out débute en 1826 lorsque Julien Gallet fonde «Gallet & Co., fabricant d’horlogerie» à La Chaux-de-Fonds, en Suisse. Il s’agit au départ d’une entreprise de négoce de montres (de poche, bien évidemment) qui exportait de nombreuses marques à l’étranger. C’est peut-être de là que lui vient cette aura de montres d’explorateurs. Il fallait en effet un certain goût de l’aventure pour parcourir le monde à cette époque.
Dès 1856, le fondateur visionnaire ouvre une succursale à New York. Ceci marqua le début de l’expansion de Gallet aux Etats-Unis, nourrie par l’appétit du marché américain pour les chronographes (déjà!). Celle-ci se poursuivit avec les nombreux voyages de Léon-Louis Gallet, un des fils du fondateur, qui y développa une large clientèle.
Le petit-fils, Jules Racine, apporta sa pierre à l’édifice en créant en 1890 Jules Racine & Co à New York, seul importateur/distributeur des montres Gallet en Amérique. Il dirigea l’entreprise pendant 45 ans. À cette époque, l’entreprise distribuait de nombreuses marques, animées par autant de calibres différents (dont Breitling ou Minerva) mais mettant déjà les chronographes à l’honneur. Au début du 20ème siècle, un virage important se dessine.
Le goût de l’exploration
Le petit-fils de Julien Gallet n’était pas seulement un entrepreneur qui a ouvert des nouveaux marchés, mais aussi un véritable aventurier. Alpiniste chevronné, il a escaladé de nombreuses voies alpines suisses et contribué aux premiers guides d’exploration. Un chemin porte d’ailleurs encore son nom dans les Alpes bernoises: le Galletgrat, qui serpente jusqu’au sommet du Dolderhorn à 3’638 mètres d’altitude.
La marque Gallet s’est aussi distinguée par sa participation, en 1903, au premier vol des frères Wright, chronométré (à 59 secondes) par la désormais célèbre stopwatch Gallet «The Sun».
Dès 1876, Gallet avait pris des parts dans la Société Suisse d’Horlogerie, pour s’assurer de la fournitures de calibres de qualité pour ses montres. À la mort de Léon-Louis Gallet en 1898, une partie de sa fortune est léguée à la ville de La Chaux-de-Fonds, ce qui servira notamment à créer en 1902 le Musée International d’Horlogerie, marquant la volonté de l’horloger de transmettre cette passion qui l’anime.
L’une de ses autres volontés, celle de pouvoir sécuriser ses approvisionnements en mouvements de qualité, se concrétise aussi, à travers Electa. Issue de la Société d’Horlogerie de Genève, cette entreprise est spécialisée dans les montres chronographes et à répétitions. Transférée à la Chaux-de-Fonds en 1902, elle devient la Société d’horlogerie Electa. Elle est reprise en 1907 par Gallet et change de nom pour «Gallet & Co., Fabrique d’horlogerie Electa».
La marque se dote ainsi de sa propre manufacture. Les montres et les calibres se multiplient – on estime à 100’000 unités la production annuelle de Gallet à cette époque – et la reconnaissance internationale grandit, avec notamment le Grand prix de chronométrie obtenu à l’Exposition nationale suisse de Berne en 1914.
Dans les années 1920 et 1930, Gallet devient l’un des plus grands importateurs de chronomètres aux Etats-Unis. Le développement rapide de l’aviation et de l’automobile contribue à l’essor de la marque et la pousse à l’innovation technique.
Dès 1936, Gallet introduit un modèle qui sera le premier d’une collection emblématique: le Multichron Régulateur. Son design mettant en avant les mesures de temps plus que la lecture de l’heure en font immédiatement un outil de référence pour toutes les professions nécessitant un calcul précis: aviateurs, coureurs automobiles, opérateurs radio, techniciens de laboratoires, voire… chef d’orchestre.
En 1938, Gallet dévoile le Multichron Clamshell, l’un des premiers chronographes étanches, qui marque l’avènement des modèles phares de la marque et assoit sa réputation de montres pour aventuriers. Comme un clin d’œil de l’histoire tourné vers le futur, Breitling utilisa à cette époque cette innovation étanche. Dès lors, Gallet se positionne comme une des alternatives notables pour les chronographes.
Plus discrète qu’Omega, Heuer ou Rolex, elle n’en est pas moins digne d’intérêt, comme le souligne Tomas Rosputinsky, collectionneur de la marque de longue date: «J’ai été impressionné par la variété, la créativité et la fonctionnalité des modèles Gallet chronographes. Les calibres Excelsior Park sont fascinants. La marque offre un héritage impressionnant, une qualité irréprochable. Son potentiel est énorme.»
Les modèles iconiques
Après la Multichron et ses échelles tachymétriques et télémétriques, un autre modèle va marquer l’histoire de la marque et du chronographe: la Gallet Flying Officer, qui introduit pour la première fois un calculateur de fuseaux horaires lisible par la lunette rotative – une innovation encore présente aujourd’hui sur de nombreux chronographes.
Le plus célèbre exemplaire est certainement celui qui fut offert en 1939 par son staff au sénateur Harry Truman (qui deviendra président en 1945) et qu’il qualifia de «montre la plus élaborée qu’il ait jamais vue».
De nombreuses itérations de la Multichron suivent alors. La Multichron Commander, lancée en 1940 par Gallet, avec son mouvement de forme ovale JB42 signale le début de la collaboration étroite entre la marque et le fabricant de mouvement Jeanneret-Brehm & Cie (qui deviendra Excelsior Park par la suite), même si d’autres calibres seront également utilisés dans une moindre mesure (Landeron, Valjoux ou Venus). Cette collection fut l’un des grands succès de Gallet pendant près de 40 ans.
Vint ensuite, en 1945, la Multichron Navigator, sorte de boussole horlogère qui se distinguait par une petite aiguille rouge centrale supplémentaire indiquant le Nord, un compteur 24 heures périphérique et une deuxième couronne à 9 heures pour régler précisément la seconde. La montre a été créée pour les troupes parachutistes pour synchroniser efficacement leur largage. Soit encore une montre d’aventuriers.
En 1952, des versions encore plus complexes avec calendrier ou phase de lune sont introduites, les Multichron Calendar & Astronomic, pour les voyageurs du ciel. Suivront la Multichron Yachting en 1961 et les Multichron 12 Pilot en 1969. Dans les années 1960, un modèle de plongeuse apparaît, la Multichron Sub produite par Gallet sous le nom Galco. Puis, en 1973, arrive la Gallet Excel-O-Graph et sa lunette pivotante, la montre ultime d’aventurier, dont l’inspiration n’est pas sans rappeler une autre icône de l’époque, la Breitling Navitimer. Gallet démontre ainsi sa vocation à être un outil du ciel, de la mer, de l’automobile, bref, de tous les terrains d’expédition.
Le futur
Gallet et ses chronographes étaient donc incontournables dans l’horlogerie suisse, en particulier aux Etats-Unis, jusqu’à la fin des années 1970. Les difficultés liées à l’arrivée du quartz vont voir la marque quitter le giron de la famille Gallet en 1994, avec sa reprise par la famille Neresheimer en 1996. La marque demeure ensuite dormante jusqu’à son rachat par Breitling en 2025.
Son réveil, cette année, coïncide avec la célébration de son 200ème anniversaire et laisse augurer de belles réinterprétations des nombreux modèles emblématiques de la marque. Gallet bénéficiera de l’expertise de Breitling pour sa production, tel un sceau de garantie. La marque sera distribuée au sein des boutiques Breitling, lui offrant ainsi un réseau dédié et international.
Tous les éléments semblent donc réunis pour une renaissance réussie, fidèle au riche passé de la maison, résolument tournée vers l’aventure et le fameux «wanderlust» exprimé par sa nouvelle direction. Comme le formule Tomas Rosputinsky: « Je suis convaincu que Gallet va nous offrir une compétition intéressante dans les chronographes d’entrée de gamme. Je suis curieux de voir la réponse du marché à une interprétation rajeunie de la marque. En tout cas, je suis ravi que Gallet soit de retour et puisse à nouveau rivaliser avec les meilleurs sur de nombreux fronts.» Time will tell.
ENCADRÉ
La renaissance de Gallet en 2026
La marque a été relancée durant les Geneva Watch Days 2026, à l’occasion de son bicentenaire. Quatre grandes collections sont introduites, fidèles à l’esprit du Wanderlust, à cette envie d’exploration. Quatre familles de montre-outils abordables, robustes, inspirées du passé et mises au goût du jour: la Flying Officer, la Multichron Pilot, la Multichron Sport et les Gallet Classics, des éditions hommages spéciales pour le bicentenaire. Toutes les collections sont assemblées dans la manufacture Breitling, gage de qualité. Elles se distinguent par leur grande variété de bracelets interchangeables.
Les trois premières nouvelles collections proposent chacune une version trois aiguilles et une version chronographe animées respectivement par des calibres Sellita SW200 et SW510 éprouvés. Elles se positionnent à CHF 2’500 et CHF 3’900, soit dans le segment d’entrée de gamme au sein de la structure House of Brands, qui regroupe Gallet, Breitling et Universal Genève. La collection hommage embarque quant à elle le calibre chronographe manufacture Breitling B09 et est disponible au prix de CHF 5’900 pour un chronographe certifié COSC.
Gallet bénéficiera du réseau de distribution Breitling, puisque 180 boutiques de la marque à travers le monde disposent désormais d’un «corner Gallet». Une relance qui montre que House of Brands se veut ambitieuse sur tous les niveaux de gamme de l’horlogerie moderne et complète les marques existantes de l’ensemble, notamment auprès d’une nouvelle génération de clients.


