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«En Suisse, il y a une fintech, une medtech mais pas de luxtech»

ENTRETIEN

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juin 2021


«En Suisse, il y a une fintech, une medtech mais pas de luxtech»

Avec Luxury Venture Group, Deependra Pandey veut créer un incubateur et une société de capital-risque dédiés exclusivement au soutien de nouvelles sociétés actives dans l’industrie du luxe. Après celui de 2020, l’entrepreneur organise un deuxième sommet en octobre 2021 à Genève, qui récompensera les start-up du luxe les plus innovantes et bénéficie du soutien des autorités cantonales. Entretien.

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a première édition des Luxury Innovation Awards, tenue l’été dernier à Genève, avait récompensé quatre start-up actives dans l’industrie du luxe, suite au vote d’un jury composé de professionnels du secteur.

Parmi les lauréats figuraient Authena, une plateforme qui a développé une application anti-contrefaçon; Xibit, un spécialiste de la réalité augmentée; Lanéva, un fabricant de bateaux électriques; et The Rayy, une start-up suisse de bijoux innovants que nous avons déjà présentée dans nos colonnes (lire leur portrait ici). Lors de cette cérémonie, Jean-Claude Biver a également été honoré pour l’ensemble de sa carrière (lire ici un récit détaillé de cette première édition par Stéphane Girod, professeur à l’IMD).

L’organisateur de cet événement annuel est Luxury Venture Group, fondé par Deependra Panday, un entrepreneur basé en Suisse. Derrière cette initiative, l’objectif du fonds de capital-risque est avant tout de soutenir les start-ups de l’industrie du luxe. Au-delà des prix, Luxury Venture Group vise à prendre une participation directe dans les sociétés plus prometteuses à plus long terme.

L’objectif du fonds de capital-risque est de soutenir les jeunes entreprises du secteur du luxe. Luxury Venture Group a l’intention de prendre une participation directe dans certaines d’entre elles.

La deuxième édition des Luxury Innovation Awards (dont Europa Star est un partenaire média, ndlr) se tiendra les 21 et 22 octobre 2021 au Bâtiment des Forces Motrices à Genève, avec le soutien des autorités cantonales. «A travers nos événements, nos programmes de formation et nos investissements, nous souhaitons mette en place un écosystème qui associera les bonnes personnes, le capital de départ et les réseaux nécessaires aux nouvelles sociétés actives dans le luxe», souligne Deependra Panday. Nous l’avons rencontré pour en savoir plus.

La cérémonie 2020 s’est tenue à l’Hôtel des Bergues à Genève. L’édition de 2021 aura lieu en octobre au Bâtiment des Forces Motrices, toujours à Genève.

Europa Star: Quel est votre parcours?

Deependra Pandey: Immédiatement après mon MBA à l’Université de Berne, j’ai créé une première start-up en 2011 – ce qui m’a permis de faire toutes les erreurs nécessaires pour progresser! Ma thèse de master portait déjà sur le futur de l’industrie du luxe, plus spécifiquement sur les nouveaux outils de gestion de relation client. Quelques années plus tard, une spin-off de l’entreprise Muvacon que j’avais fondée, active dans les services numériques, a été rachetée par l’investisseur initial. Je souhaitais alors revenir aux sources, soit à mon intérêt pour le luxe. C’est ainsi qu’a démarré la genèse de Luxury Venture Group.

Quel en est le concept?

Tout part d’un constat: j’ai remarqué qu’il n’existait pas d’incubateur, d’accélérateur des affaires ou de fonds de capital-risque dédié à l’industrie du luxe en Suisse, et plus particulièrement à l’innovation technologique dans le luxe. Il existe bien une «fintech» pour les technologies financières, une medtech pour les technologies de la santé, mais pas une «luxtech». Or, les savoir-faire en la matière sont immenses et tout aussi prometteurs. L’idée est donc d’encourager l’innovation en soutenant des start-up qui se lancent dans les nouvelles technologies appliquées au luxe – qu’elles soient actives en Suisse ou dans le reste du monde.

«Il existe bien une «fintech» pour les technologies financières, une medtech pour les technologies de la santé, mais pas une «luxtech». Or, les savoir-faire en la matière sont immenses et tout aussi prometteurs.»

Deependra Pandey, fondateur de Luxury Venture Group
Deependra Pandey, fondateur de Luxury Venture Group

Comment concrétisez-vous cette ambition?

A l’origine, nous souhaitions organiser une première conférence de trois jours et remettre les premiers prix de l’innovation dans le domaine du luxe lors de l’édition 2020 de Baselworld, dont nous étions partenaires. Mais comme vous le savez, cette édition n’a pas eu lieu pour cause de pandémie. Néanmoins, nous voulions tout de même organiser un sommet l’an dernier, même réduit au vu des conditions. Un premier appel à candidatures a donc été lancé et la réponse a été fantastique: nous avons reçu des dossier de la part de 149 start-up actives dans 34 pays. Nous avons retenu neuf finalistes puis annoncé quatre gagnants lors d’un mini-sommet tenu à Genève en août 2020. Les lauréats ont reçu un total de CHF 60’000.

Les lauréats de l'édition 2020 des Luxury Innovation Awards
Les lauréats de l’édition 2020 des Luxury Innovation Awards

Qui a financé ces prix?

Nous nous sommes autofinancés pour cette première édition et avons aussi bénéficié d’un soutien de Jean-Claude Biver, qui était président d’honneur de la cérémonie. L’édition de cette année, qui aura lieu en octobre au Bâtiment des Forces Motrices à Genève, est bien plus ambitieuse: nous avions lancé l’appel à contributions, qui se clôturera le 31 juillet, et nous attendons plus de 500 candidatures venues de plus de 40 pays. Le prix lui-même est peut-être moins important pour ces start-up que la reconnaissance, le réseau et l’investissement engrangés.

Dans quel sens?

Nous comptons directement investir dans les start-up que nous jugeons les plus prometteuses et les aider à se développer. Toutes les entreprises présélectionnées pour les Luxury Innovation Awards (pas seulement les 12 finalistes) seront considérées comme une cible d’investissement potentielle pour Luxury Venture Group. Chaque société nous donne le droit, en tant que fonds de capital-risque, de prendre une participation de 5% à leur capital. La concrétisation d’une prise de participation – ou non – interviendra dans les 100 jours suivant le sommet d’octobre. Le fonds de capital-risque LVG Capital Invest naîtra ainsi officiellement l’an prochain. Nous visons une première levée de fonds à hauteur de CHF 20 millions.

«Le fonds de capital-risque LVG Capital Invest naîtra officiellement l’an prochain. Nous visons une première levée de fonds à hauteur de CHF 20 millions.»

Le trophée des Luxury Innovation Awards a été dessiné par le célèbre designer suisse Roger Pfund, par ailleurs créateur des lignes des nouveaux billets de banques de la Confédération.
Le trophée des Luxury Innovation Awards a été dessiné par le célèbre designer suisse Roger Pfund, par ailleurs créateur des lignes des nouveaux billets de banques de la Confédération.

Qui fait partie de ce fonds?

Il réunira un réseau d’ambassadeurs-investisseurs, souvent des personnalités ayant déjà une longue carrière dans le luxe. Toutes partagent l’idée qu’il faut encourager l’innovation dans le luxe en structurant davantage le soutien aux nouveaux entrepreneurs. D’ailleurs, l’intérêt pour ceux-ci ne sera pas que financier: il y aura aussi des échanges d’expériences, de réseau, de savoir-faire, bref tout ce que l’on ne peut pas «matérialiser» mais qui est si important dans les premiers pas d’une entreprise.

A travers cette initiative, il s’agit avant tout de bâtir un nouvel écosystème et de changer les mentalités, car les startups actives dans le luxe ne sont pas encore considérées comme une cible sérieuse d’investissement. Comme je vous le disais, il n’existait pas vraiment de plateforme structurée pour mettre en relation ces nouveaux acteurs avec des investisseurs. Luxury Venture Group vise à combler ce manque.

A la suite des récompenses remises en octobre, le fonds de capital-risque choisira d'investir dans les start-up du luxe les plus prometteuses.
A la suite des récompenses remises en octobre, le fonds de capital-risque choisira d’investir dans les start-up du luxe les plus prometteuses.

Avez-vous d’autres ambitions pour Luxury Venture Group?

A terme, nous avons aussi l’ambition de créer un campus physique, le Luxury Innovation Lab, pour abriter des start-up actives dans le luxe et servir de laboratoire pour l’innovation dans cette industrie. Du côté de la recherche, notre partenaire académique est l’IMD. Ce campus réunira des entreprises, des startups et des organismes universitaires, avec un programme d’événements pour aider à générer des opportunités d’apprentissage, de croissance et de développement.

«Il s’agit avant tout de bâtir un nouvel écosystème et de changer les mentalités, car les startups actives dans le luxe ne sont pas encore considérées comme une cible sérieuse d’investissement.»

Concrètement, comment se déroulera le sommet en octobre?

Ce sera un événement totalement «phygital», avec une présence physique au Bâtiment des Forces Motrices à Genève couplée à des retransmissions et interactions en ligne. Il y aura six catégories de participation pour les start-up: art et culture; montres, bijoux et accessoires; mode et design; art de vivre, beauté et voyages; développement durable; technologies, intelligence artificielle, data et marchés. Nous avons également invité un pays d’honneur, les Emirats arabes unis. Le trophée remis aux lauréats est dessiné par l’atelier de Roger Pfund et réalisé par la société Altmann Casting. Nous bénéficions pour cet événement du soutien des autorités cantonales genevoises.