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LA «GUERRE FROIDE» DES MOUVEMENTS

SUIVIE DE « QUI FAIT QUOI? QUI PENSE QUOI? »



LA «GUERRE FROIDE» DES MOUVEMENTS

Toute crise agit comme révélateur et précipite ou cristallise, dans le sens chimique du terme, une situation jusqu’alors en germe. C’est particulièrement vrai dans le secteur-clé des mouvements mécaniques. La crise horlogère actuelle – une crise systémique, pensons-nous, et non pas seulement conjoncturelle – révèle au plein jour une grave problématique: l’actuelle surcapacité de production dans le secteur des mouvements. Comment en est-on arrivé là et qui sont les principaux acteurs de cette scène? Quelles évolutions attendre? Europa Star a enquêté.

« Qui fait quoi? Qui pense quoi? »

SOPROD, CAP SUR LA CONNEXION

Entretien avec Laurent Besse, directeur général, Swiss Festina Group

La particularité de Soprod, qui appartient au groupe Festina, est à la fois de produire des mouvements mécaniques et d’être devenu rapidement un leader suisse dans le domaine de la montre connectée. [A ce propos, lire le dossier Montres Connectées dans notre prochain numéro]. En ce qui concerne les mouvements mécaniques, Soprod réalise de 50’000 à 60’000 pièces à partir de composants en provenance d’ETA et environ 150’000 mouvements en production propre. Autre grand avantage, Soprod maîtrise sa propre production d’assortiments et de spiraux, ce qui lui confère une totale indépendance.

Laurent Besse:

«Aujourd’hui il y a beaucoup d’acteurs sur le mouvement en Suisse, il faut donc être différent sur le panel de produits. Nous ne produisons pas de clones d’ETA avec nos propres mouvements et nous avons consacré beaucoup d’investissements à cela. Malheureusement, ces considérations sont de plus en plus secondaires car la logique du prix prend le dessus sur tout le reste. Or, l’innovation a un coût et nous avons énormément investi en R&D ces deux dernières années: un mouvement 8 ¾’’’ Dame, des développements spécifiques pour les marques du groupe (Perrelet et Leroy, ndlr), un calibre 11 ½’’ mécanique, le connecté, le quartz... Théoriquement on peut livrer des petites séries dès 200 mouvements.

Nous avons livré 150’000 mouvements l’an passé mais cela se tasse cette année pour tout le monde. Les stocks sont massifs car les marques ont pris leurs quotas chez ETA par sécurité. Pour nous, la diversification est donc très importante et un nouveau terrain s’ouvre sur le connecté. Nos modules pour montres connectées présentent un gros potentiel. Toutes les fonctions sont possibles et nous avons développé notre propre software avec la HES-SO Valais à Sion. Nous proposons une solution originale, car dépendre d’un géant pose des problèmes, on voit ce qu’a subi TAG Heuer avec Intel. Mais pour nous, si le mécanique reste numéro un en terme de valeur, le connecté est déjà numéro un en terme de quantité avec des centaines de milliers de modules. Le quartz est notre troisième activité. Mais j’ai peur d’un nivellement par le bas en ce qui concerne le calibre mécanique Swiss made en termes de prix, comme ce qui s’est passé avec le quartz.»


CONCEPTO, INTERNALISATION ET PERSONNALISATION

Entretien avec Valérien Jaquet, co-fondateur et directeur, Concepto Watch Factory

Fondée par un génie précoce de l’industrie horlogère, Valérien Jaquet, Concepto a très rapidement grandi et emploie aujourd’hui une centaine de personnes à La Chaux-de-Fonds. Le motoriste, qui dispose d’une famille de six mouvements en propre, réunit l’essentiel des métiers horlogers et produit entre 50’000 et 60’000 mouvements mécaniques par an. La société a la particularité de fabriquer ses propres assortiments de mouvements. Elle compte aujourd’hui une quarantaine de marques clientes, telles RJ-Romain Jerome, Hublot ou Louis Moinet.

LA «GUERRE FROIDE» DES MOUVEMENTS

Valérien Jaquet:

LA «GUERRE FROIDE» DES MOUVEMENTS
«Nous nous sommes lancés en 2006. Nous faisions de l’assemblage mais de fil en aiguille, le marché nous a demandé beaucoup plus que ce que nos fournisseurs ne pouvaient nous livrer dans les temps. Nous étions mal servis et avons donc internalisé la totalité des composants, sauf les ressorts de barillet et les rubis! Nous pouvons faire le moteur de A à Z, aller du prototype au produit homologué et de la pièce unitaire à plusieurs dizaines de milliers de calibres. Nous avons livré environ 60’000 mouvements sur une seule référence. Nous proposons des complications et allons jusqu’au tourbillon ou la répétition minutes. Aujourd’hui, nous livrons à 90% des mouvements, à 10% des composants.

Nous avons grandi très vite jusqu’en 2008. Mais aujourd’hui, une bonne année va se passer avant que le marché ne commence à redémarrer. Mais on va arriver d’ici un an sur un marché comptant trop de fabricants de calibres entrée de gamme, c’est-à-dire de 50 à 300 francs. ETA livre à nouveau des mouvements, ils rouvrent le robinet à des prix ultra-compétitifs. Nous proposons un calibre simple à 250 francs mais le créneau de la personnalisation, sur des modèles à plusieurs dizaines de milliers de francs, est beaucoup plus porteur. Notre réaction, c’est donc de proposer du sur-mesure, des petites séries avec de la flexibilité et de la rapidité. Par exemple, on peut nous commander quatre tourbillons.»