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Tremblement de terre à Bâle

CARNET D’ÉTÉ

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juillet 2018


Tremblement de terre à Bâle

Nick Hayek a annoncé ce jour que le Swatch Group se retirait de Baselworld 2019. Un tremblement de terre. Baselworld s’en remettra-t-elle?

R

ien à voir avec le grand tremblement de terre qui, en 1356, détruisit une grande partie de Bâle et fit 300 morts, mais la secousse est néanmoins rude.

Dimanche 29 juillet, Nick Hayek a déclaré dans les colonnes du très sérieux NZZ Am Sonntag que le Swatch Group se retirait de l’édition 2019 de Baselworld. Soit non seulement 18 marques d’un coup en moins, parmi lesquelles Omega, Tissot, Longines, Breguet... pour ne citer que les plus importantes, mais aussi un soudain immense espace vierge qui s’ouvre au coeur de la Foire, dans la Halle 1 qui était déjà en pleine et complexe reconfiguration.

Rude intronisation pour Michel Loris-Melikoff, qui inaugurait ce 1er juillet ses nouvelles fonctions à la tête de Baselworld et qui venait d’annoncer un grand chambardement sous la forme d’un regroupement de toute l’horlogerie dans la Halle 1 et la fermeture de la Halle 2.

On avait souri lors de la conférence de presse initiale de Baselworld cette année, quand les responsables, René Kamm en tête, avaient présenté l’hémorragie des exposants - 650 en moins - comme «un choix stratégique». La réalité était tout autre.

Certes, internet est passé par là et a tout bouleversé en permettant aux marques de tisser avec leurs clients et leurs réseaux de distribution - de plus en plus intégrés - des contacts directs, sans intermédiaire. Mais c’est faire peu de cas de l’arrogance des responsables de Baselworld dictant leurs conditions sans appel, de leur cupidité et de leur immobilisme.

En se payant - ou plus exactement en faisant payer aux marques - un nouveau bâtiment de prestige réalisé par les archistars Herzog et de Meuron, pour la somme de 430 millions de francs, ils ont pensé qu’améliorer l’écrin était suffisant pour répondre aux nouvelles et pressantes attentes. Erreur fatale.

Certes, internet est passé par là et a tout bouleversé. Mais c’est faire peu de cas de l’arrogance des responsables de Baselworld dictant leurs conditions sans appel, de leur cupidité et de leur immobilisme.

Tremblement de terre à Bâle
Un bâtiment à l’avenir brouillé

«Aujourd’hui, tout est devenu plus transparent, plus rapide et plus spontané. Les foires horlogères traditionnelles ne nous sont donc plus utiles», a expliqué Nick Hayek à la NZZ, pointant le doigt sur la plaie.

Alors que le SIHH - qui, soit-dit en passant, n’a aucunement vocation à remplacer la fonction «universelle» de Baselworld - a su se transformer touche à touche, notamment en mettant en avant les créateurs indépendants dans son Carré des Horlogers, en offrant conférences, débats, expositions et relais internet direct dans le monde entier, Baselworld a joué au Monopoly en ne se focalisant que sur l’aménagement urbain de ses couloirs. Et encore, sans véritable diplomatie, même envers les «grandes puissances», tel le Swatch Group.

Le 8 juillet, Baselworld a présenté son nouveau concept. «Malheureusement, nous avons tous été confrontés une fois de plus au fait accompli, critique Nick Hayek. Le nouveau concept a été envoyé dans le monde entier à l’insu des principaux acteurs de Baselworld, sans consultation ni discussion critique avec les exposants.»

Même son de cloche de la part de Rolf Studer, co-responsable de la marque horlogère Oris. «On n’a jamais été sollicité au sujet du nouveau concept. Il a été élaboré sans consultation avec les exposants», affirme-t-il.

«Malheureusement, nous avons tous été confrontés une fois de plus au fait accompli», critique Nick Hayek.

Tremblement de terre à Bâle

Nostalgie du souk

Cette décision sera-t-elle fatale à Baselworld? Que vont décider à leur tour les autres poids lourds, à commencer par les marques historiques Patek Philippe et Rolex, et Chopard, et les marques du groupe LVMH? Se contenteront-ils d’un Baselworld devenu Baseldorf? Ou seront-ils enclins à organiser - si besoin - leur propre salon privé? On pense à l’exemple du Movado Group qui réunit désormais son réseau dans une station de ski.

Que vont décider à leur tour les autres poids lourds? Se contenteront-ils d’un Baselworld devenu Baseldorf? Ou seront-ils enclins à organiser - si besoin - leur propre salon privé?

L’avenir le dira.

Mais permettez-moi de regretter d’ores et déjà le côté «souk» de Baselworld. Dans les stands et les couloirs, on pouvait rencontrer de tout, du chef d’oeuvre à la montre à deux dollars. Et cette universalité, cette représentativité de l’ensemble de la branche, petits et grands au coude à coude, va nous manquer fortement. L’arrogance est mauvaise conseillère et, au bout du compte, elle finit toujours par se retourner contre celui qui la pratique.

La vraie «plus-value» de Bâle était là, dans cette confrontation de tous les mondes de l’horlogerie. C’est uniquement en se frottant les uns aux autres que naissent les étincelles. Et au bout du compte, le «souk» va manquer à tous.

Tremblement de terre à Bâle
A relire, notre article à propos de la conférence de presse inaugurale de Baselworld 2018