vec son Central Impulse Chronometer, Bernhard Lederer a opté pour une réinterprétation moderne et une optimisation des inventions passées, avec un balancier «classique» mais en poussant très loin la distribution constante et équilibrée de l’énergie. Il s’inspire de manière tout à fait assumée de l’ingéniosité avant-gardiste et de la persévérance d’Abraham-Louis Breguet et de George Daniels pour leur combat incessant contre les perturbateurs physiques et chimiques propres à un mouvement de montre et leur quête de la chronométrie ultime. Le premier avait déjà développé un échappement sans lubrification associé à deux roues d’échappement. Il savait déjà à quel point l’usure naturelle des lubrifiants de l’époque était néfaste pour un bon maintien de l’amplitude.
Remontoir d’égalité
Connu aussi comme mécanisme à force constante, il s’agit d’un souci horloger très ancien. Selon le niveau d’armage du ressort moteur, le couple à travers le rouage jusqu’à l’échappement varie irrémédiablement et provoque des écarts d’amplitude plus ou moins importants.
Bien que déjà présent dans des horloges de clochers, le «remontoir d’égalité» fut réinventé au grand siècle de la quête chronométrique par Pierre-Basile Lepaute, horloger français. Ce processus fut utilisé dans de nombreux chronomètres de marine, perfectionné par Ferdinand Berthoud ou John Harrison entre autres, ainsi que dans la pendule de référence de l’Observatoire de Paris.
Il s’agit d’un ressort se réarmant à intervalles réguliers afin de lisser au mieux la force distribuée à l’échappement et restituer au rouage la force absorbée. Ces intervalles peuvent varier selon les complications à gérer.
Un mécanisme de remontoir d’égalité peut aussi être utilisé pour certaines complications comme les affichages à guichet d’heures et minutes sautantes, car l’énergie utilisée dans un laps de temps court est très importante, sans influencer l’amplitude.
Techniquement, la force dégagée par le ressort de barillet quand il se détend n’est pas linéaire, spécialement en début et en fin de réserve de marche. Ces écarts s’amplifient quand les réserves de marche sont plus importantes, 10 ou 15 jours par exemple, car le ressort est plus long et souvent plus épais. Dans le Central Impulse Chronometer, ce dispositif est doublé, il accumule et libère l’énergie à des intervalles alternés de 10 secondes. Le dispositif libère la même quantité d’énergie quel que soit le niveau de tension du barillet jusqu’à ce que le barillet n’ait plus assez de force pour le remonter. Théoriquement, l’amplitude et la marche restent stables du début à la fin du remontage.
Double train d’engrenage indépendant
S’inspirant de l’échappement à double roue indépendante de Daniels et afin d’optimiser le rendement énergétique de son fameux prédécesseur Breguet, le mouvement fonctionne avec deux trains de rouages, comprenant chacun un barillet, les mobiles démultiplicateurs, le module du remontoir d’égalité et enfin l’échappement. Chaque barillet fourni l’énergie nécessaire séparément. Les deux barillets, équipés de brides glissantes pour éviter les surtensions, sont remontés par une seule couronne.
Optimisation de l’énergie distribuée
L’échappement naturel de Breguet utilisait deux roues d’échappement pour le même train de rouage. L’énergie utilisée était ainsi démultipliée de manière exponentielle. En d’autres termes, faire tourner deux roues au lieu d’une pour le même rendement nécessitait quatre fois plus de force. La force nécessaire pour faire tourner une roue autour de son axe, appelé le moment de force, dépend du rayon de la roue et de la force appliquée sur la dent.
C’est en partant de ce paradigme, que Bernhard Lederer a eu l’idée du double train d’engrenage.
Nouveaux calculs et géométrie
L’angle de tension des systèmes de remontoir d’égalité ainsi que leur fréquence peuvent varier selon les complications. Par exemple, dans le modèle Zeitwerk de A. Lange & Söhne, il s’arme toutes les minutes et se tend sur angle de 60 degrés, afin de délivrer suffisamment d’énergie quasi instantanément pour le saut d’un disque, ou de trois disques simultanément au passage de l’heure.
Dans le modèle de Bernhard Lederer, l’angle de tension du ressort de remontoir a été calculé à 6,7 degrés, ce qui correspond exactement à la force énergétique à transmettre à l’échappement et parallèlement à minimiser l’énergie consommée par le barillet, sachant qu’un tour de remontage de barillet, à la base du train de rouage, équivaut à un angle de cercle de 360 degrés.
Pour abaisser au mieux les pertes d’énergie inhérentes aux engrenages et trains de rouages, la géométrie de certains rouages, dont plusieurs en titane, a été repensée (et le titane est presque deux fois plus léger que l’acier).
Système Gafner
L’énergie utilisée pour le remontoir est prélevée sur le train de rouage principal, mais doit être gérée de manière à ne pas altérer les frottements ni l’impulsion de l’échappement, afin de préserver l’isochronisme. Ce mécanisme, développé par Robert Gafner puis amélioré par Derek Pratt, repose sur un petit ressort rechargé périodiquement. Une came triangulaire spéciale permet de contrôler précisément la libération de cette énergie avec un minimum de friction grâce à un système guidé par une fourchette équipée de rubis. Cependant, le système présente une limite: lorsque le couple du barillet est élevé, il augmente les frottements internes. Une partie importante de l’énergie est alors perdue à les surmonter, ce qui réduit l’efficacité de la transmission du couple constant vers la roue d’échappement.
Emplacement du remontoir d’égalité
Selon les fonctions choisies, la force voulue et ses fréquences, le remontoir d’égalité peut se placer sur des mobiles différents. Il peut notamment se trouver sur le mobile de seconde, au plus proche de l’échappement. Mais Bernhard Lederer a choisi ici le mobile de moyenne, plus en amont, afin d’obtenir une force motrice plus linéaire et stable.
L’unique balancier spiral oscille à une fréquence de 3Hz (21’600 alternances/heure), est équipé de 8 masselottes réglables, 4 pour l’équilibrage du balancier lui-même et 4 pour des micro-réglages de précision. Ces dernières se tournent vers l’extérieur ou l’intérieur et font varier l’inertie du balancier.
Un seul échappement central appelé ici Métronome, au cœur du Central Impulse Chronometer, gère alternativement les deux roues d’échappement afin de distribuer les impulsions respectives au balancier. Il est équipé de deux palettes en rubis, ainsi qu’une centrale qui a la particularité d’être concave, pour une impulsion directe et une diminution des frottements. Toutes les phases d’un échappement standard ont été optimisées sans pertes ni frottements néfastes afin d’assurer un isochronisme parfait et stable.
La sophistication a été poussée très loin, tout en repensant et recalculant ce qui avait déjà été optimisé auparavant, et en utilisant des alliages légers actuels.
En pratique, Bernhard Lederer non seulement réinterprète les inventions anciennes et plus récentes, mais il pousse très loin ses calculs et crée de nouvelles solutions pratiques.
Fidèle à sa philosophie et à l’ADN de sa marque, il a créé un échappement qui offre le meilleur de lui-même pour une chronométrie frôlant la perfection, sans tourbillon!
La montre portée se fera un plaisir de brasser les positions naturellement pour offrir une belle courbe de moyenne.


