a riche histoire de Certina est encore sous-estimée – comme l’illustrent d’ailleurs les archives Europa Star à l’image de ces magnifiques modèles féminins des années 1950 (voir plus bas). En prenant les commandes de la marque, Dieter Pachner a vu juste: il a consacré une partie de ses premières semaines – et même quelques week-ends – à explorer les archives de la marque.
Il y a naturellement retrouvé ce qui constitue depuis longtemps le socle de la marque: une horlogerie robuste, à toute épreuve, nourrie par une véritable culture de l’innovation technique. Le fameux «DS Concept», introduit en 1959 pour renforcer la résistance aux chocs et l’étanchéité des montres, en est la meilleure illustration. Les plongeuses PH apparues dans les années 1960 prolongeront cette philosophie sous l’eau et contribueront durablement à façonner l’identité de Certina.
Près de sept décennies plus tard, cette histoire trouve une expression spectaculaire avec la DS Super PH2000M. Étanche à 2’000 mètres – deux fois la résistance atteinte par la DS-2 Super PH1000M de 1970 –, cette imposante plongeuse en titane a recours à la nouvelle génération du système maison, baptisée «DS Concept Extreme Shock Resistance». Mouvement Powermatic 80, spiral Nivachron™, valve à hélium, lunette en céramique et construction pensée pour les conditions extrêmes: la nouveauté concentre les attributs sur lesquels Certina entend continuer à bâtir sa légitimité.
Mais le chantier de Dieter Pachner dépasse largement le lancement de ce modèle. Le nouveau CEO veut aussi rendre l’offre plus lisible, rationaliser les collections et déterminer quels éléments du riche patrimoine de Certina pourraient être réinterprétés. Sans renier un positionnement abordable qui reste l’une des forces de la maison en ayant majoritairement recours à des mouvements quartz, il envisage également de développer davantage son expression mécanique et technique.
Surtout, l’ambition est internationale: historiquement très forte dans certains marchés européens, notamment en Scandinavie, Certina doit désormais transformer cette assise en une présence plus globale. Une évolution qui, reconnaît-il, prendra du temps – et passera autant par les produits que par une identité de marque plus immédiatement reconnaissable. Notre entretien.
Europa Star: Avant de rejoindre Certina, pouvez-vous revenir sur votre parcours et nous expliquer ce qui vous a conduit à la tête de la marque?
Dieter Pachner: J’ai effectué toute ma carrière dans l’industrie horlogère. J’ai d’abord eu l’opportunité de rejoindre Swatch, où j’ai passé plusieurs années. J’ai ensuite poursuivi mon parcours à d’autres postes dans l’industrie, ce qui m’a permis de découvrir différentes marques, différents marchés et différents pays, dont l’Allemagne chez Glashütte Original (il en a été Vice President Sales de 2008 à 2025, ndlr). Au fil des années, j’ai ainsi pu aborder l’horlogerie sous plusieurs angles, du produit à la gestion de marque en passant par les marchés internationaux. Puis s’est présentée l’opportunité de rejoindre Certina et de relever ce nouveau défi.
Lorsque vous êtes arrivé, que connaissiez-vous déjà de la marque? Avez-vous eu des surprises en vous plongeant dans son histoire?
Il y a effectivement eu quelques surprises. Bien sûr, je connaissais déjà la marque et certains aspects de son histoire avant de la rejoindre. Mais lorsque vous commencez véritablement à explorer les archives, vous réalisez toute leur richesse.
Durant mes premières semaines, et même pendant certains de mes premiers week-ends, j’ai passé beaucoup de temps à parcourir les archives et à examiner les produits historiques. J’ai fait énormément de découvertes. Certina possède un patrimoine fantastique, notamment en matière d’innovations techniques.
Le concept DS, par exemple, et plus largement l’accent mis sur la robustesse, constituent des éléments extrêmement importants de l’histoire de la marque. En creusant davantage, on réalise à quel point Certina a développé, au fil des décennies, des produits et des solutions techniques intéressants.
Certina occupait autrefois une position quelque peu différente dans la pyramide horlogère. Comment envisagez-vous aujourd’hui son positionnement? Selon vous, la marque doit-elle monter légèrement en gamme – à l’image de l’industrie?
Le positionnement est évidemment un sujet majeur. Mais nous devons en même temps veiller à ce que Certina reste forte dans un segment où les clients apprécient la marque et comprennent la valeur qu’elle propose.
Nous allons certainement continuer à travailler avec les collections et les mouvements existants, mais il pourrait également y avoir des opportunités d’introduire d’autres produits, à différents niveaux de prix. Le positionnement général restera cohérent, même si la manière dont nous structurons et présentons notre offre pourra évoluer.
Des lignes comme DS Action occupent aujourd’hui une place très importante dans l’identité de Certina. Souhaitez-vous maintenir cette prééminence ou donner davantage d’espace à d’autres collections?
Je pense que nous devons rationaliser la collection. Aujourd’hui, notre offre est assez large et nous ne pouvons pas communiquer avec la même intensité sur chacun de nos produits. Nous devons donc examiner attentivement l’ensemble de la collection et déterminer où nous voulons concentrer nos efforts.
Cela demande du temps. Il faut comprendre les produits existants, étudier les archives, mais également réfléchir aux besoins futurs des différents marchés. L’objectif est d’aboutir à une collection plus claire et plus concentrée.
Cela pourrait-il aussi signifier davantage de montres mécaniques ou de complications à l’avenir?
Bien sûr. Personnellement, j’aime beaucoup les caractéristiques techniques et les complications. Elles peuvent contribuer à rendre un produit plus intéressant, plus technique et plus distinctif.
Mais cela doit avoir du sens pour la marque et pour la collection. L’un de nos grands avantages réside précisément dans les archives de Certina. On y trouve de merveilleux éléments et solutions techniques historiques qui pourraient potentiellement être réinterprétés de manière contemporaine. C’est certainement une piste qui mérite d’être explorée.
Historiquement, Certina est particulièrement forte sur certains marchés, notamment en Scandinavie et plus largement en Europe. L’un de vos défis consiste-t-il désormais à en faire une marque véritablement mondiale?
Oui, je pense que c’est important. Certina possède une longue histoire et bénéficie d’une forte reconnaissance sur certains marchés. Mais si l’on veut construire une marque véritablement globale, il faut regarder au-delà des territoires où elle est déjà bien établie.
Certina a les atouts pour devenir une marque véritablement globale. Nous avons une excellente équipe et je pense qu’il existe une réelle opportunité de renforcer la communication et la présence internationale de Certina.
Certina, une histoire de fiabilité et d’aventure
L’histoire de Certina commence en 1888 à Granges, en Suisse, lorsque les frères Adolf et Alfred Kurth fondent leur atelier horloger. À ses débuts, l’entreprise est une petite affaire familiale qui ne compte que trois employés.
Avant de devenir Certina, la maison commercialise notamment ses montres sous le nom de Grana. En 1939, la marque adopte le nom Certina, inspiré du latin «certus», qui évoque ce qui est sûr, certain et fiable. Un nom qui résume parfaitement la philosophie que la maison va développer au fil des décennies. Cette recherche de fiabilité prend une nouvelle dimension en 1959 avec l’apparition du concept DS – Double Sécurité.
Son principe est aussi ingénieux qu’efficace: le mouvement n’est pas seulement protégé par la boîte de la montre. Un joint élastique de type O-Ring lui permet également d’absorber les chocs. On peut comparer le système à la suspension d’une voiture: plutôt que de transmettre directement l’impact au mécanisme, une partie de l’énergie est absorbée. Cette double protection devient rapidement une signature de Certina. Dans les années 1960, les modèles DS, puis DS-2, incarnent cette réputation de robustesse.
En 1960, des montres Certina accompagnent une expédition dans l’Himalaya, confrontées au froid, à l’altitude et à des conditions particulièrement exigeantes. En 1965, c’est sous l’eau que la technologie est mise à l’épreuve, lors d’une expérience menée avec des plongeurs de l’US Navy. Ces expéditions participent à construire l’identité de Certina: une montre fiable doit pouvoir accompagner son propriétaire partout, de la haute montagne aux profondeurs marines.
En 2022, Certina fait évoluer une nouvelle fois le concept avec une génération moderne du système DS, conçue pour offrir une résistance aux chocs pouvant atteindre 10’000 G.
Cette culture de la performance se retrouve aujourd’hui dans les engagements sportifs de Certina. Dans le cadre du partenariat du Swatch Group avec la FIS, la marque est notamment associée au ski de fond, un univers où endurance, précision et chronométrage sont essentiels, en lien avec l’expertise de Swiss Timing.
Certina s’est également tournée vers de nouveaux sports en devenant l’une des premières marques horlogères à investir dans le padel, discipline en plein développement.
L’engagement de Certina dépasse enfin le monde du sport. La marque entretient un lien particulier avec l’univers marin, prolongé aujourd’hui par son partenariat avec la Sea Turtle Conservancy, organisation consacrée à la protection des tortues marines et de leurs habitats.


