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Europa Star

ASIE: CARNET DE VOYAGE

janvier 2018


ASIE: CARNET DE VOYAGE

Que se passe-t-il en Extrême-Orient? Europa Star a investigué pendant plus d’un mois sur place, entre Chine et Japon, pour dresser un portrait de la situation horlogère dans ce qui reste le plus gros marché actuel et potentiel de l’industrie horlogère de luxe. Des sous-traitants aux spécialistes du vintage, tous s’expriment sur une situation de transition cruciale pour l’avenir de l’horlogerie.

Q

u’on le veuille ou non, il n’y aura pas de deuxième Chine pour entraîner une nouvelle décennie dorée... en revanche, la «nouvelle Chine» de Xi Jinping est en marche! Dégageons les grandes tendances du moment, via la parole des acteurs sur place.

L’Extrême-Orient est aujourd’hui le plus gros producteur et le plus gros consommateur de montres sur notre planète. Et il en sera ainsi pour très longtemps encore, malgré la chute brutale des ventes à Hong Kong constatée ces dernières années. Ce n’est pas juste affaire de reprise, qui est en cours avec l’absorption des stocks massifs. Il n’y aura tout simplement pas de «nouvelle Chine», au sens d’une autre grande puissance émergente, géant démographique ouvert au commerce international et friand de montres. Ni l’Inde ni le Brésil ne prendront le relais. Le Far East restera un Fat East pour les horlogers...

C’est sans doute controversé de le formuler de cette manière, mais il y a une forme d’«obsession fétichiste» autour de l’acheteur de montres chinois dans l’industrie horlogère. Obsession nourrie par les chiffres – rappelons que le duo Hong Kong-Chine représente aujourd’hui un débouché d’environ 4 milliards de francs pour les montres suisses, contre 1,5 milliard en 2000, sans compter les nombreux achats de Chinois dans d’autres pays. «Obsession» nourrie aussi par l’obsession des Chinois eux-mêmes pour l’horlogerie, la montre comme objet, ainsi que nous le rappelons dans les pages qui suivent.

Le reportage que nous avons réalisé en Extrême-Orient nous a permis de tirer plusieurs constats qui affecteront fortement tout l’écosystème horloger global, de la production de montres entrée de gamme qui ornent la plupart des poignets du monde à la consommation de garde-temps de luxe qui s’exhibent sur ceux de quelques privilégiés.

Commençons par ces derniers, justement. Nous l’avons montré dans un récent dossier: les classes moyennes chinoises comptent autant que les plus aisés pour l’avenir de l’horlogerie suisse. D’autant que les collectionneurs – c’est un fait qui ne se limite pas à la Chine – ont tendance à se reporter de plus en plus sur les ventes aux enchères, échappant à l’emprise des marques. Nous sommes allés voir les maisons Phillips, Sotheby’s et Poly Auction pour mieux cerner le phénomène.

ASIE: CARNET DE VOYAGE

Ces ventes aux enchères qui affichent record sur record sont l’arbre qui cache la forêt, celle de la vente en ligne. Comment trouver le meilleur équilibre pour les marques entre le physique et le virtuel? Cette problématique concerne directement les assembleurs de montres de Shenzhen, cette «usine du monde» horlogère que nous sommes allés visiter. Puisque le carnet de commandes est en baisse, un certain nombre d’entre eux, qui œuvraient jusque là dans les coulisses horlogères, ont décidé de lancer leurs propres marques pour capter des communautés d’aficionados en ligne avec des montres à bon prix proposés dans un univers digital soigné, dans la veine de ce qu’a fait un Daniel Wellington. Connaissez-vous les marques Perry Ellis, Grayton ou encore Avi-8? Toutes, lancées par ceux qui se contentaient jusqu’alors de la sous-traitance entre Shenzhen et Hong Kong, veulent séduire les plus jeunes génération. Préparez-vous à une explosion de l’offre dans le segment entrée de gamme.

Mais derrière ces nouveaux noms, c’est toute la chaîne de production qui est en train d’être revue, avec des temps de réaction beaucoup plus rapides pour éviter ce qui a été la plaie de l’industrie ces trois dernières années: l’accumulation de stocks, par conséquent la baisse des liquidités, jusqu’à la banqueroute sur un marché en mutation très rapide...

Enfin, nous ne pouvions pas réaliser ce reportage en Extrême-Orient sans nous rendre au Japon, chez les trois grands horlogers du pays, Casio, Seiko et Citizen. Chacun à sa manière, ils affichent un nouvel objectif: la montée en gamme, via les modèles premium de Grand Seiko, G-Shock, ou les rachats d’horlogers en ce qui concerne Citizen. Les 35 ans de la G-Shock, une icône qui a changé le visage de l’industrie et converti cent millions de jeunes à la montre, font d’ailleurs la Une de notre cahier Time.Keeper.

Naviguez donc à votre guise entre nos deux cahiers et surtout bonne lecture!

UN CARNET DE VOYAGE ET UNE SÉRIE DE REPORTAGES À SUIVRE SUR EUROPASTAR.CH
  • Fierté chinoise retrouvée
  • Shenzhen: les grandes mutations de l’«usine du monde» horlogère
  • Qui sont les vrais géants de la montre chinoise?
  • Gagner ses lettres de noblesse horlogères
  • Asie: la transition vers la montre vintage
  • La mesure du temps dans la Chine impériale
  • Japon: de la technologie au luxe
  • A la rencontre des indépendants japonais
  • Dufour, le maître en son empire
  • Notes de voyage sur le marché horloger japonais

Laurent Baillet, photographe. Né en 1978, Laurent Baillet travaille entre Paris et Berlin. Il est notamment l’auteur de la série très remarquée réalisée avec l’artiste chinois Liu Bolin, surnommé l’homme invisible pour sa propension à se fondre littéralement dans le paysage. Les photographies de ce numéro font partie d’une série nommée Mass Culture.

Mon rapport au temps «L’un des aspects de mon travail, dans la série Mass Culture, est l’utilisation de temps d’exposition très longs. Grace à l’utilisation de filtres réduisant la luminosité, je peux ainsi faire des photos aux temps de pose allant de quelques secondes à plusieurs minutes (au lieu de la fraction de seconde habituelle). Ainsi chaque photographie est le résumé en une seule image de tout ce qu’il s’est passé pendant cette durée. Je trouve ce rapport au temps intéressant, car il nous donne une toute autre perception de la réalité. Les foules de mégapoles asiatiques se transforment alors en un flot en mouvement alors que les « décors » figés restent immobiles. En capturant ces rues, leurs symboles gelés dans un instant temporel, on prend la mesure de la place laissée à l’individu dans un système marqué par une excessive standardisation.» Laurent Baillet