Ceux qui innovent


Le «Virtual Hall» de l’OSR: l’orchestre symphonique à l’ère immersive

mars 2026


Le «Virtual Hall» de l'OSR: l'orchestre symphonique à l'ère immersive

Avec son programme Virtual Hall, l’Orchestre de la Suisse Romande explore une nouvelle frontière de la diffusion musicale. Développée avec la société genevoise Cybel’Art, cette plateforme immersive permet de vivre les concerts de l’intérieur grâce à la réalité augmentée et aux casques immersifs. Fidèle à l’esprit pionnier d’Ernest Ansermet, l’OSR entend ainsi élargir son public bien au-delà de la salle de concert.

À

Genève, l’innovation technologique fait partie de l’ADN de l’Orchestre de la Suisse Romande (OSR). Fondé en 1918 par Ernest Ansermet, l’ensemble s’est très tôt imposé comme un laboratoire de diffusion musicale: radio, télévision, enregistrements stéréophoniques… autant de technologies que l’orchestre a adoptées très tôt pour porter la musique symphonique au-delà de la salle.

Un siècle plus tard, l’OSR poursuit cette tradition avec «Virtual Hall», une application immersive permettant de vivre ses concerts en réalité augmentée et immersive. L’utilisateur, équipé d’un casque compatible (Meta Quest, Pico ou autres), peut se retrouver virtuellement au cœur de l’orchestre, suivre la partition et changer de point de vue pendant l’exécution.

«Tout ce qui anime un orchestre, c’est la diffusion, explique Steve Roger, directeur général de l’OSR. Même si rien ne remplace le concert live, il s’agit d’ajouter un média supplémentaire - et quel média! L’holographie et l’immersion offrent une expérience très largement augmentée par rapport à la télévision, au cinéma ou à la radio.»

De l’hologramme au Virtual Hall

Le projet est né d’une rencontre entre Steve Roger et Pierluigi Christophe Orunesu, fondateur de la société Cybel’Art, basée à Morges et active depuis plus de vingt ans dans la rencontre entre art et technologie.

«Je travaille depuis une dizaine d’années sur ce que j’appelle l’ArtTech, la fusion de l’art et de la technologie, explique Pierluigi Christophe Orunesu. Notre philosophie est simple: nous ne digitalisons pas l’humain, nous humanisons le digital. Il ne s’agit pas de remplacer l’humain par des avatars, mais de préserver l’émotion et la présence réelle. »

Avant l’OSR, Cybel’Art avait déjà expérimenté ce principe avec des projets holographiques impliquant le pianiste Philippe Entremont ou encore Henri Dès. Ces expériences ont permis de développer ce qu’Orunesu appelle une «matrice holographique», destinée à capturer et restituer une performance artistique avec une forte dimension émotionnelle.

Lorsque Steve Roger prend contact avec lui, l’idée d’appliquer cette technologie à un orchestre symphonique s’impose rapidement. «Je m’étais dit, avant même de reprendre mes fonctions à l’orchestre, que je voulais explorer les possibilités de l’hologramme pour diffuser la musique sur tous les terrains possibles», raconte Steve Roger.

Le «Virtual Hall» de l'OSR: l'orchestre symphonique à l'ère immersive

Une grande première

Le développement du Virtual Hall commence en 2024. Les premiers essais publics ont lieu en janvier 2025 à Art Genève, avant la mise à disposition de l’application sur le Meta Store. Le défi est immense: restituer un orchestre symphonique dans un environnement immersif implique une quantité considérable de données et une synchronisation parfaite.

«La synchronisation des flux est l’un des défis majeurs, explique Pierluigi Christophe Orunesu. Pour une œuvre comme la Troisième Symphonie «Eroica» de Beethoven, nous travaillons avec environ 45 gigaoctets de données. L’utilisateur peut passer d’une caméra à l’autre tout en restant parfaitement synchronisé avec la partition.»

Pour l’OSR, la qualité devait être irréprochable. «Il fallait que l’image, le son et l’expérience soient au niveau de l’orchestre et de sa réputation, souligne Steve Roger. Nous sommes pionniers dans ce domaine, mais la concurrence viendra vite. Il faut toujours garder une longueur d’avance.»

Un outil de diffusion mondiale

Au-delà de l’innovation technologique, le Virtual Hall répond à un objectif central: élargir l’accès à la musique symphonique. «Avec la télévision, nous dépendons du diffuseur, note Steve Roger. Avec cette application, nous pouvons être partout. Quelqu’un peut se connecter depuis le fin fond du Groenland et se retrouver au milieu de l’OSR.»

L’orchestre a déjà commencé à installer des dispositifs dans plusieurs institutions genevoises, notamment des EMS, et discute avec les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et la Bibliothèque de la Cité. Par ailleurs, un partenariat avec un réseau allemand de médiathèques va permettre de diffuser le contenu sur plus de 16’000 casques immersifs.

L’OSR ne souhaite d’ailleurs pas garder cette innovation pour lui seul. À terme, la plateforme pourrait accueillir des contenus d’autres institutions musicales.

«Nous sommes en discussion avec plusieurs orchestres pour qu’ils puissent ajouter leurs propres enregistrements, explique Steve Roger. Ils pourraient louer un espace dans l’application et proposer leurs concerts. Si les ventes fonctionnent, les revenus seraient partagés.» L’OSR en assurerait la curation artistique, avec un niveau d’exigence élevé et une période d’exclusivité initiale.

Le «Virtual Hall» de l'OSR: l'orchestre symphonique à l'ère immersive

Une nouvelle page dans l’histoire de l’OSR

Pour Pierluigi Christophe Orunesu, le Virtual Hall s’inscrit dans une vision plus large d’un futur «phygital», où le physique et le numérique se complètent. «Je ne crois pas vraiment au métavers, affirme-t-il. Je crois plutôt à un monde phygital : on part de l’humain, et la technologie vient amplifier l’expérience.»

Si aujourd’hui l’application fonctionne principalement avec des casques immersifs, il imagine déjà son évolution: «Le casque est une étape. Nous allons probablement évoluer vers des masques ou des lunettes augmentées. Tout ce que nous avons développé pour le Virtual Hall fonctionnera aussi avec ces dispositifs.»

Pour Steve Roger, l’initiative s’inscrit dans une continuité historique: «L’OSR a toujours bénéficié des progrès technologiques, rappelle-t-il. Ernest Ansermet était déjà à la pointe de la technologie: radio, télévision, stéréophonie… L’orchestre a été conçu comme un instrument de diffusion. Avec le Virtual Hall, nous poursuivons simplement cette tradition.»

Si la salle de concert reste irremplaçable, l’immersion numérique pourrait bien devenir l’un des nouveaux vecteurs de la musique symphonique. «L’objectif n’est pas de remplacer le concert, conclut Steve Roger. C’est de multiplier les portes d’entrée vers la musique.»