ambition avouée de De Bethune est d’améliorer durablement – point essentiel – la précision et la fiabilité de la marche d’une montre mécanique «face aux mouvements brefs et désordonnés du poignet». La chronométrie d’un garde-temps calculée à un temps t est une chose, mais garantir sa stabilité dans des conditions réelles d’utilisation, qui varient grandement d’un porteur à l’autre, est une tout autre gageure.
Pour poser les bases de ce qu’il appelle «une chronométrie contemporaine», adaptée au 21ème siècle, De Bethune est passée par une succession d’avancées techniques: spiral à courbe terminale plate, balanciers de nouvelles générations, solutions anti-chocs inédites, optimisation continue de l’échappement. Autant de paramètres-clé, qui interagissent les uns avec les autres, et qui contraignent De Bethune à repenser constamment l’architecture de ses calibres et la géométrie de ses composants, en passant par l’utilisation de techniques avant-gardistes et l’intégration de matériaux contemporains.
Comme le souligne Denis Flageollet, «la grande tradition horlogère» dont il se réclame, «c’est l’innovation», à l’image des grands horlogers de l’ère classique qui étaient à la pointe des innovations de leur temps.
A la recherche du facteur de qualité
Les conditions d’une chronométrie optimale dépendent d’un facteur de qualité maximal qui peut être atteint grâce à la combinaison entre une inertie élevée du balancier et une masse globale réduite. Optimiser le balancier pour parvenir à une précision et une stabilité chronométrique est une quête continue que De Bethune a entamée dès 2004.
Grâce aux progrès des matériaux – utilisation successivement du titane / platine, du silicium thermocompensé, du silicium / platine, du silicium / palladium, du silicium / or gris puis du titane avec inserts or gris – et aux choix des géométries et des finitions, De Bethune a conçu et amélioré régulièrement son propre balancier, généralisé dans sa forme la plus aboutie dès 2016.
Celui-ci est désormais composé d’un noyau central en titane allégé, entouré de masselottes périphériques en or gris afin de concentrer la masse en périphérie. Une répartition, associée à des profils ergonomiques optimisés et des finitions poussées, qui permet d’augmenter le moment d’inertie tout en limitant la masse totale, de réduire les frottements et la sensibilité aux perturbations extérieures et de stabiliser l’amplitude. Sa forme particulière, très aérodynamique, évite les effets de succion.
Un spiral repensé
En même temps que cette évolution du balancier, De Bethune a développé un spiral particulier afin de parvenir à un développement concentrique optimal qui permette d’améliorer l’isochronisme du couple balancier-spiral lors des mouvements du poignet et selon les différentes positions.
Essentiellement, il s’est agi de remplacer la traditionnelle courbe Breguet par une courbe extérieure terminale plate. Conçu pour ainsi mieux amortir les chocs et réduire nettement les déformations en cas d’impact, il offre une stabilité accrue de l’oscillateur et un meilleur maintien de la fréquence. Il améliore ainsi les performances en conditions réelles d’usage et, point important également, facilite grandement le réglage car il peut se poser sans avoir besoin de retouches.
Système d’absorption des chocs
Afin d’améliorer encore la résistance aux chocs, De Bethune a développé un système inédit d’absorption des chocs en trois points, monté sur blocs-ressorts, qui réduit les influences extérieures et protège ainsi le cœur de la montre. Ce système de triple pare-chute est constitué d’un pont en titane équipé à ses deux extrémités de rubis associés à des ressorts à lame et d’un amortisseur central. Une architecture unique en son genre qui maintient axial et radial du balancier, préservant ainsi la stabilité de son amplitude et donc sa précision chronométrique.
Roue d’échappement en silicium
Depuis 2009, De Bethune utilise une roue d’échappement fabriquée en silicium, ce qui réduit de moitié les risques d’usure des palettes de l’ancre, dont la denture particulière a été optimisée afin de diminuer les frottements, minimiser les inerties et offrir des profils qui favorisent le glissement des surfaces en contact, améliorant donc l’efficacité de l’ensemble de l’échappement à ancre.
Plus légère, dépensant donc moins d’énergie à son départ comme à son arrêt, cette roue d’échappement en silicium, associée à un dessin de palettes spécifique, atténue ainsi la violence des chocs et permet une amélioration substantielle du rendement de l’échappement.
Le Sensorial Chronometry Project
Lancé en 2022, le Sensorial Chronometry Project, unique en son genre, vise à offrir un réglage chronométrique de chaque montre qui soit véritablement adapté à son porteur. De la chronométrie sur mesure. Concrètement, le client porte pendant deux semaines une montre-test équipée de capteurs qui enregistrent ses mouvements, positions, chocs, température ambiante, hygrométrie, pression atmosphérique… correspondant à son style de vie et à son environnement.
Ces données sont ensuite exploitées dans l’Atelier de chronométrie de De Bethune. La montre finale du client est installée sur un bras-robot qui, au cœur d’une chambre atmosphérique reproduisant l’environnement du porteur, duplique fidèlement ses mouvements. La montre peut ainsi être ajustée précisément dans les 6 positions à ses contraintes réelles d’usage. Selon les positions adoptées le plus fréquemment, voire les températures ambiantes rencontrées, l’équilibrage dynamique, les réglages d’avance ou de retard peuvent être affinés en déséquilibrant légèrement le balancier ou en agissant sur le centrage du spiral.
Cette certification dynamique permet d’aller au-delà des certifications statiques usuelles, et offre, grâce à ses réglages spécifiques, une précision de marche étroitement adaptée au mode de vie et aux contraintes quotidiennes de son futur porteur.
L’Atelier de spiraux
Tout récemment, De Bethune a intégralement internalisé la fabrication de ses spiraux. Tréfilage, à travers 30 filières différentes pour obtenir le diamètre voulu, laminage, puis estrapadage, traitements thermiques, virolage, courbe extérieure jusqu’à l’assemblage avec le balancier manufacturé à l’interne et réglage final – autant d’opérations qui sont désormais intégralement maîtrisées en interne.
Cet effort considérable renforce l’autonomie de la Maison mais répond aussi à des considérations techniques. «L’idée est d’aller jusqu’au bout de notre concept, nous confie Denis Flageollet, car les spiraux produits en externe répondent à des normes basées sur des moyennes et ne permettent pas d’ajuster aussi finement que possible le dimensionnement d’un spiral en fonction de nos balanciers. Cette maîtrise de chaque étape nous permet d’agir désormais sur des variables de l’ordre du micron, en termes d’épaisseur, de hauteur de départ d’estrapadage, de rayon de virole, ou d’adaptation géométrique du spiral à son balancier. Or quelques microns ici ou là nous permettent de repousser encore les limites de notre précision chronométrique.»
Mais à ses yeux, la précision chronométrique est une «quête sans fin». En témoigne, notamment, son projet Résonique, lancé dès 2012. Une recherche de pointe visant la haute fréquence en explorant les fonctions ressort du silicium afin d’éviter totalement les frottements des pivots du balancier, en utilisant un rotor magnétique et un oscillateur à fréquence sonore. Une recherche qui, de son propre aveu, «n’a pas atteint tous ses objectifs» mais l’a conforté dans sa conviction que «l’horlogerie mécanique gagnera encore en précision en approfondissant sans relâche la recherche sur le balancier-spiral hérité de Huygens il y a 450 ans». Une belle histoire scientifique qui n’est pas encore terminée.


