naturels à travers une montre. De cette vision naît Breva, nom emprunté au vent chaud et puissant qui traverse le lac de Côme.

Dès son premier modèle, la Genie 01, la marque frappe fort: baromètre, altimètre, réserve de marche, près de 1’000 composants développés en partenariat avec Jean-François Mojon et Chronode.

L’ensemble constitue une prouesse technique, mais aussi un but très ambitieux: trois complications inédites, un prix avoisinant les 150’000 francs, des investissements lourds et une complexité industrielle qui allait finir par mettre la marque en sommeil en 2015.

La renaissance: Segreto di Lario

Dix ans plus tard, en 2025, Breva renaissait officiellement à l’occasion du salon Time to Watches. Le fil conducteur est clair: revenir à l’ADN, celui des instruments de mesure, mais l’associer cette fois à une élégance italienne inspirée du lac de Côme.

La Segreto di Lario, présentée ici en or rose avec cadran bleu, a signalé le retour de Breva sur la scène horlogère au printemps 2025. Les aiguilles croisées, signature stylistique et technique de la marque, assurent la double indication de la réserve de marche avec une double échelle de temps rétrograde.
La Segreto di Lario, présentée ici en or rose avec cadran bleu, a signalé le retour de Breva sur la scène horlogère au printemps 2025. Les aiguilles croisées, signature stylistique et technique de la marque, assurent la double indication de la réserve de marche avec une double échelle de temps rétrograde.

Le premier modèle de cette nouvelle ère, Segreto di Lario («les secrets du lac» en italien), joue sur l’imaginaire du voyage et du luxe discret. Son design évoque les anciens instruments scientifiques où les aiguilles se croisaient comme dans un duel, rappelant les outils des explorateurs d’antan plus que les codes horlogers traditionnels.

Pour ce premier modèle, un mouvement à double barillet disposant d'une réserve de marche exceptionnelle de 7 jours a été créé par Jean-François Mojon et la manufacture Chronode.
Pour ce premier modèle, un mouvement à double barillet disposant d’une réserve de marche exceptionnelle de 7 jours a été créé par Jean-François Mojon et la manufacture Chronode.

Le mouvement spécifique à double barillet, développé de nouveau avec Chronode et Jean-François Mojon, anime la triple indication rétrograde – heures, secondes et réserve de marche sur 7 jours. A la manière d’un tableau de bord, la double jauge de la réserve de marche met en parallèle l’énergie disponible avec deux niveaux de précision. La première aiguille indique l’état de la réserve de marche sur la longue durée (6 jours), puis la deuxième aiguille prend le relais pour les 24 dernières heures afin de donner une précision plus détaillée de la consommation de l’énergie restante.

La pièce, d’un diamètre de 41 mm avec une épaisseur de 11.10 mm et une étanchéité à 50 mètres, a d’abord été lancée en or rose avec cadran bleu «Serenade Blue» au prix de 58’000 francs, avant de se décliner en titane dans deux versions de cadran - «Slate Grey» au gris intense et lunaire ou «Sunset» aux reflets de soleil couchant - à 46’000 francs. La finition est d’un niveau remarquable, avec des détails subtils tels que des aiguilles finement biseautées réalisées avec le concours de GMG, des cadrans signés Cadranor, des boîtes AB Concept, des bracelets fabriqués en Italie par Cinturini, ou encore des apports créatifs de Fabrice Gonet.

Julien Haenny
Julien Haenny

L’ensemble traduit cette classe italienne dans le détail revendiquée par la marque, où la précision technique se conjugue avec une esthétique inspirée du lac, de ses villas, de ses bateaux Riva et de son atmosphère d’exclusivité.

Une stratégie d’exclusivité maîtrisée

La production reste volontairement restreinte - entre 50 et 100 pièces pour cette première année avec comme objectif environ 300 pièces d’ici 2030 - mais sans tomber dans le piège des éditions limitées artificielles. Le lancement a d’abord été effectué en direct avec les collectionneurs pour les modèles en or rose, puis la distribution s’est ouverte à l’international. L’Asie a répondu présente avec un agent dédié, David Keel, et de premiers ancrages à Bangkok et aux Philippines. Le Japon a accueilli un nouveau distributeur, le Benelux un agent basé à Amsterdam. Le Moyen-Orient et les États-Unis ont suivi.

La Segreto di Lario a depuis lors été déclinée dans deux versions à boîtier en titane, dont ce modèle au cadran «Slate Grey».
La Segreto di Lario a depuis lors été déclinée dans deux versions à boîtier en titane, dont ce modèle au cadran «Slate Grey».

Le souffle retrouvé de Breva

Ce développement s’est accompagné d’un important travail de terrain, avec de multiples dîners de collectionneurs et des rencontres privées qui permettent de créer un cercle fidèle et engagé. L’engouement rencontré lors du lancement a poussé Julien Haenny et Gabriella Sinicco à accélérer le calendrier: ce qui n’était encore que des projets sur papier a rapidement pris corps pour devenir une véritable collection, portée par une stratégie commerciale structurée.

Un nouvel imaginaire

Segreto di Lario ne se limite pas à un exercice mécanique. Comme l’exprime sa complication singulière de réserve de marche, elle évoque le sentiment particulier des dernières vingt-quatre heures passées au bord du lac de Côme, ce moment où l’on n’a pas envie de partir, où le temps semble suspendu.

Cette poésie, qui fait écho à la mélancolie du voyage, se superpose à la précision scientifique des complications atmosphériques. Breva se présente désormais comme une maison genevoise au souffle italien, assumant un imaginaire de luxe exclusif où l’élégance est aussi importante que la performance technique.

Les terminaisons s'inscrivent dans le respect de la grande tradition horlogère suisse: Côtes de Genève, satinage circulaire, chanfreins polis.
Les terminaisons s’inscrivent dans le respect de la grande tradition horlogère suisse: Côtes de Genève, satinage circulaire, chanfreins polis.

La nouvelle vie de Breva n’est pas une simple répétition de la première. Elle se veut plus réaliste dans ses ambitions industrielles, mais reste fidèle à son identité originelle: mesurer le monde naturel à travers l’horlogerie mécanique. Grâce à la complémentarité de Julien Haenny et Gabriella Sinicco, au soutien de partenaires solides comme Chronode et à une stratégie de distribution internationale cohérente, le vent chaud du lac de Côme se lève à nouveau.

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