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Génération «explosée»



Génération «explosée»
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nquête intéressante que celle menée récemment par Manpower auprès de 19’000 jeunes nés entre 1982 et 1996, dans 25 pays. Elle dresse le portrait des aspirations d’une génération drastiquement différente de la précédente, qui était marquée paradoxalement par la révolution des mœurs de 1968 et ses idéaux et par la révolution des «années fric» qui ont suivi. La génération Y, elle, semble aborder l’argent et la carrière avec un rapport plus décomplexé. Paradoxalement, son absence de mauvaise conscience l’amène à tenter de concrétiser inconsciemment les idéaux abandonnés des aînés. Elle se façonne et évolue dans le paradoxe d’un individualisme et d’une résistance à l’autorité qui n’a jamais été aussi forte, fruit de l’«explosion sociale», et les tentatives de reconstruction de liens et de racines à l’heure de «l’explosion digitale».

On observe les résultats tangibles de ces tentatives de conciliation dans l’étude Manpower: ainsi, acquérir des compétences individuelles (73%) est plus important aux yeux des personnes sondées que de gagner en compétences managériales (27%). Parvenir au sommet d’une entreprise ne tente guère que 5% d’entre eux, qui préfèrent, au fond, être «leur propre patron, sans que rien ne leur soit imposé»... Manpower recommande d’ailleurs aux employeurs d’être ouverts à des «modes de travail alternatifs».

Quelles conséquences dans ces attitudes pour l’industrie horlogère? Evaluons-en deux. En tant que professionnels, les membres de la génération Y sont avides de tenter l’aventure entrepreneuriale ou de créer leur propre autonomie au sein d’une entreprise – tout en ne s’isolant pas. Pas un hasard si un leader «sensationnel» (dynamique et riche mais pas arrogant) comme Jean-Claude Biver, ou une aventure entrepreneuriale comme MB&F et son charismatique fondateur Max Büsser sont sans doute les deux figures les plus en vue de notre industrie, chacun dans son registre touchant des cordes sensibles de la génération Y.

En tant qu’acheteurs ensuite, les membres de la génération Y partent pour ainsi dire «dans tous les sens», ce qui explique, parmi les conséquences de la vaste «explosion» de tous les cadres connus et maîtrisés jusqu’ici, que l’industrie horlogère semble déboussolée (et ce n’est pas fini). Naviguant entre l’authenticité de la boutique de proximité et la facilité de la digitalisation, ils sont pétris de paradoxes, qui les torturent tout autant que ceux qui tentent de les séduire.

C’est le lot d’une période de mutation technologique, sociale et économique d’une rapidité sans doute jamais vue dans l’histoire de l’humanité, au sein duquel les membres de la génération Y jouent à la fois le rôle de bourreaux et de victimes. Coincés entre leur aînés qui ont entamé le processus d’«explosion» et les futurs digital natives qui en seront les récipiendaires... La vie est devenue un long fleuve, mais définitivement pas tranquille.