reguet vient de souffler sa 250ème bougie. L’occasion d’honorer la dynastie du même nom, puisque l’enseigne, fondée au cœur de Paris, Quai de l’Horloge en 1775 (tout un symbole!), est restée près d’un siècle en mains familiales. Au cours de sa longue carrière marquée par un intérêt tant technique qu’esthétique pour la chronométrie, Abraham-Louis Breguet lui-même a cherché de nombreuses solutions pour optimiser les pertes d’énergie dues aux frottements.
La Breguet Expérimentale 1, la première d’une future lignée de pièces à haut degré de technologie, est l’héritière directe de cette quête. Elle s’attaque à l’un des envahisseurs les plus gênants pour les horlogers du nouveau millénaire – le magnétisme – en en faisant un allié. Les prémices de cette technologie ont vu le jour dans les années 2000. Puis un brevet fut déposé en 2010. Une révolution. Car une solution était enfin trouvée pour le point de frottement le plus sensible dans une montre: l’axe du balancier. Et cette solution fut le pivot magnétique.
Principes
Mais commençons par l’échappement, l’autre source de frottements et de pertes d’énergie. Breguet présente ici un échappement magnétique. En principe, un échappement à ancre classique, avec ses palettes d’entrée et de sortie, glissant ou frottant sur les dents de la roue d’échappement, est très énergivore et influençable pour la pièce avec laquelle il travaille directement, le balancier-spiral.
Ici, grâce à l’emploi de palettes magnétiques de l’ancre qui interagissent avec les deux roues d’échappement magnétiques, ce nouvel échappement devient à force constante. Ce système évite naturellement les pertes d’énergie mécanique inhérentes à un échappement classique. Les fonctions d’impulsion s’exécutent sans frottement et restent identiques quel que soit le niveau d’armage du barillet. Elles permettent ainsi de garantir une amplitude constante du balancier sur toute la réserve de marche de la montre.
Les ingénieurs ont dû regrouper le plus d’éléments amagnétiques afin que tout puisse fonctionner harmonieusement.
Venons-en au tourbillon et au balancier. La Breguet Expérimentale 1 utilise une rotation classique de la cage de tourbillon en 60 secondes, sur un simple axe, ainsi que Breguet et Arnold l’avaient préconisé en leur temps.
Les horlogers de l’époque classique, en quête du chronomètre de marine parfait, tendaient à préconiser 21’600 alternances par heure pour obtenir une stabilité optimale de précision. Mais grâce à l’échappement magnétique, l’Expérimentale 1 a pu opter pour la haute fréquence, souvent utilisée en chronométrie – soit 10 Hz pour ce modèle tout en conservant une cage de tourbillon aux formes généreuses. Grâce aux impulsions magnétiques qui sont découplées de la rotation du mobile d’échappement et donc de celle de la cage de tourbillon, l’inertie de cette dernière n’est plus un facteur perturbant pour l’oscillateur.
Qu’en est-il des barillets? Les balanciers à haute fréquence étant très énergivores, il faut souvent opter pour des ressorts en série, qui offrent plus de réserve de marche, celle-ci étant définie par la longueur du ressort. Les deux barillets sont montés en série. Chacun possède deux ressorts assemblés en parallèle, intercalés d’un disque saphir, afin d’obtenir une réserve de marche de 72 heures sur l’Expérimentale 1.
Conclusion
L’affichage de type régulateur a été privilégié par Breguet pour optimiser la lecture de l’heure, mais aussi le volume du mouvement. Les aiguilles des heures et des minutes sont placées sur des axes indépendants – la seconde étant judicieusement chassée sur l’axe de la cage de tourbillon. Les résultats chronométriques théoriques sont époustouflants: -1/+1 seconde par jour. Bien au-delà, même, de la nouvelle référence du COSC Excellence.
L’utilisation du titane et du silicium – des matériaux tous deux amagnétiques – est généralisée pour ce mouvement.
Le magnétisme est par nature l’un des ennemis perturbateurs de la montre. Un ennemi combattu depuis fort longtemps par les horlogers. Mais son utilisation dans ce mouvement a été intelligemment optimisée afin qu’il n’y ait aucun effet néfaste sur le bon fonctionnement global du mouvement.
On le sait aussi, qui dit modèle expérimental dit souvent prix élevé, exclusivité, séries limitées. La grande question est donc de savoir si ce processus pourrait, à terme, équiper des mouvements plus «standards» et se prêter à une fabrication en série. Pourrait-il se démocratiser et devenir le futur de référence ou la référence du futur? Pourra t-il devenir le mouvement mécanique idéal «tout en un», sachant combattre, le plus harmonieusement possible, tous les ennemis perturbateurs, offrant une amplitude du balancier constante quel que ce soit le niveau d’armage du barillet et donc permettant à la montre de proposer une chronométrie stable? L’avenir le dira, mais nul doute que la quête d’Abraham-Louis Breguet continue, 250 ans plus tard!


