ongtemps, le métal favori de l’horlogerie fut l’or. En particulier pour les montres à gousset, qui, par leur taille et leur poids, révélaient rapidement le niveau économique et culturel de leur propriétaire.
Avec l’avènement des montres-bracelets, la montre a revêtu un rôle utilitaire plus important pour lequel le recours à la matière noble n’était plus une obligation. La recherche de nouveaux matériaux s’est alors réellement développée.
Les buts poursuivis sont multiples. Les principaux sont la résistance aux chocs, aux rayures, à la corrosion et aux variations de températures, la légèreté, l’anti-magnétisme, la précision. Quel a été le cheminement de l’industrie? Quelles marques se sont distinguées?
Les buts poursuivis sont multiples. Les principaux sont la résistance aux chocs, aux rayures, à la corrosion et aux variations de températures, la légèreté, l’anti-magnétisme, la précision.
L’acier roi
L’acier fut retenu en premier lieu pour sa robustesse et son coût abordable par rapport à l’or. Mais son explosion n’arriva que dans les années 1970 avec l’introduction de la Royal Oak et son bracelet intégré en 1972, puis de la Nautilus de Patek Philippe en 1976. Ce fut une révolution: la création d’un nouveau segment de marché, le sport-chic.
Paradoxalement, la démocratisation de l’acier se fit grâce à un positionnement... supérieur au prix de l’or. La Royal Oak coutait CHF 3’300 alors qu’une Rolex Submariner valait moins du tiers. L’acier avait en fait réintroduit le concept de rareté. Il créait à nouveau de l’envie. Il semble qu’il en fasse toujours de même aujourd’hui au vu des prix faramineux qu’atteignent certains modèles dans les ventes aux enchères. Nul doute que ces succès retentissants, prémices du renouveau de l’horlogerie mécanique en pleine crise du quartz, aient donné des idées pour la suite.
Des pistes et des caractères
En 1980, Hublot ouvre une nouvelle brèche en associant un bracelet en caoutchouc avec un boîtier en or. Une folie à l’époque, qui provoqua son lot de moqueries et de regards dubitatifs... mais qui commença à dessiner l’ADN fort de la marque de Nyon. Cette dernière n’aura de cesse de développer des matières inédites, comme son Magic Gold en 2011: un or 18 carats inrayable, à la résistance affichée de 1’000 Vickers.
D’autres marques explorent aussi la piste des alliages. En 1986, IWC façonne son QP Da Vinci en zirconium, une céramique haute pression ultra-résistante. La marque plante les bases de sa recherche matériaux qui se poursuit nos jours et a entre autres donné naissance au Ceratanium en 2017, un alliage de céramique et de titane qui affiche une résistance de 1’300 Vickers, loin devant les 290 Vickers du titane grade 5.
De même, TAG Heuer expérimente aussi de nouvelles matières et dévoile en 1998 sa Kirium Ti5. Pour la première fois, une boîte en titane grade 5 est polie miroir. Le cadran se dessine en fibre de carbone et le bracelet en caoutchouc. Une petite révolution.
Les matériaux composites commencent alors à se multiplier, soufflant un vent de haute technologie sur l’horlogerie. Ainsi, Audemars Piguet lance en 2002 sa Royal Oak Concept, première montre en alacrite 602, alliage de cobalt, chrome et tungstène, affichant une résistance de 430 Vickers, bien supérieure aux 250 de l’acier. La montre proposait en prime des ponts et platine en titane, augurant ainsi de nouvelles réflexions sur la matière.
D’autres marques optent pour le carbone, comme Candino avec sa C-F1, appelée la «Carbon Watch», entièrement en fibre de carbone: boîte, cadran et bracelet... mais qui ne fera pas long feu.
Toujours plus loin
La course est lancée. Plus dur, plus résistant aux rayures, plus léger, hypoallergénique, amagnétique, résistant aux variations de températures: les axes d’améliorations ne manquent pas. L’horlogerie puise son inspiration dans l’univers médical, automobile ou aéronautique.
Certains en font même leur marque de fabrique en développant des composites de plus en plus performants. Ainsi, Richard Mille crée en 2005 la première montre en Alusic, une base aluminium et carbure de silicium, la RM009 Felipe Massa. Après ce modèle, la marque s’ingéniera à introduire des composites carbone de plus en plus high-tech, résistants et légers. C’est aujourd’hui l’un de ses signes les plus distinctifs.
Même les indépendants s’y mettent, notamment François-Paul Journe. En 2009, il sort son Chronomètre Bleu en tantale, baptisé le «supplice de Tantale» en référence à la mythologie grecque et à sa difficulté d’usinage (température de fusion à 3’016° et densité de 16,65 kg/ cm3). Le métal offre une résistance parfaite à la corrosion, à l’usure et est parfaitement biocompatible. Il augmente encore l’attrait et la rareté du garde-temps du maître-horloger.
L’horlogerie puise son inspiration dans l’univers médical, automobile ou aéronautique.
De son côté, Panerai lance son BMG (Bulk Metallic Glass) en 2017, un verre métallique alliage de cuivre, d’aluminium, de nickel, de zirconium et de titane, 70% plus résistant que ce dernier seul et offrant l’avantage d’être de plus antimagnétique. La recherche continue de nos jours chez Panerai avec par exemple l’introduction du modèle Submersible eLAB-ID en 2021: une montre composée de 98,6% de matériaux recyclés.
Une autre voie dans la recherche de nouveaux matériaux éco-responsables est en train de se dessiner. Parmi les pionniers figure Swatch Group, qui s’y intéresse depuis longtemps. Dès les années 1990, le groupe horloger avait expérimenté avec des essais de plastique à base de maïs mais la technologie n’avait jamais abouti. Aujourd’hui, un nouveau plastique Swatch est né, bio-sourcé à base d’huile de ricin. Cela démontre que la recherche continue et va encore sans doute s’intensifier.
Les composants aussi
En parallèle à la R&D sur les métaux des boîtiers, celle sur les composants même de la montre a aussi connu une accélération. En premier lieu pour le plus central d’entre eux: le spiral de l’organe réglant. Ulysse Nardin fut le premier à introduire le silicium dès 2001, suivi de près par Patek Philippe, Rolex et Swatch Group.
Récemment, TAG Heuer innove encore avec son spiral en carbone que l’on découvre dans son Calibre Heuer 02T Nanograph Tourbillon en 2019. Nous n’en sommes qu’aux prémices de cette technologie mais ses avantages sont innombrables notamment en matière d’amagnétisme et de résistance aux variations de températures.
Cette quête incessante est en réalité assez récente pour l’horlogerie, au regard de son histoire séculaire. Mais elle a définitivement contribué à donner une dimension très moderne et contemporaine à une industrie aux savoir-faire ancestraux. Elle a aussi ouvert un univers supplémentaire de créativité pour toutes les marques horlogères, permettant aux manufactures de se démarquer... ainsi qu’à leurs clients.
Le matériau, autrefois marqueur social, devient aujourd’hui marqueur d’un esprit avant-gardiste. Au final, cette recherche constante contribue au rayonnement de l’horlogerie, car elle attire de nouveaux passionnés et oblige les marques à être sans cesse en réflexion et en mouvement. Le grand vainqueur de cette course est en fait l’industrie dans son ensemble.
Cette quête incessante est en réalité assez récente pour l’horlogerie. Mais elle a définitivement contribué à donner une dimension très moderne et contemporaine à une industrie aux savoir-faire ancestraux.


