#Résilience


Une nouvelle page horlogère à écrire

CHRONIQUES DU CORONAVIRUS

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avril 2020


Une nouvelle page horlogère à écrire

Une page se tourne avec la rupture définitive entre Baselworld et ses exposants les plus fidèles. La recomposition en train de se dessiner autour d’un seul événement à Genève est l’épilogue d’une rivalité horlogère historique entre les deux cités. Sous l’impact de la crise pandémique, l’«union des forces» qui se dessine dans la ville au bout du lac marque une inversion de la tendance qui voyait les horlogers faire toujours plus cavalier seul. Dans l’intérêt de la branche, il est temps de faire naître une communauté horlogère globale unie.

N

écessité fait loi, en horlogerie comme ailleurs. On peut analyser les bouleversements survenus sous le prisme de l’actualité immédiate: le désaccord sur le remboursement de l’annulation de Baselworld en raison de la pandémie a conduit à la rupture définitive entre le salon et ses principaux exposants. Mais le séisme est bien plus important: il marque symboliquement la fin d’une certaine ère.

La parenthèse dorée des années 2005-2015, la montée en gamme de l’horlogerie suisse, la polarisation croissante entre vainqueurs et perdants de la mondialisation, la révolution numérique qui conduit à une maîtrise de la communication directe par les marques: autant de raisons à ce désaccord final, autant de bouleversements qui changent la manière dont la planète horlogère tourne.

Cette planète n’est plus tant une industrie qu’une «culture», embryonnaire, en formation, qui demande pour se développer une coordination des forces en présence. Il est temps de passer d’une réflexion par marque à une réflexion par «écosystème». Sans un écosystème sain, aucune marque ne pourra se développer, hors sol.

Cette planète n’est plus tant une industrie qu’une «culture», embryonnaire, en formation, qui demande pour se développer une coordination des forces en présence.

En cela, le choix des plus grandes marques de l’horlogerie de se réunir de concert autour d’un rendez-vous annuel a au moins le mérite de clore un débat douloureux, qui «pourrissait» par ses incertitudes le royaume horloger. Même si, attachés que nous sommes au rendez-vous bâlois, nous pleurons l’événement centenaire. La décision a été prise.

Il faut maintenant préparer l’avenir. Quelle place sera accordée aux indépendants, aux non-Suisses, aux bigarrés, aux génies de l’horlogerie et non du marketing? Combien accèderont à Palexpo? Tout est en construction, tout est en négociation. Il y a fort à parier qu’au-delà du rendez-vous officiel, la scène alternative horlogère sera vive à Genève l’an prochain. Qui, le premier, saura mettre en place le salon des «autres» qui, forcément, fera écho à l’événement officiel?

Comme dans toute transition, on hésite entre larme de tristesse et larme de joie. On pleure ceux qui sont tombés et qui tomberont encore. Mais un champ d’exploration nouveau s’ouvre, qui, espérons-le, apaisera les âmes tourmentées d’un monde qui oscille en permanence entre nostalgie et résilience.

Image de couverture: Profil du modèle HM6 de MB&F

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