histoire débute le 17 février 1926 lorsque la veuve de Philippe Hüther, négociant et fabricant d’horlogerie, dépose la marque «The Tudor» pour le compte de la maison d’horlogerie Hans Wilsdorf. Le nom choisi se réfère à la dynastie royale britannique des 15ème et 16ème siècles pour évoquer la force et la grâce. L’idée de robustesse et de pérennité fait donc partie intégrante de la marque dès sa création. La volonté initiale de Hans Wildorf, qui a fondé l’ADN de Tudor, était de créer «la meilleure montre possible pour le meilleur prix possible».
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- Hans Wilsdorf, fondateur de Rolex et Tudor
Dès les années 1930, les premières montres Tudor sont distribuées dans le monde, souvent en parallèle aux montres Rolex. À fonctions égales, leur prix est habituellement de moitié à un tiers moins cher. Ce positionnement de montres plus abordables — avec le même package technique que sa grande soeur Rolex — restera pour définir la marque. Fiabilité en environnement humide ou dans la poussière grâce à la boîte Oyster (dès les années 1940), remontage automatique avec le rotor Perpetual (dès les années 1950) et ergonomie au poignet sont les marques de fabrique qui définissent la montre-outil abordable par excellence. Les bases sont plantées. L’histoire peut s’écrire.
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- Rolex Oyster, Marconi et Tudor dans cette archive Europa Star de 1946, à destination du marché sud-américain.
- ©Archives Europa Star
Les débuts
Dès la fin des années 1920, les montres Tudor, destinées aussi bien aux femmes qu’aux hommes, se déclinent en formes rectangulaires très Art Déco, caractéristiques de l’époque, mais aussi tonneaux et rondes. En 1936, la marque Tudor intègre pleinement la structure Rolex et deviendra une entité séparée, «Montres Tudor S.A», le 6 mars 1946 pour assoir son identité propre.
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- La lettre confirmant le dépôt de la marque Tudor par la société H. Wilsdorf en 1926.
À cette époque, tout, de la conception technique, fonctionnelle et esthétique à la distribution et au service après-vente, est garanti par Rolex. Hans Wilsdorf déclare déjà en ces temps: «L’objectif de Tudor est de fabriquer une montre que nos concessionnaires puissent vendre à un prix plus bas que nos montres Rolex et qui soit digne de la même confiance traditionnelle.» C’est véritablement à partir du lancement en 1952 de l’Oyster Prince (avec boîtier Oyster et remontage perpétuel) que Tudor établit son identité de montre-outil robuste et fiable en toutes circonstances qui définit son ADN encore aujourd’hui.
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- Le modèle Tudor Oyster Prince pour la British North Greenland Expedition
La British North Greenland Expedition - deux ans dans les conditions extrêmes du Groenland - marque le point de départ de cette identité de montre à toutes épreuves. Une série de publicités mythiques s’étalant sur les années 1950 soumet l’Oyster Prince de Tudor aux épreuves les plus dures pour révéler sa robustesse et sa fiabilité chronométrique: 252 heures dans des mines de charbon où l’excavation est manuelle, 30 heures au poignet en utilisant un marteau-piqueur, trois mois portée par un tailleur de pierre, un mois portée dans des opérations de rivetage de poutres métalliques dans la construction de bâtiments, ou encore au poignet d’un pilote de courses de motos pendant 1’000 miles (Genève-Monaco -Genève par les routes de montagnes!).
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- Parmi les «épreuves» auxquelles furent soumises l’Oyster Prince de Tudor, le rally transalpin à moto Monaco International Trophy fut l’une des plus mythiques (campagne des années 1950).
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- Autre épreuve: celle au poignet des riveteurs des gratte-ciels...
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- ...ou encore trois mois au poignet de tailleurs de pierre au marteau et au burin.
La légende Tudor s’écrit dans les conditions les plus rudes. Elle s’inscrira toujours dans une optique de fonctionnalité, de résistance, de fiabilité, et se différencie en cela de son illustre aînée Rolex, dont l’image statutaire a rapidement pris le pas sur l’aspect de montre-outil, ce qui redéfinit son ADN.
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- Dans cette même campagne, Tudor montre aussi sa résistance aux vibrations d’un marteau-piqueur.
Les modèles emblématiques
Après l’Oyster Prince, Tudor lance en 1954 sa version plongeuse, la Tudor Oyster Prince Submariner référence 7922. Le modèle accompagnera rapidement les professionnels de la plongée et accentuera ainsi son aura de fiabilité. Il équipera d’ailleurs l’US Navy et la Marine Nationale française, gage de sa fiabilité.
Avec ses 37 mm de diamètre, cette montre était la plus grande référence chez Tudor à l’époque (les temps ont bien changé!). La dernière référence du modèle, qui apparaît en 1995, la 79190, mesure 39 mm. Cette montres, comme d’autres générations de Submariner, ont jeté les bases des collections Pelagos et Black Bay, les lignes les plus connues de la marque de nos jours, qui ont été introduites en 2012.
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- L’Oyster Prince Submariner, ref. 7924, de 1958.
La mention Submariner disparaîtra définitivement du catalogue de Tudor (et des cadrans) en 1999 pour éviter les confusions avec son aînée de la maison à la couronne. Les collections garderont en revanche l’aiguille emblématique «snowflake» caractéristique de la maison.
En 1957 sort la Tudor Advisor, référence 7926, montre-réveil qui sera produite jusqu’en 1977. La même année la maison lance l’Oysterthin, montre la plus plate de la marque avec ses 6 mm d’épaisseur. Produite jusqu’en 1963, elle reste la montre Tudor étanche la plus plate de son histoire.
Dans les années 1960, une nouvelle montre voit le jour: la Tudor Ranger, référence 7995/0, conçue pour les expéditions terrestres. Ses origines remontent à 1929, lorsque Hans Wilsdorf fait enregistrer le nom «Ranger». Celui-ci ne désigne pas encore un modèle spécifique mais associe déjà la notion aventurière à la marque.
C’est au cours des années 1960 que l’esthétique de la ligne Ranger - toujours d’actualité - se matérialisera avec ses grands chiffres arabes luminescents à 3, 6, 9 et 12 heures, ainsi que ses aiguilles caractéristiques. Elle sera produite jusqu’en 1988, puis rééditée en 2014 en «Héritage Ranger», qui restera au catalogue jusqu’en 2020. C’est aujourd’hui encore l’une des principales lignes de la maison Tudor et ce d’autant plus depuis la dernière édition de la Dubai Watch Week, au cours de laquelle la ligne a été étendue avec une taille et un cadran supplémentaires.
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- Test de la Tudor Oyster Prince Submariner avec la Marine Nationale Française.
Les chronographes
Dès 1970, Tudor introduit son premier chronographe à remontage manuel: l’Oysterdate, référence 7301/0. Ce modèle se différencie immédiatement par ses index pentagonaux et ses couleurs vives, son boîtier de 39 mm (grand pour l’époque) aux lignes anguleuses et ses cornes caractéristiques.
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- L’Oysterdate Chrono ref. 7033 (1970)
La deuxième série apparaît dès 1971: l’Oysterdate dite «Montecarlo». Elle sera produite jusqu’en 1977. L’année 1976 correspond au lancement de la troisième famille de chronographes Tudor, surnommée «Big Block», «Automatic Chrono Time» ou encore «Chrono Time» par le monde de la collection horlogère. Elle introduit une importante innovation: un mouvement chronographe mécanique à remontage automatique. En 1989, les références 79100 sont introduites au catalogue en remplacement des 9400 avec de légers changements esthétiques.
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- L’Oysterdate Chrono ref. 7149 (1971)
Le boîtier et la couronne sont toujours signés Rolex, mais le bracelet porte désormais un logo Tudor sur son fermoir. En 1995, la seconde série de chronographes automatiques Prince Oysterdate 79200 introduit de nombreuses améliorations esthétiques et techniques telles qu’un boîtier retravaillé et affiné ou une glace saphir inrayable. À partir de 1998, un bracelet en acier à cinq maillons équipe les chronographes. Il est signé Tudor et le bracelet Oyster est progressivement abandonné. La référence à Rolex disparaît aussi sur les cadrans, qui arborent alors fièrement la signature «Prince Date».
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- La Prince Oysterdate Chrono, ref. 9430 (1976)
Les mouvements chez Tudor
Initialement, les montres Tudor sont équipées de mouvements tiers réputés pour leur fiabilité et leur robustesse. La marque explique: «Une grande variété de mouvements a été utilisée selon les époques, mais on peut citer, par exemple, le calibre automatique, dit à butées, AS 1250 ou encore le calibre Tudor 59, sur une base de calibre FHF 30 de la Fabrique d’Horlogerie Fontainemelon.» Ainsi, la célèbre Oyster Prince de 1952 était équipée du calibre Fleurier 390, une adaptation avec rotor dédiée à Tudor du calibre à remontage manuel Fleurier 350 de la Fabrique d’Ebauches Fleurier.
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- La Prince Oysterdate Ranger II, ref. 9111 (1973)
Tudor utilise ensuite de nombreux fournisseurs différents. La Ranger de 1969 embarque un ETA 2824/2. L’Oysterdate de 1970 est animée par un Calibre mécanique Valjoux 7734 à remontage manuel et mécanisme de chronographe à came développant une réserve de marche de 45 heures. La deuxième série de chronographe 7100 optera pour un Valjoux 234 avec embrayage et roue à colonnes. Il sera remplacé en 1976 par le légendaire Valjoux 7750 qui entrainera l’apparition d’un troisième sous-compteur pour les heures, le basculement des compteurs sur la gauche du cadran et le déplacement du guichet de date à 3h.
Ce calibre restera le moteur des chronographes Tudor jusqu’en 2015, se parant du décor bouchonné spécifique à Tudor, de gravures et même de dorage. Dans le même temps, les références directes à Rolex disparaissent progressivement des boîtiers, couronnes et bracelets. Montres Tudor S.A. s’émancipe complètement… et c’est logiquement que le pas final vers la manufacture intégrée s’opère.
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- La Tudor Black Bay, ref. 79220R (2012)
Tudor devient manufacture
Jusqu’en 2014, 100% des calibres des montres Tudor proviennent de tiers. Mais dès 2010, la marque se lance dans la création de sa propre capacité industrielle de production de mouvements mécaniques. Le résultat est présenté à la foire de Bâle en 2015 et équipe une North Flag et une Pelagos. En 2016, l’entreprise Kenissi est créée pour le développement et la production des calibres propres Tudor. Elle s’ouvre aussi aux marques tierces.
Dès 2017, un partenariat se met en place avec Breitling qui vend ses calibres chronographes à Tudor et achète ses mouvements trois aiguilles à Kenissi. En 2018, un nouveau palier est franchi avec l’entrée de Chanel au capital de Kenissi, à hauteur de 20%, et l’entreprise fournit désormais les calibres de la célèbre J12. Elle alimente aussi d’autres marques telles que Norqain, Fortis, Ultramarine et même TAG Heuer pendant quelque temps. Aujourd’hui, seules les collections 1926 et Royal de Tudor ne sont pas équipées de mouvements manufacture. La marque continue d’utiliser pour ces dernières des calibres Sellita aux spécifications Tudor.
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- La Tudor North Flag, premier modèle avec un calibre Kenissi, introduite à Baselworld en 2015.
Forte de son outil industriel propre et de son expertise dans la montre-outil, Tudor passe aussi au niveau supérieur pour sa chronométrie. Depuis 2015, toutes les montres Tudor équipées de calibre propres sont certifiées COSC et depuis 2021, c’est la fameuse et exigeante certification Master Chronometer par METAS qui signe certains de ses mouvements (et cadrans). La marque perpétue et accentue ainsi sa philosophie initiale de la fiabilité et de la robustesse qui fait de la montre la star.
Au chapitre des nouveautés attendues, la présentation en 2023 pour Only Watch du premier prototype de chronographe avec calibre manufacture — le Chronographe Prince One, aux accents résolument «Big Block» — laisse présager de la naissance prochaine de la première série de chronographes avec mouvement propre chez Tudor. La sphère des collectionneurs frémit déjà…
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- Tudor Prince Chronograph One, prototype réalisé en pièce unique pour Only Watch en 2023, introduisant le tout premier mouvement chronographe in-house de la marque.
Evolution du logo
Pour compléter l’histoire centenaire de la marque, une vision de l’évolution du logo est aussi intéressante. De 1926 à 1936, le logo était simplement le nom «Tudor» avec une barre horizontale allongée, protectrice des autres lettres.
À partir de 1936, la rose de la dynastie Tudor apparaît et s’insère dans un bouclier - des références respectives à la précision gracieuse du mouvement et à la robustesse de la boîte (Oyster) dans une union symbiotique.
Le bouclier est abandonné autour de 1947 pour laisser la place à la rose seule pour souligner l’élégance de la marque et accentuer le prestige de la dynastie Tudor.
Mais l’ADN de montre-outil reprend finalement le dessus dès 1969 avec l’orientation vers des montres techniques. Le bouclier, symbole de robustesse, de protection et de fiabilité, remplace définitivement la rose, entérinant ainsi son caractère essentiel.
Travail sur l’image
Dans notre monde horloger où l’image est aussi importante que le produit lui-même, Tudor a aussi su s’adapter pour apporter plus de visibilité à la marque. Une stratégie d’ambassadeurs à forte notoriété est mise en place. David Beckham s’associe à Tudor dès 2017 et porte encore des montres Tudor aujourd’hui, comme lors du Grand Prix F1 du Qatar en décembre 2025. Le partenariat avec l’équipe mythique de rugby des All Blacks et le championnat du monde de rugby se prolonge également.
Depuis 2022, Tudor est aussi présent dans le cyclisme - avec l’équipe Tudor, anciennement Swiss Racing Academy - et le nautisme comme partenaire de l’équipe Tudor Team Alinghi. Une image résolument sportive, axée sur la performance et la fiabilité. Mais, du propre aveu de la marque, «la star reste toujours le produit pour nous. Notre obligation est de perpétuer notre héritage de montre-outil, de haute qualité au meilleur prix possible.» Il est indéniable que dans le segment couvert par les montres Tudor, entre 2’000 et 6’000 CHF, le rapport qualité-prix est souvent cité parmi les meilleurs du marché.
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- En partenariat avec Bucherer, Tudor a ouvert sa nouvelle boutique au cœur de Genève, sur la place Longemalle, en ce début d’année 2026.
Aujourd’hui, la marque est distribuée dans 1’600 points de vente à travers le monde, dont 240 boutiques dédiées, mais opérées par des détaillants partenaires (et non en propriété). La distribution est donc intégralement «wholesale», contrairement à ce que l’on peut parfois entendre. Un modèle qui reflète aussi une philosophie sociale propre à la Maison Tudor. Une certaine sérénité dans ce modèle induite aussi par la confiance dans l’outil de production industriel et par la profondeur des relations tant avec les partenaires que les employés. L’appartenance de la marque à la Fondation Hans Wilsdorf, qui efface toute pression d’actionnaires, n’y est pas étrangère.
Coté chiffres de production, les évaluations évoquent au moins 160’000 montres en 2024 pour 360 millions de francs suisses de chiffre d’affaires. Même si la marque ne communique pas officiellement, il semblerait que cela soit bien en-deça de la réalité. Avec la célébration discrète de son premier centenaire, Tudor entame l’écriture du chapitre suivant avec la sérénité et l’humilité qui la caractérisent.


